Gbagbo : Le jour d’après

Laurent Gbagbo est rentré en Côte d’Ivoire depuis le jeudi 17 juin. En soi, ce retour est un évènement. Un événement historique en raison de son caractère inédit.
Au-delà du caractère symbolique, les cadres du FPI-GOR ont rôdé un discours pour l’opinion nationale et internationale. Ce retour est censé apporter la félicité au peuple ivoirien, notamment la réconciliation et –ce n’est pas peu- l’avènement d’une nouvelle ère…
Alors questions : Ces deux objectifs sont-ils atteints ? Ce retour change-t-il profondément le pays ? Annonce-t-il le point de départ d’une réconciliation des Ivoiriens? La présence de Gbagbo sur le territoire ouvre-t-il une nouvelle ère ?
C’est un questionnement présomptueux : Le visage de la Côte d’Ivoire ne changera pas en un week-end de présence de Laurent Gbagbo sur le sol ivoirien.
Alors la question peut se poser autrement : Le retour du 17 juin nous prédispose-t-il à penser que des changements adviendront ?
Laurent Gbagbo, les cadres du FPI-GOR et le FPI-GOR lui-même nous ont montré, tout au long de ces mois de préparation du retour de leur icône que rien, absolument rien n’a changé. On n’a pas vu un nouvel esprit, un nouvel état d’esprit, tant dans la posture, dans la préparation du retour et dans la gestion de la journée du 17 juin.
Leur posture : Le FPI-GOR ne s’est toujours pas accommodé du régime Ouattara. Dans les esprits, les paroles et les actes, ils ne reconnaissent toujours pas les résultats issus des urnes en 2010. Ils subissent un pouvoir de fait. Les institutions qui ont succédé à leur régime n’existent pas. Ouattara reste, au surplus, un chef d’État, issu d’un pronunciamiento militaro-civil. Pas un Président de la République. La CPI a judiciairement blanchi Laurent Gbagbo et son régime. Il faut en conséquence le réhabiliter politiquement. En le réinstallant au palais présidentiel.
Les préparatifs: Les représentants de Laurent Gbagbo ont affiché, en permanence, de la défiance vis-à-vis du gouvernement pendant les pourparlers pour préparer le retour de leur mentor. Aucun point n’a fait l’objet d’un consensus : Ni la date du retour, ni le mode de transport, encore moins le format de l’accueil. Sur tous ces points et sur d’autres, ils ont mis le pouvoir devant le fait accompli.
La gestion du retour le 17 juin. Dans les éléments de langage frontistes, cette date devait être le point de départ de la réconciliation. Dans les faits, l’état-major de Gbagbo a chauffé les militants à blanc pour préparer le conflit et le chaos. Un remake de «l’assaut final», le mot du 18 février 1992, lorsque le FPI de Laurent Gbagbo avait lancé une marche contre le régime d’Houphouët-Boigny, pour, à l’époque protester contre les violences des forces de sécurité en milieu universitaire. D’où, le show de Koné Katinan, ci-devant porte-parole de Laurent Gbagbo, en direct devant les caméras de télévision, le jour du retour évoquant «des détonations autour de l’aéroport».
Alors disons-le nous franchement : qu’est-ce-qui ressemble à une ère nouvelle dans cette démarche ? Quel acte le FPI-GOR a t-il posé significativement en faveur de la réconciliation des Ivoiriens ?
Le FPI-GOR du jeudi 17 juin 2021 est à l’image de celui qui a gouverné entre 2000 et 2010 : Un parti désordonné et violent.
Maintenant que Laurent Gbagbo est rentré, il faut aller au-delà des incantations et des éléments de langage : LE FPI-GOR doit dire concrètement aux Ivoiriens ce qu’est son plan pour ouvrir «une nouvelle ère» et pour booster la cohésion nationale.
Après tous les tumultes et les atrocités auxquels son nom reste associé, ce retour donne à Laurent Gbagbo une dernière occasion de réhabiliter son parti face à l’histoire.
Le pourra-t-il seulement ? Attendons pour voir.

Méité Sindou

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