Bôdô : ce qui a mis le feu aux poudres

Les opérations de pacification de Bôdô se poursuivent.

Le village de Bôdô, dans le département de Tiassalé, a vécu des moments de violence dans la nuit du samedi 9 mai 2026, à l’issue d’une réunion de conciliation organisée autour du projet de plateforme économique du PK 108. La rencontre, présidée par le ministre de la Santé, de l’hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre Dimba, a dégénéré en affrontements entre populations et forces de l’ordre, causant d’importants dégâts matériels, plusieurs blessés et de nombreuses arrestations, selon l’Agence ivoirienne de presse (AIP).

Selon des sources concordantes, les tensions ont éclaté après l’interpellation d’un jeune homme prénommé Hyppolite, au cours des échanges entre les autorités administratives et les populations locales. La réunion avait pour objectif de convaincre les propriétaires terriens d’adhérer aux modalités de compensation prévues dans le cadre du projet du PK 108.

Depuis plusieurs semaines, le climat était déjà tendu dans cette localité de l’Agnéby-Tiassa. Au cœur de la contestation, le montant de la purge des droits coutumiers fixé à 1 000 FCFA le mètre carré, jugé insuffisant par de nombreux propriétaires terriens.

Face à la montée de la grogne, le ministre Pierre Dimba, par ailleurs président du conseil régional de l’Agnéby-Tiassa, s’était donc rendu à Bôdô pour tenter d’apaiser les tensions et obtenir l’adhésion des populations au projet économique.

Mais la situation a rapidement dégénéré après la propagation de rumeurs annonçant l’arrestation du jeune Hyppolite. Des habitants en colère ont alors convergé vers la résidence du chef du village, où se tenait la rencontre, pour exiger sa libération.

Au fil des heures, la tension est montée d’un cran, obligeant les forces de sécurité à intervenir pour sécuriser les lieux et exfiltrer le ministre ainsi que sa délégation composée notamment du préfet de région, du préfet du département de Tiassalé et de plusieurs autorités administratives.

L’opération d’évacuation s’est déroulée dans un climat particulièrement tendu. Plusieurs véhicules administratifs, dont ceux du préfet de région et du sous-préfet de Tiassalé, ont été caillassés par des manifestants.

La résidence du chef du village a été incendiée, de même que son véhicule personnel. Un autre véhicule appartenant à un habitant ainsi qu’un débit de boisson ont également été réduits en cendres. Selon des sources sécuritaires, au moins deux gendarmes ont été blessés lors des affrontements.

À la suite de ces violences, les forces de sécurité ont lancé une vaste opération de ratissage dans le village. Plus d’une cinquantaine de personnes ont été interpellées puis placées en garde à vue à la brigade territoriale de gendarmerie de Tiassalé.

Dimanche, Bôdô présentait l’image d’un village quasiment désert. Plusieurs habitants avaient quitté leurs domiciles pour se réfugier dans les localités voisines ou en brousse, redoutant d’éventuelles représailles. Une forte présence sécuritaire restait visible dans la zone.

En visite sur les lieux, le maire de N’Douci a appelé à l’ouverture d’un couloir humanitaire afin de permettre aux personnes vulnérables et aux personnes âgées d’avoir accès aux produits de première nécessité.

Selon l’AIP, le chef des opérations de sécurisation, le lieutenant-colonel Ouattara Sié, a indiqué que cette requête serait transmise à la hiérarchie militaire. Il a également précisé que les forces de l’ordre avaient reçu pour instruction de mener une opération de « pacification » du village pour une durée comprise entre 72 heures et une semaine.

Pour l’officier supérieur, les actes enregistrés à Bôdô sont d’une extrême gravité. « Il est inconcevable que des citoyens s’attaquent à un ministre de la République ainsi qu’aux représentants de l’administration préfectorale », a rapporté l’agence de presse.

MD

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