Imam Mamadou Dosso : « Des habitants déguerpis de ‘‘Boribana’’ dorment sous les ponts »

Mamadou Dosso demande une implication des musulmans dans l’organisation du hadj.

« Les musulmans doivent s’impliquer dans l’organisation du hadj »

Mamadou Dosso est organisateur privé du hadj. Il est également président du comité de gestion de la grande mosquée Salam d’Adjamé. L’imam rêve d’une reprise de l’organisation du hadj par le privé.

Depuis le mercredi 6 mai, les premiers vols ivoiriens pour La Mecque ont débuté. Comment cela se passe-t-il ?

Tout se passe bien. Ce que nous pouvons dénoncer, c’est la mauvaise organisation dans le regroupement des pèlerins au niveau des communes. Nous ne comprenons pas bien le système des ‘‘accompagnateurs’’. Au début, on nous a dit que tous les pèlerins de la même commune vont ensemble. Mais au niveau d’Adjamé, par exemple, on se retrouve avec des pèlerins venus d’ailleurs, pour compléter le groupe. C’est un encombrement qui vient ternir l’organisation. Nous demandons une plus grande implication de la communauté, qui semble avoir tout laissé entre les mains de l’Etat.

Vous croyez que la communauté musulmane ne s’implique pas assez dans l’organisation du hadj ?

Nous croyons qu’au moment où l’Etat consent d’énormes sacrifices, pour offrir le hadj à la communauté musulmane en Côte d’Ivoire, nous devons à notre niveau, nous impliquer un peu plus dans l’organisation et ne pas tout laisser dans les mains de l’Etat. La moindre petite étape, telle que le regroupement des pèlerins, est mal faite dès que l’Etat essaye de laisser les choses entre nos mains. La communauté musulmane ne doit pas tout le temps se complaire dans une sorte d’assistance de l’Etat. Nous devons nous préparer à prendre le hadj en main quand l’Etat se retirera.

L’organisation du hadj était auparavant entre les mains des privés, cela a abouti à une crise. Pourquoi l’Etat se risquerait-il à revenir à ce modèle ?

Parce qu’à la longue, ce sera à nous de supporter les coûts du hadj. C’est le cas au Sénégal, au Mali…

Serez-vous un jour prêts pour cela ?

Il y a 21 structures privées qui s’occupent de l’organisation du hadj en Côte d’Ivoire. Nous nous préparons. C’est pour cela que je demande une plus grande implication de tous. Soyons mieux organisés. Je reconnais qu’il y a encore quelques indélicats à extirper des rangs, mais l’organisation dans le privé n’est pas à dénoncer aujourd’hui. L’Etat pourrait commencer à laisser du leste, en octroyant plus de pèlerins aux structures privées et voir comment cela se passe.

Le voyage au privé coûte cher

C’est vrai. Dans ma structure, par exemple, le voyage est à 5 850 000 FCFA, pendant qu’au public, c’est 3 250 000 FCFA. Mais les subventions de l’Etat pourraient atténuer, par exemple, le coût des billets d’avion ou des chambres d’hôtel.

Pensez-vous que les inscriptions pour le 5ème pilier en Côte d’Ivoire seront de plus en plus fortes ?

Oui. Chaque année, il y a plus de personnes qui veulent aller à La Mecque. Ce qui entraîne une lutte acharnée pour obtenir les places et les désagréments qui vont avec. Il y a une de mes connaissances qui s’est fracturée le bras et qui ne pourra pas effectuer le voyage. Le Commissariat du hadj lui a remboursé ses frais. Mais, cette place sera automatiquement vendue, parce que la liste d’attente est longue. Je suis surpris que jusqu’à vendredi dernier, on inscrivait encore les pèlerins, alors que c’était censé s’arrêter depuis.

Au moment où le hadj s’effectue, c’est la saison des pluies. Que dites-vous aux personnes installées dans les zones à risques ?

Je dis simplement qu’il faut tout faire pour permettre aux gens d’avoir des logements décents. Parce que, lorsqu’on demande à des personnes de quitter des zones à risques, il faudrait qu’ils aient un endroit où aller. Je connais des habitants déguerpis de ‘‘Boribana’’ qui dorment sous les ponts.

Entretien réalisé par Georges Dagou

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