Les sources sont formelles : C’est à un Conseil des ministres de la mi-décembre 2021 que le Président de la République a annoncé à ses ministres son intention de remanier son gouvernement.
Et depuis, la presse, la presse nationale comme la presse africaine basée à Paris, court après ce remaniement. Depuis un semestre, il ne se passe pas un mois sans qu’une annonce de l’imminence de ce remaniement ne soit publiée par ces médias.
Alassane Ouattara a-t-il encore l’intention de procéder à un remaniement ministériel de son gouvernement ?
Très certainement. Mais pas pour maintenant. Voici pourquoi.
Pourquoi Ouattara veut remanier. Le gouvernement Patrick Achi 1 est installé depuis le 6 avril 2021. Il est composé de 41 membres. Un gouvernement pléthorique, selon une certaine opinion. Une critique que le Président entend et prend à son compte.
L’objectif de Ouattara est certes de mettre sur pied un gouvernement rajeuni et ouvert aux cadres de toutes les régions du pays. Pour correspondre à sa vision d’un RHDP véritablement national. Mais, après trois trimestres d’exercice gouvernemental, le Président constate que l’équipe dysfonctionne. Le Premier ministre doit arbitrer de nombreux conflits de compétences entre nombre de ministres qui se bagarrent pour la tutelle de tel organe ou de telle institution.
Pendant ce temps, le Président met la pression. Il y a des succès certes. Mais Ouattara est exigeant. Il attend encore davantage de son gouvernement des résultats concrets et immédiats sur le quotidien de ses concitoyens.
La décision est donc prise à la mi-décembre de l’an dernier : Le Président va remanier le gouvernement. Réduire le nombre de portefeuilles ministériels, réduire les doublons en regroupant les ministères compatibles.
L’objectif de Ouattara est simple : Un gouvernement restreint, technique et efficace.
Qu’est-ce qui bloque donc ce remaniement ?
Le contexte politique. Ouattara est un homme d’Etat avisé. Le contexte compte beaucoup dans les décisions du chef de l’Etat. Ce contexte est fortement influencé par le retour de l’opposition significative sur la scène politique. Elle a participé aux élections législatives du 6 mars 2021. La configuration du Parlement s’en est trouvée modifiée. Le RHDP est confortablement majoritaire. Mais il a perdu sa toute puissance sur le Parlement. Le district d’Abidjan, qui constitue le tiers du fichier électoral national, est fortement disputé entre pouvoir et opposition, avec cinq communes pour chaque bloc.
Le contexte, c’est aussi et surtout la réorganisation du PDCI et la naissance du PPA-CI par la scission du FPI. Très clairement, Ouattara a besoin de mesurer, d’appréhender l’impact de tous ces changements sur l’environnement politique avant de remanier son gouvernement.
La restructuration du RHDP. Le projet est rentré dans sa phase active avec le conseil politique présidé par Alassane Ouattara lui-même le lundi 28 février 2022. Les nouvelles instances ont été présentées au public, dont la plus haute : Le Directoire. Celui-ci comprend, sur 40 membres, pas moins de 24 ministres en exercice. Cela représente 70% des 41 membres du gouvernement actuel. Ces ministres, compte tenu de leurs positions au Directoire, sont des maillons importants de la restructuration du parti qui est en cours.
De plus, du côté du régime, on restructure le parti pour garantir la stabilité des institutions. On comprend bien qu’un remaniement déstabiliserait non seulement le Directoire qui conduit la restructuration du parti, mais aussi le projet de restructuration lui-même.
Les élections locales de l’an prochain. Ce sont des consultations test. Un test de solidité du RHDP face à ses concurrents du PDCI et du PPA-CI. Les trois principales formations de l’échiquier politique ivoirien auront terminé leur mue, leur création, leur réorganisation ou leur restructuration probablement d’ici les élections locales.
Les municipales et les régionales de 2023 seront le premier test grandeur nature de la confrontation électorale entre ces trois formations. Le parti au pouvoir a 22 conseils régionaux sur 31 et 144 municipalités sur 201 à défendre au cours des échéances qui viennent. Ce sera le premier grand rendez-vous du RHDP restructuré. Et ils sont un certain nombre de ministres, au sein du gouvernement actuel, qui sont sur la ligne de départ pour les régionales et les municipales. Pour le Président de la République, les élections permettent de jauger la légitimité terrain de ses ministres. Il en a été ainsi pour les législatives. Certains avaient consolidé ou perdu leur portefeuille. Ce sera le cas lors des élections locales qui viennent.
Ces prochaines échéances locales permettront également au RHDP d’ouvrir une fenêtre sur la présidentielle de 2025. Le parti au pouvoir se sera confronté avec son opposition sur des questions importantes inscrites sur l’agenda par les conclusions du dialogue politique le 4 mars dernier.
Alassane Ouattara a été clair avec ses troupes au cours du Conseil Politique de son parti le 1er mars dernier: «Je vous exhorte à continuer d’œuvrer à consolider notre grand parti dans un environnement qui verra probablement la création de nouvelles formations politiques. Cette consolidation est nécessaire en raison des défis».
Le remaniement ministériel prochain sera de toute évidence pour Ouattara un des leviers de la réorganisation de ses troupes. Il interviendra à temps pour consolider l’édifice. Et non à contretemps pour le fragiliser.
Nord Sud peut donc soutenir, avec prudence cependant, que ce nouveau gouvernement ne peut, en toute logique, intervenir qu’après les élections locales de l’an prochain.
Bakayoko Youssouf