Jeudi 14 décembre 2023. Coup de maillet du tribunal d’instance de Dakar : l’opposant sénégalais, Ousmane Sonko doit être réintroduit sur la liste électorale. De facto, cette décision de justice donne un feu vert à une participation du maire de Ziguinchor aux prochaines élections présidentielles. De quoi crier victoire ? Que nenni. En effet, au détour d’un flashback dans le rétroviseur, les antécédents entre Ousmane Sonko et la justice sénégalaise prouvent que ce procès réserve bien des surprises. Jalloné par de sempiternels appels des décisions des différentes instances, qui se soldent par des verdicts diamétralement opposés : les uns ordonnant sa réinscription, les autres insistant sur le maintien de son retrait. Bien malin donc, qui saura l’issue de cette procédure judiciaire. Une situation qui s’assimile à des montagnes russes émotionnelles pour Ousmane Sonko, engagé dans une course contre la montre pour le dépôt de son dossier de candidature à la présidentielle avant le deadline, le 26 décembre 2023. Candidatera, candidatera pas ? Ce flou sur l’avenir de Sonko n’est pas pour déplaire au gouvernement sénégalais, qui avait d’ores et déjà annoncé par la voix du ministre de la Justice, sa disqualification. Et tant que la situation restera ainsi, le temps jouera contre Sonko.
Un si long procès
Condamné le 30 mars 2023 pour diffamation dans l’affaire l’opposant au ministre du tourisme Mame Mbaye Niang, qu’il accuse de corruption, Ousmane Sonko écope de deux mois de prison avec sursis. En appel, le 08 mai 2023, sa condamnation est confirmée. Pis, la peine est alourdie à 6 mois. Une sentence qui acte également l’inéligibilité d’Ousmane Sonko pour la présidentielle. En Octobre 2023, il y a du nouveau dans le schmilblick. Le tribunal administratif de Ziguinchor annule la radiation d’Ousmane Sonko de la liste électorale. En dépit de cet acquittement judiciaire, la direction générale des élections (DGE), fait la sourde oreille. La demande de réinscription d’Ousmane Sonko sur la liste électorale et la délivrance des fiches qui lui permettraient de récolter les parrainages en vue de faire acte de candidature sont rejetées en bloc. Le 17 Novembre 2023, nouveau chamboulement, la Cour suprême sénégalaise annule la décision du tribunal de Ziguinchor et requiert un nouveau jugement au tribunal hors classe de Dakar. La décision, rendue ce jeudi est un énième rebondissement dans la saga Sonko. La justice demande de nouveau sa réinscription sur la liste électorale.
Macky fait du « sal* » à Sonko
Le 14 novembre 2023, Ousmane Sonko doit avoir le triomphe modeste, en effet, l’avocat de l’Etat sénégalais a d’ores et déjà sorti un autre tour de son sac : faire appel pour réévaluer cette décision devant la cour de Cassation.
Mais un communiqué estampillé du sceau du collectif des avocats de l’État du Sénégal, jette de nouveau un pavé dans la marre. « Ousmane Sonko reste radié » des listes électorales « jusqu’à ce que la cause soit définitivement jugée ». Argument ? La décision du tribunal d’instance de Dakar n’est pas exécutoire. Dans le camp Sonko, la lecture du droit est à mille lieues. Concomitamment à cette procédure, Ousmane Sonko a en effet été condamné dans l’affaire dite des mœurs, le 1er juin, relativement à l’accusation de viol d’Adji Sarr, à deux ans de prison ferme.
Sonko joue des coudes, Sall joue la montre
A l’analyse de ces différents coups de théâtre, une constante remonte à la surface : le chronomètre tourne en défaveur d’Ousmane Sonko. Incertain sur sa candidature effective à la présidentielle, en cas de validation, in fine, de son éligibilité, l’opposant devra se livrer à un rush pour le dépôt des dossiers et des parrainages avant la date limite fixée au 26 décembre. Le clap de fin de l’affaire n’étant pas encore connu, le compte à rebours continue de tourner. Dans l’éventualité où la date du prochain procès en appel serait fixée après le 26 décembre ou à quelques jours de cette date fatidique, l’équation s’avèrera on ne peut plus corsée pour le leader de la pastef qui aspire à être dans les starting blocks de la prochaine présidentielle. D’autant qu’il lui faudra un minimum de temps en vue de recueillir les parrainages pour le dépôt de ses dossiers. En cas de non-validation de sa candidature, l’Etat sénégalais lui ôte l’argument d’une justice inféodée de la bouche. En effet, comme une évidence, le pouvoir brandira comme un mantra les décisions en appel des différentes instances judiciaires en faveur d’Ousmane Sonko pour présenter l’image d’une justice à équidistance de la chapelle politique au pouvoir. Dans un cas d’espèce, comme dans l’autre, Macky semble détenir une arme : le temps contre la lanterne rouge du peloton de tête de la dernière présidentielle : Ousmane Sonko qui espère prendre les rênes du pays de la terranga en Février 2024. Comme plan B, le partid’Ousmane Sonko a désigné Bassirou Diomaye Faye, le secrétaire général du parti si et seulement si le plan A demeurait inéligible.
Charles Assagba