Le dialogue permanent. Le dialogue est l’âme des forts et non celui des faibles, comme l’a dit Félix Houphouët-Boigny.
Et Alassane Ouattara démontre qu’il est toujours dans une bonne disposition d’esprit pour dialoguer avec l’opposition ivoirienne. Pour faire passer les problèmes généraux avant les problèmes particuliers, les questions d’intérêt national avant les questions partisanes.
AGC ouvre le bal. Le long cycle des discussions avec l’opposition a commencé en 2018, avec le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. De très nombreuses réunions au cour desquelles des sujets aussi épineux que la réforme de la Commission Électorale Indépendante ont été examinés.
Lors de son discours d’investiture le 14 décembre 2020, le président ivoirien avait convié l’opposition à la table des discussions. Les négociations sur la Commission électorale indépendante (CEI) en vue des législatives du 6 mars 2021 étaient le point d’orgue. D’autant que l’opposition avait boycotté la présidentielle du 31 octobre 2020.
Un ministère dédié. Signe de sa prédisposition au dialogue, Alassane Ouattara avait également annoncé la création d’un ministère de la Réconciliation nationale. Pour anticiper et contribuer à la résolution des crises. Une volonté du Président de la République d’institutionnaliser le dialogue. Mais en dépit de ces institutions, et de cet effort, l’opposition s’évertue à créer un climat de suspicion et de méfiance. En pointant la réconciliation nationale comme « l’ombre noir » au tableau du bilan de Ouattara.
En dépit du CNT. Et le 21 décembre 2020 déjà, sur les cendres du Conseil National de Transition lancé par l’opposition pour renverser les institutions, le dialogue s’ouvrait sous la houlette du défunt Premier ministre Hamed Bakayoko. Les discussions s’étaient étalées sur 9 jours, du 21 novembre au 29 décembre 2020. Tout s’était bien déroulé même si l’opposition avait différé la signature du rapport final, fruit des échanges. Les émissaires d’Henri Konan Bédié et de Laurent Gbagbo avaient argué qu’il leur fallait un quitus avant d’apposer une signature sur le document. Le gouvernement s’était montré patient. Le paraphe des accords était advenu le 15 janvier 2021, soit plus de deux semaines après les échanges.
Le mercredi 11 novembre, à sa demande, Alassane Ouattara avait rencontré Henri Konan Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) et chef de file de l’opposition, en vue de trouver une issue à la crise politique. L’entretien entre les deux hommes, qui a eu lieu à l’Hôtel du Golf, avait duré une quarantaine de minutes. Selon Alassane Ouattara, «c’était une première rencontre pour (…) rétablir la confiance.» Une occasion de briser le verre de glace, selon Henri Konan Bédié.
Avec Bédié, Gbagbo et Affi. le 27 juillet 2021, Le président ivoirien recevait au palais présidentiel du Plateau, son grand rival Laurent Gbagbo, dix ans après la crise post-électorale. Ils étaient ressortis de leur tête-à-tête de trente minutes, tout à la joie «fraternelle» et «détendue» de s’être rencontrés.
Encore une fois, le numéro un ivoirien restait partisan du principe que le dialogue est une manifestation de la démocratie.
Ainsi le Président de la République, Alassane Ouattara, accordait une audience, le jeudi 28 octobre 2021 au Palais Présidentiel, au Plateau, à Pascal Affi N’Guessan, le président du Front populaire ivoirien (FPI).
C’est dans le prolongement de son ouverture au dialogue qu’Alassane a instruit son Premier ministre à l’effet d’ouvrir un nouveau round du dialogue entre les acteurs politiques. Lors de son grand oral le 9 novembre à Abidjan, Patrick Achi annonçait que le dialogue politique va reprendre. «En ce qui concerne le dialogue politique, mené précédemment par feu le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, puis Hamed Bakayoko, (il va) reprendre dès décembre, avec les acteurs concernés sur le terrain. Dans les tout prochains jours, je les contacterai pour fixer une date pour constituer ce dialogue politique», avait-il indiqué.
Une date. Le dialogue politique en Côte d’Ivoire reprendra le 16 décembre prochain. Ce dialogue sera une occasion pour le chef du gouvernement Patrick Achi d’échanger avec certains partis politiques.
Les partis conviés. Ce sont les partis qui comptent qui sont attendus à ce dialogue notamment le Rhdp (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix), le Pdci (Parti démocratique de Côte d’Ivoire), le PPA-CI (Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire), le FPI (Front populaire ivoirien) et l’Udpci (Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire).
Les sujets sur la table. Il ne faut pas se méprendre. Selon nos sources proches bien informées, le format du dialogue est connu. Les discussions n’iront pas dans tous les sens encore moins ne seront pas une sorte d’agora où l’on viendra disserter sur le sexe des anges. Les échanges entre le gouvernement et les partis politiques porteront précisément sur les élections locales de 2023, et sur l’entrée du PPA-CI au sein de la Commission électorale indépendante (CEI). Au cours de ces rencontres, le FPI d’Affi N’guessan reviendra certainement avec son projet d’états généraux de la République et le PPA-CI de Laurent Gbagbo plaidera assurément pour la libération des prisonniers dits politiques, militaires et civils de la crise post-électorale de 2010-2011. Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo se rejoignent sur les mêmes questions de prisonniers. Il y aura certainement, selon Le Nouveau Réveil, celles relatives aux conditions «d’élections crédibles, la question de la maîtrise de l’immigration et ses corollaires de crises intercommunautaires, de fraudes sur la nationalité, de pression sur le foncier, etc. »
Modus operandi. Dès l’entame des discussions, le Premier ministre Patrick Achi animera la plénière en présence de plusieurs membres du gouvernement et des figures de proue de l’opposition. Après avoir planté le décor et donné les grands axes des échanges, le chef du gouvernement se retirera pour laisser la place à d’autres membres du gouvernement notamment le ministre de la Réconciliation nationale et de la cohésion sociale Kouadio Konan Bertin dit KKB, Gilbert Kafana Koné, ministre en charge des relations avec les institutions, Cissé Ibrahima Bacongo, Ministre des affaires politiques et le Général Diomandé Vagondo, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Ce sont eux qui vont piloter les échanges. Et les recommandations qui sortiront de ces assises seront remises au président de la République.
Alassane Ouattara est toujours resté ouvert au dialogue. Malgré une communication agressive par laquelle l’opposition veut démontrer le contraire.
Bakayoko Youssouf