Ils étaient ennemis jurés en 2010, lorsque Henri Konan Bédié apportait son soutien à Alassane Ouattara pendant la présidentielle. Aujourd’hui, Laurent Gbagbo et Bédié se disent « frères » et « alliés ». Tout souriant, main dans la main, le Sphinx de Daoukro a reçu ce samedi 10 juillet, l’ancien pensionnaire de la Cours pénale internationale (CPI), dans son fief. Bain de foule, accolades, ces retrouvailles avaient des allures d’alliance politique. « Est-ce que Laurent Gbagbo peut rencontrer Henri Konan Bédié sans que ça soit de la politique ? », dira le Woody de Mama. C’est un « tournant historique » en vue de « bâtir une Côte d’Ivoire réconciliée », ajoutera Bédié, plus tard. Venus s’unir pour une opposition plus forte, les deux hommes auront pourtant un langage différent tout au long de ces retrouvailles.
Charge
Dans un discours d’une demi heure, ce samedi, Laurent Gbagbo charge l’élection présidentielle d’octobre 2020, émaillées de troubles. « Mais quel spectacle donnons-nous au monde ? », n’hésitera pas à s’interroger le visiteur de marque. Avant de poursuivre : « On peut décider que nous n’avons aucune Constitution et vivre comme ça. Mais si nous avons une Constitution, il faut se battre pour être du côté de la Constitution. Respectez les textes ! » Gbagbo qui n’est pas encore entré de plain-pied dans la réconciliation nationale, n’en fera pas cas.
Ce dimanche, au cours de la deuxième étape de la visite, à Bédiékro, Henri Konan Bédié appelle plutôt à « la mise en place d’un projet de réconciliation vraie ». Il demande « un nouveau projet démocratique dénué de tous les intérêts partisans ». Bédié promet même de « définir ce projet de réconciliation pour le présenter à la nation tout entière » dans les prochaines semaines. Un projet, dit-il, qui ne pourrait réussir sans « une volonté forte du chef de l’État, Alassane Ouattara, des acteurs politiques, de (ses) compatriotes et des acteurs du développement. » Si Bédié appelle à la création d’un bloc entre la Front populaire ivoirien (FPI) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), la vraie problématique reste la divergente, pour le moment, des deux hommes sur le principe de la réconciliation nationale.
Raphaël Tanoh