Un instant d’histoire. Elle était attendue. La rencontre entre le président de la République, Alassane Ouattara et l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo a finalement eu lieu ce mardi, à 17h 21, au palais présidentiel du Plateau.
Poignées de mains fermes, accolades, sourires. Devant l’entrée du bâtiment dénommé «petit palais», les deux hommes affichent un enthousiasme visible devant un parterre fourmillant de journalistes, de preneurs de sons et d’images. Devant les objectifs des photographes et des cameramen qui se bousculent pour saisir un instant historique, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo retirent leurs masques. Et le chef de l’Etat lance en direction de son hôte du jour un «Comment ça va, Laurent ?» qui donnera la tonalité et l’ambiance de toute la rencontre : cordiale et fraternelle.
Gbagbo répond chaleureusement. Puis il cherche quelqu’un dans la foule pour lui donner le masque anti-covid qu’il vient de retirer. Toujours délicat et attentionné, Ouattara l’aide : «que quelqu’un prenne son masque !». Puis, le président de la République prend la main de son «vieil ami». Ce dernier, le sourire toujours animé, lève une main vers la foule. Ouattara, sans lâcher sa main, le conduit dans la salle. Les deux hommes disparaissent derrière le grand salon, pour n’en ressortir qu’environ une heure plus tard. Ils sont précédés du directeur exécutif du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), Adama Bictogo, du conseiller spécial du président de la République chargé des Affaires politiques, Ibrahim Bancongo Cissé et de l’état-major de Laurent Gbagbo dont Asso Adou, Georges Armand Ouégnin.
Les échanges. Le président de la République fait le maître de cérémonie de circonstance. Il introduit et donne la parole à son hôte. Laurent Gbagbo :«Je suis venu rendre visite au Président Alassane Ouattara que je connais depuis longtemps. On a parlé fraternellement, amicalement et je suis très heureux de cette discussion que nous avons eue. Parce qu’elle était très détendue. Et je suis fier de cela. J’ai souhaité que, de temps en temps, on puisse avoir ce genre d’entretiens qui détendent l’atmosphère ».
Puis il ajoute un point de revendication : «j’ai surtout insisté sur les prisonniers, qui ont été arrêtés au moment de la crise 2010-2011. Et qui sont encore en prison, alors que moi, je suis dehors. J’aimerais que le Président fasse tout ce qu’il peut pour les libérer.»
En guise de réponse, Ouattara reste sur la tonalité de la fraternité et de la cordialité : «Mon cher Laurent, merci beaucoup d’être venu pour cette rencontre que tout le monde demandait d’ailleurs. (…) C’est surtout le peuple de Côte d’Ivoire qui attendait cela avec beaucoup d’impatience. Je voudrais que nous puissions nous féliciter d’avoir eu cette rencontre qui a été cordiale et fraternelle, parce que Laurent est mon jeune frère et mon ami. Bien sûr, il y a eu cette crise qui a créé des divergences, mais cela est derrière nous. Ce qui importe, c’est la Côte d’Ivoire, c’est la paix pour nous avancer, comme le dit Laurent, pour nous-mêmes, pour les prochaines générations.
Et le président ajoute : «Nous avons, bien sûr, parlé de la paix pour notre pays, la nécessité de renforcer la cohésion nationale, de continuer de renforcer la réconciliation. Nous sommes convenus aussi de nous revoir de temps en temps, certainement après le mois d’août pour continuer ces entretiens… »
Sous les ors de la République. Il est 18h15 quand Alassane Ouattara raccompagne Laurent Gbagbo vers son véhicule. Les deux hommes se tiennent par la main, échangent des mots encore quelques minutes, puis prennent congé.
Il faut noter que pour son visiteur du jour, le chef de l’Etat a mis les petits plats de la République dans les grands. Laurent Gbagbo a eu droit au tapis rouge et à la garde d’honneur du palais. La juste et pleine application de son statut d’ancien chef de l’Etat.
Avec cette rencontre, les Ivoiriens entrevoient la détente. Reste à voir comment cela impulse la cohésion ou même la réconciliation dont parle une certaine classe politique.
Raphaël Tanoh
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