Ouattara : Le Maître du jeu

Ce n’est un secret pour personne que lire dans la tête du Président de la République relève de l’impossible. Depuis son arrivée au pouvoir, Alassane Ouattara n’a pas cessé de surprendre les observateurs les plus aguerris et même son cercle rapproché, par des décisions ‘‘inattendues’’. Ceux qui excellaient dans les pronostics et les augures se sont très vite rendu compte qu’avec Ouattara, ça ne marche pas. Ce n’est pas très souvent le choix le plus logique qui prime. Après tout, qu’est-ce que la logique dans le jeu politique ?

Avec Robert Beugré Mambé nommé Premier ministre, on peu dire, toute proportion gardée, que le Chef de l’Etat vient de sortir une autre ‘‘carte mystère’’ dans son jeu varié. La question étant celle-ci : au moment où le Rhdp prépare vivement la présidentielle, quel rôle jouera l’ancien Gouverneur du district autonome d’Abidjan, jusqu’en 2025 ? Mais, c’est ainsi que le Chef de l’Etat a toujours procédé. Laisser les observateurs, ses adversaires et parfois même son entourage spéculer, débattre, tout en gardant précieusement la réponse dans un coin de sa tête, en prévision du prochain coup. La même tactique a presque été adoptée quand il a fallu choisir Amadou Gon Coulibaly en janvier 2017, comme Premier ministre. Seule la désignation d’Hamed Bakayoko en juillet 2020 à ce même poste, avait quelque peu fuité. Passé maître dans l’art d’être là où on ne l’attend pas, de faire le contraire de ce qu’on pense, le Président de la République est un fin dribbleur.

Jeu de chaises musicales

Il colle à sa personnalité quand il nomme Nanaba Camara première femme présidente de la Cour constitutionnelle, ou lorsque Kandia Camara prend les rênes du Senat. Il en va de même pour son subtil jeu de chaises musicales, pour brouiller parfois la partie. Sur quels critères remplace-t-il ou déplace-t-il ses pions? Que ce soit ce gouvernement, ou celui d’avant, les entrants comme Adjé Sylas Metch ou Ibrahim Kalil  Konaté, surprennent plus d’un. Mais seul le Chef de l’Etat peut dire les véritables raisons de leur présence.  À contrario, si  la suppression du ministère de la Réconciliation nationale étonne moins, le départ de Kouadio Konan Bertin du gouvernement reste une énigme. Serait-il devenu inutile ?

En réalité, le rôle et l’importance que Ouattara accorde aux mordus du parti,  tranche quelquefois avec son léger penchant vis-à-vis des technocrates et cet amour inconditionnel que le Chef de l’Etat garde pour les travailleurs, surtout ceux de l’ombre. C’est ainsi qu’il peut  piocher partout où il désire, quand il le veut, sans qu’on ne le voie venir. La nomination de Tiémoko Meyliet Koné en tant que Vice-président de la République en est une démonstration. Il faut dire qu’avec le Chef de l’Etat, les nominations ne se limitent pas à une simple volonté de récompenser. Tout a un sens voilé. Les gens viennent, bougent et repartent, suivant un schéma propre à sa vision.

Jouer la partie

Alassane Ouattara ne joue pas la partie qu’avec ses hommes. Au sein de l’opposition, on ne le connaît que trop bien pour son jeu illisible, le ‘‘poker face’’ dont il sait faire usage, pour terrasser au moment venu.  On n’entrera jamais dans la tête du Président. On ne saura donc jamais pourquoi en 2020 Ouattara a cédé, par exemple, le stade Félix Houphouët-Boigny à l’opposition pour manifester contre « son » 3ème mandat, alors que tout le monde pensait qu’il opposerait un « non » catégorique. Ça été un coup de maître. C’était plus clair, en revanche, lorsqu’il a expressément demandé à la Police, à la Gendarmerie, à l’Armée, de ne pas tirer sur les fauteurs de troubles qui se sont manifestés avant, pendant et après l’élection. Et quand il exige de son état-major de tourner le dos à la haine et à la provocation, pendant les campagnes, on ne peut que convenir de la justesse du message. Mais tout, mis bout à bout, est bien pensé, guidé pour atteindre un but précis.

C’est ainsi que, de 2011 jusqu’aujourd’hui, le Président de la République est devenu l’homme qu’il est : Le Maître du jeu. Sans effusion de sang il a su, avec habilité, s’extirper de l’étiquette de despote dont ses détracteurs tentaient de l’affubler. Sans haine, ni diatribe, il déjoue les probabilités. Tous ceux qui s’en sont pris à Alassane Ouattara frontalement, ont été surpris par sa réaction. Le Chef de l’Etat n’attaque pas en premier, mais aime à laisser venir ses adversaires pour mieux les cerner. Auparavant, la politique ivoirienne était considérée comme un grossier jeu de force et d’entourloupes, avec Ouattara c’est une véritable partie d’échecs.

Georges Dagou

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