Alain Lobognon, l’ancien député de Fresco quitte officiellement le navire de Guillaume Soro. Interviewé par Fraternité Matin N°17027, ce 27 septembre, l’ancien ministre des Sports a annoncé avoir politiquement rompu les amarres avec l’ancien président de l’Assemblée nationale.
«En clair, je dis à M. Guillaume Soro que je mets fin à notre collaboration politique. (…) Cela lui a été notifié en août dernier parce qu’on estime qu’on peut rester des amis, des frères. Mais politiquement, nous n’avons plus cette vision commune qui consistait à faire la politique autrement» indique-t-il.
Les raisons. Echaudé par les invectives proférées contre lui et sa famille par de cadres et cyber-activistes violents de la famille politique de Guillaume Soro, pendant et après son séjour en prison, l’ancien ministre de la Promotion de la jeunesse et du Service civique a fait ses valises. «En janvier, en mars, en mai, en plein procès et à la fin de l’audience, on m’a vilipendé, attaqué ma famille. A un moment donné, il faut savoir prendre des décisions. Je ne vais pas rester dans la posture où des gens, qui ne connaissent pas mes rapports avec Guillaume Soro, passent tout leur temps à m’insulter, à m’attaquer, à manquer de respect à ma famille. Lorsque je suis sorti, je lui ai demandé publiquement de mettre fin aux attaques qui n’ont pas cessé.C’est l’une des raisons de ma rupture politique avec Guillaume Soro. Je lui ai dit ‘’frère’’, je me retire pour permettre à ces personnes qui sont autour de toi et qui pensent que je suis un obstacle à leur promotion politique et économique, de voir leur rêve se réaliser», souligne-t-il.
La médiation manquée. Pour avoir pris l’initiative d’une médiation pour dissiper les nuages qui entourent les relations entre l’ancien président de l’Assemblée nationale et le chef de l’Etat, Alain Lobognon a été violemment pris à partie, voué aux gémonies et taxé par les insulteurs publics de Guillaume Soro, de faire les yeux doux au parti au pouvoir. La position de l’ancien parlementaire ne semble pas avoir bougé d’un iota : «Parler de trahison alors qu’il n’y a aucun pacte qui nous lie, il y a problème. C’est ce qui fait que je n’ai pas daigné leur répondre et je ne répondrai pas à ces personnes. (…) Tout ce que j’ai dit, c’est que je vais mettre fin au désaccord entre Guillaume Soro et le Président Ouattara. Est-ce à dire que ce désaccord profite à ceux qui crient déjà au loup ? Certainement. Ils sont libres d’être opposés à un rapprochement entre les deux hommes d’État. Mais moi, j’y suis favorable. Et celui qui décidera, c’est Guillaume Soro».
A l’horizon. Relativement à la chapelle politique qu’il ralliera, après son divorce politique avec son ancien compagnon de route, Alain Lobognon souffle le chaud et le froid. «Je ne suis plus membre de GPS et on m’accuse de faire des appels de pied au RHDP. Je tiens à préciser que pour rejoindre la formation politique des Houphouétistes, il me suffit de faire juste une déclaration officielle. Le moment n’est pas encore arrivé. Si je dois aller au RHDP, j’irai au RHDP sans tambour ni trompette. Je suis libre d’aller dans ce parti», précise-t-il.
Pour la réconciliation, Alain Lobognon explique : «Premièrement, il est bon de libérer les détenus politiques, de favoriser le retour des exilés. Aujourd’hui, il faut une loi portant sur la mémoire de la République de Côte d’Ivoire. Il s’agira pour l’État de Côte d’Ivoire de reconnaître sa part de responsabilité dans la souffrance causée à toutes ces familles du fait des errements des politiques. Dans cette loi, il sera question de réhabiliter tous ces hommes d’État du temps du parti unique qui ont été embastillés car accusés de vouloir, à cette époque, renverser les institutions de la République. Le Président Ouattara a cette chance de réviser ces procès, de réhabiliter ces hommes, de donner leurs noms à des rues, à des places, des bâtiments publics. S’il le fait, vous verrez qu’il entrera dans l’histoire comme celui qui a effectivement réconcilié les Ivoiriens», préconise-t-il, en guise de panacée.
Charles Assagba