La retraite pour les hommes politiques: Un faux débat

Le débat politique en Côte d’Ivoire est agité par la question du renouvellement de la classe dirigeante. Le passage de flambeau de la vieille garde aux jeunes loups est ainsi posée comme une nécessité.

Le sujet est porté, sans complexe, par Jean Louis Billon, secrétaire exécutif adjoint au PDCI, relayé par Assalé Tiémoko, journaliste et député indépendant. La question, il faut le reconnaître, est dans toutes les têtes et  dépasse les clivages partisans.

Que disent donc les defenseurs d’un rajeunissement à marche forcée de la classe politique ?  Les jeunes, disent-ils,  doivent couper le cordon. Rompre avec la vassalisation de la jeune génération aux anciens. Et pour cela, mesure choc, il faut légiférer sur un âge de la retraite en politique.

Clairement, les animateurs de ce débat semblent convaincus qu’en politique l’avenir des jeunes passe impérativement par la conjugaison des anciens au passé.

Un faux débat par excellence ! Et je vais vous dire pourquoi.

La Côte d’Ivoire est une société démocratique. Et en démocratie, le déterminant, c’est l’adhésion du plus grand nombre à une vision, à un projet ou à un acteur politique donné. Un homme politique doit ambitionner de construire une légitimité populaire indiscutable. Une légitimité qui fait de lui un référent pour tout un peuple ou pour une frange significative de la population.

Cette légitimité fera de cet acteur un maillon incontournable de l’échiquier politique. Et l’expression la plus achevée de cette légitimité, c’est le suffrage des électeurs. Trivialement.

La question d’un renouvellement générationnel de la classe politique aux forceps, par des artifices, même législatifs, est une absurdité. Un non sens juridique. Et un non sens politique.

Un non sens juridique. Une loi doit être  générale et impersonnelle. Une législation ne peut pas ( et dans le cas de notre pays, ne peut plus) être spécialement apprêtée pour cibler des citoyens. C’est parce que les lois électorales et constitutions successives de 1995 à 2000 ont explicitement ciblé Alassane Ouattara que notre pays a traversé un long torrent de sang et de larmes avec à la clé un coup d’Etat, une rébellion et une crise postélectorale profonde.

Notre pays doit tourner le dos aux barrières juridiques artificielles, aux législations d’exception pour réguler le champ politique.

Un non sens politique : Il serait illusoire et même naïf de croire que l’on peut clore le cycle houphouétien (dont procède Ouattara, Bédié et Gbagbo) d’un coup de baguette magique. Les pousser artificiellement vers la sortie, alors qu’ils sont les seuls, à l’heure actuelle , à même de revendiquer une légitimité populaire solide et assise dans l’imaginaire collectif des Ivoiriens, me semble hasardeux et même dangereux.

Après les tumultes, le passage du témoin politique, s’il en est, doit s’opérer naturellement. Par l’histoire. Mais aussi par la capacité de la génération dite jeune à prendre la relève. Par la force de sa vision, de son projet et de ses propositions pour gouverner.

Sans cela, la génération dite jeune donnera le sentiment de refuser une compétition saine et ouverte et de montrer une certaine incapacité à prendre ses marques sur une scène politique qui est un champ de confrontation par excellence.

Alors disons-nous-le bien : Lorsqu’un jeune pouce au sein de notre classe politique, un seul, incarnera l’avenir, une alternative crédible par la pertinence de son projet, il deviendra évident pour «les vieux» que l’heure du retrait a sonné.

Le seul débat qui vaille, celui qui devrait mobiliser nos énergies, c’est la construction de notre modèle démocratique, ce que nous devons faire pour donner un sens, un poids, une force à chaque bulletin de vote. Nous devons continuer à améliorer l’efficacité et la transparence de notre système électoral. Le débat ne fait que commencer. 

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