Enseignement supérieur: Faut-il brûler le BTS?

par NORDSUD
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Diplôme dénigré et dévalorisé, le Brevet de technicien supérieur (BTS) est à la croisée des chemins. Entre séries de réformes et augmentation des capacités d’accueil des établissements supérieurs publics, la tâche n’est pas aisée pour les autorités.

S’il a le choix entre un Brevet de technicien supérieur (BTS) de qualité et un diplôme théorique posé sur sa table d’embauche, Alhouceine Sylla optera pour le premier. Le président de l’Association des professionnels des ressources humaines de Côte d’Ivoire (Aprhci) est catégorique : un diplôme professionnel damne le pion à un diplôme universitaire.

«Lorsqu’on reçoit les dossiers, c’est le contenu professionnel qu’on recherche. Et dans ce sens, le BTS est plutôt vu comme un avantage, au contraire des diplômes théoriques qui sont délivrés à l’université», explique-t-il.

Mais, il y a un hic : le brevet a perdu de sa superbe. «Aujourd’hui, nous nous demandons si ce contenu répond vraiment aux besoins des entreprises», souligne le président de l’Aprhci.

Recherche de stages

Cette année, ce sont 26.832 candidats qui ont été déclarés admis, contre 25.525, l’année dernière. Premier obstacle pour ces jeunes : la difficulté de se dégoter un stage. «Les écoles promettent de nous accompagner dans la recherche de stages, mais elles ne le font pas», déplore Eric Bagnon, secrétaire général de la Fédération des élèves et étudiants de l’enseignement supérieur technique et professionnel de Côte d’Ivoire (Fetepci). Ils doivent lutter pour valider le BTS. Une fois cette étape franchie, vient le dur terrain de l’emploi. Devant ce problème, les étudiants ont demandé un accompagnement de la tutelle.

«L’étudiant doit être suivi par l’Etat, après le BTS. Aujourd’hui, avec ce diplôme, on ne peut quasiment pas travailler. C’est pour cela que nous demandons des prises en charge pour des formations en licence et en master», ajoute Eric Bagnon. Mais pas de prises en charge, d’après la tutelle. La conséquence, c’est que seuls les parents qui ont les moyens arrivent à donner un meilleur avenir à leurs enfants, avec des formations complémentaires.

Quid des autres ? Concours de la Fonction publique, gérants de cabines ou de pressing, etc., en attendant d’avoir une opportunité, qui s’éloigne avec le temps.

Classement des établissements

Que faire pour inverser la tendance ? Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Prof. Adama Diawara, annonce des réformes. La première à être entrée en vigueur, c’est le classement des établissements supérieurs privés, disponible depuis le 23 août 2022. Désormais, selon le ministre, les établissements auront un quota d’étudiants affectés selon leur classement. Une course à l’excellence ? Oui, estime Dr Eleté Aka, président de l’Union patronale de l’Enseignement supérieur privé (Upesup). «Nous avons longtemps souhaité ce classement et l’Etat nous a écoutés», peut se réjouir le fondateur. Pour lui, cette situation va amener les grandes écoles à aller vers la performance. Ce qui ne peut qu’améliorer la qualité du BTS.

L’autre mesure immédiate prise par le ministre concerne la soutenance, après le stage. Prof. Adama Diawara ne comprend pas : Comment se fait-il que tous les étudiants qui présentent leurs rapports de stage à la soutenance soient déclarés admis ? Forcément, quelque chose cloche. Alors, le ministre a décidé que désormais, ces soutenances se passeront au campus, sous l’œil vigilant du ministère. Il y aura une note attribuée par l’entreprise où le stage a été effectué ; une note qui sera octroyée par l’enseignant chargé de suivre l’étudiant et une note du jury.

Rien de nouveau, en réalité. Sauf que ces règles étaient foulées aux pieds. Les étudiants eux-mêmes en conviennent. «Nous reconnaissons que certains parmi nous ne faisaient pas d’efforts. Ils se contentaient de copier le rapport de stage de leurs camarades pour aller le présenter au jury. Par complaisance, le jury ne recalait pas de candidat, vu les difficultés que nous rencontrons», indique Eric Bagnon.

Enseignement

Ces mesures seront-elles suffisantes pour rehausser l’image du BTS ? «C’est un bon début», note Koffi Lazard, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du supérieur privé (Synesup). Mais, pour sauver ce diplôme, d’après lui, il faut baliser tous les maux de l’enseignement supérieur privé et y remédier. Le nerf du système, à l’entendre, c’est l’enseignement. Pourquoi des écoles sont-elles meilleures que d’autres ? Grâce à la qualité de l’enseignement, pense-t-il. «Aujourd’hui, de nombreux établissements ont des problèmes avec leurs enseignants. On demande un bac+4 pour enseigner. Des enseignants prétendent être ingénieurs, mais c’est faux. Ce sont des diplômes fabriqués», explique Koffi Lazard. Une situation qui gangrène la qualité du BTS et que le Synesup dit ne pas comprendre. Car, c’est la Direction générale de l’enseignement (Desup) qui délivre les autorisations d’enseigner dans les établissements supérieurs privés.

Pour le syndicat, si la structure le souhaite, elle peut facilement épingler les faux enseignants. «Il faut commencer par intensifier le contrôle à ce niveau», propose M. Koffi.

Arriérés de salaires

Assainir le milieu de l’enseignement revient aussi à régler le problème des arriérés de salaires dans cette corporation. «Il va sans dire qu’un enseignant qui n’est pas payé n’enseignera pas bien», regrette le secrétaire général du Synesup.

Informé de la situation, le ministre Adama Diawara avait promis de prendre des mesures rigoureuses, en juin dernier. Et, aujourd’hui, il en a les moyens. «Selon le ministre, les écoles qui ne payent pas leurs enseignants auront un mauvais rang dans le classement des établissements supérieurs privés. Et recevront peu d’étudiants ou n’en recevront pas. Nous attendons de voir», indique Koffi Lazard.

L’autre aspect sur lequel il faudra jouer pour rehausser le BTS, c’est l’éternel problème de l’inadéquation formation/emploi. Les premières réformes apportées dans ce sens ne semblent pas avoir totalement réglé le problème. C’est du moins, l’avis d’Alhouceine Sylla. «Aujourd’hui, par exemple, la Communication a été fondue avec les Ressources humaines. Mais, dans les entreprises, on veut, soit un bon gestionnaire de ressources humaines soit un bon communicateur. Pas quelqu’un qui a la moitié des deux», note-t-il. Au dire de M. Sylla, pour mieux réussir cette réforme, il faudrait que les écoles aillent vers les entreprises, pour les écouter. Or, très peu d’établissements le font encore.

Une idée partagée par les enseignants. Cette année, les filières où les étudiants ont eu plus de succès, ce sont les filières industrielles. Les filières tertiaires, qui regroupent, entres autres, les Ressources humaines, la Gestion commerciale, d’après Koffi Lazard, intéressent peu le monde de l’emploi. Et ce sont des filières saturées. Or, l’étudiant qui a son diplôme en Bâtiment ou en Agriculture est sur le terrain, en très peu de temps.

Cette année, la Côte d’Ivoire a accueilli 98.000 bacheliers. Plus de 60.000 seront dirigés vers les formations BTS.

Dans les années à venir, ce chiffre pourrait constituer soit un vivier de compétences soit un nid à problèmes.

Cela dépendra de la pertinence des changements à apporter au BTS.

Raphaël Tanoh

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