Matières premières ivoiriennes sur le marché international : Ouattara veut accélérer la transformation locale

Le président ivoirien mise sur le PND 2026-2030 pour accélérer la transformation locale des matières premières.

À Genève, ce jeudi 29 octobre 2026, le président Alassane Ouattara a défendu une stratégie de transformation productive de l’économie nationale, fondée sur les investissements industriels, la diversification des exportations et la création de valeur ajoutée. Avec un taux de transformation du cacao estimé à 41 % et celui de la noix de cajou à 43 % en 2025, la Côte d’Ivoire entend franchir un nouveau cap, notamment à travers son Plan national de développement 2026-2030.

La Côte d’Ivoire veut passer du statut de grand exportateur de matières premières à celui de producteur de biens transformés à forte valeur ajoutée. C’est le message central porté par le président Alassane Ouattara lors des Conférences présidentielles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tenues le jeudi 29 octobre 2026 à Genève, en Suisse, autour du thème : « Des partenariats pour le commerce et le développement : l’expérience ivoirienne ».

Face aux incertitudes de l’économie mondiale, marquée notamment par les tensions géopolitiques, la montée du protectionnisme et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, le chef de l’État ivoirien a plaidé pour une meilleure orientation des échanges commerciaux et des investissements vers la transformation structurelle des économies.

Pour Alassane Ouattara, l’enjeu ne consiste plus seulement à accroître les exportations ou à attirer les capitaux étrangers. Il s’agit surtout de faire en sorte que ces leviers contribuent à la création d’emplois décents, au renforcement des capacités productives nationales et à l’amélioration des conditions de vie des populations.

« Le véritable défi est de passer d’une économie qui exporte principalement ses ressources à une économie qui les transforme, développe ses compétences, innove et crée davantage de valeur sur son territoire », a-t-il souligné.

Pour illustrer cette ambition, le président ivoirien s’est appuyé sur les performances des filières cacao et noix de cajou, deux piliers des exportations nationales.

Dans la filière cacao, le taux de transformation locale est estimé à 41 % pour la campagne 2024-2025. Le développement des unités de broyage permet désormais à la Côte d’Ivoire de produire sur son territoire de la pâte, du beurre et de la poudre de cacao destinés aux marchés internationaux et à l’industrie agroalimentaire.

Mais le chef de l’État estime que cette progression doit se poursuivre. La prochaine étape consiste à développer davantage la fabrication de produits finis, notamment le chocolat et les produits alimentaires dérivés, afin de capter une part plus importante de la valeur générée par cette filière.

La noix de cajou connaît également une évolution encourageante. En 2025, environ 43 % de la production était orientée vers la transformation locale. L’ambition affichée par le gouvernement est de porter cette proportion à au moins 80 % à l’horizon 2030.

Au-delà de l’augmentation des volumes transformés, Alassane Ouattara entend mettre l’accent sur la qualité des produits, la productivité des entreprises et leur accès aux marchés. Il a également insisté sur la nécessité de renforcer les relations entre producteurs, industriels et petites et moyennes entreprises (PME).

Pour concrétiser cette orientation, le président de la République mise sur le Plan national de développement (PND) 2026-2030. Ce programme doit assurer une meilleure coordination des politiques économiques et sectorielles, tout en mobilisant les ressources nécessaires à la transformation de l’appareil productif.

Le développement de l’agro-industrie, la modernisation des infrastructures, le renforcement du capital humain et la promotion des investissements privés figurent parmi les priorités annoncées. La contribution de ces investissements est attendue à plus de 70 % du total prévu dans le cadre du PND.

Le chef de l’État a également mis en avant les performances institutionnelles et macroéconomiques du pays. Selon les données présentées dans son discours, la Côte d’Ivoire a enregistré une croissance économique moyenne d’environ 7 % entre 2012 et 2025, malgré plusieurs chocs extérieurs, notamment les effets de la pandémie de Covid-19.

Il a par ailleurs évoqué l’évaluation des politiques et des institutions nationales (CPIA) 2025 de la Banque mondiale, dans laquelle la Côte d’Ivoire a obtenu un score de 4 sur 6, se classant deuxième parmi les pays africains évalués et première en Afrique de l’Ouest.

Ces performances, selon lui, doivent désormais se traduire par des résultats tangibles en matière d’investissements productifs, de compétitivité des entreprises, de transfert de technologies et de création d’emplois.

La stratégie ivoirienne repose également sur l’intégration économique africaine. Alassane Ouattara a présenté la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme une opportunité de développer les débouchés des entreprises nationales et de favoriser l’émergence de chaînes de valeur régionales.

L’élargissement des marchés est essentiel pour permettre aux entreprises de réaliser des économies d’échelle, d’amortir leurs investissements et de renforcer leur compétitivité. Dans cette perspective, la Côte d’Ivoire ambitionne de consolider sa position de plateforme de production et de transformation au service des échanges africains.

La réalisation de cette ambition suppose toutefois de lever plusieurs contraintes, notamment l’accès au financement pour les PME, la disponibilité des capitaux à long terme, la qualité des infrastructures et le développement des compétences technologiques.

Le président ivoirien a également intégré la transition écologique à cette vision, en mettant en avant les possibilités d’investissement et d’innovation liées aux énergies renouvelables, à la sécurité alimentaire et à l’adaptation au changement climatique.

Dans son intervention, Alassane Ouattara a aussi défendu l’approche de la « re-globalisation » promue par la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala. Cette orientation vise à repenser la mondialisation pour rendre les échanges plus inclusifs, diversifier les chaînes de valeur et permettre à davantage de pays en développement de bénéficier des opportunités économiques mondiales.

Pour la Côte d’Ivoire, cette approche implique de dépasser la spécialisation dans l’exportation de produits bruts afin de développer les activités industrielles, l’innovation et la commercialisation de produits à plus forte valeur ajoutée.

Le chef de l’État a ainsi élargi les perspectives de transformation à d’autres ressources nationales, notamment l’or, le pétrole, le caoutchouc, le gaz, le manganèse et le nickel.

Toutefois, l’ambition industrielle ne saurait se limiter à la transformation physique des matières premières. Elle doit également contribuer à renforcer les entreprises nationales et à mieux répartir les bénéfices de la croissance. Le président ivoirien a insisté sur la nécessité de faire profiter l’ensemble de la population des retombées du commerce et de l’investissement, à travers l’amélioration des revenus, des conditions de vie et des compétences.

La stratégie défendue à Genève dessine ainsi une nouvelle étape pour l’économie ivoirienne. Après plusieurs années de croissance soutenue, le défi consiste désormais à convertir les performances macroéconomiques en capacités industrielles durables et en progrès social. Les objectifs fixés pour le cacao et l’anacarde, ainsi que les orientations du PND 2026-2030, constituent des indicateurs concrets de cette ambition. Leur réalisation dépendra notamment de la capacité du pays à attirer des investissements productifs, à améliorer sa compétitivité et à faire de la transformation locale un véritable moteur de développement.

Marc Dossa

Related posts

Ouattara–Macron : un nouveau tête-à-tête annoncé à Paris

UEMOA : Ouattara donne un coup d’accélérateur au Pacte de convergence

Ancien ministre de la Justice : Coulibaly Gnénéma est décédé

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Lire la suite