Réforme électorale : le gouvernement propose une nouvelle architecture fondée sur trois organes distincts

Cette rencontre intervient après la dissolution de la CEI, le 6 mai 2026 en conseil des ministres.

Le gouvernement ivoirien entend tourner la page de la Commission électorale indépendante (CEI) telle qu’elle a fonctionné depuis 2001. À l’occasion d’une rencontre avec les partis politiques et les organisations de la société civile, ce lundi 22 juin à la Primature, à Abidjan, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a dévoilé les grandes orientations de la réforme de la gouvernance électorale que prépare l’Exécutif.

« Une démocratie qui veut avancer, doit avoir le courage de perfectionner ses instruments », a indiqué le chef du gouvernement devant les responsables politiques, les représentants de la société civile et les partenaires institutionnels.

Rupture avec le modèle de l’organe électoral unique

Au cœur de la réforme figure présenté par l’ancien gouverneur du district d’Abidjan, l’abandon du modèle reposant sur un organe unique, chargé de l’ensemble du processus électoral.

Selon Robert Beugré Mambé, l’analyse des expériences ivoiriennes et étrangères a conduit le gouvernement à privilégier une architecture articulée autour de trois structures distinctes.

La première serait chargée exclusivement de l’organisation matérielle des élections, notamment la gestion de la liste électorale, la préparation logistique des scrutins et leur déroulement pratique.

La deuxième aurait pour mission le recensement et la compilation des votes afin de garantir la sincérité des résultats proclamés.

La troisième assurerait la supervision générale et le contrôle de l’ensemble du processus électoral, avec pour objectif de renforcer la transparence et le respect des règles.

Pour le gouvernement, cette séparation des responsabilités permettra de répondre aux principales sources de contestation observées lors des précédents scrutins, notamment la gestion de la liste électorale, le comptage des voix et le contrôle de la régularité du processus.

Neutralité et transparence

Le Premier ministre a insisté sur trois principes devant guider la future réforme : l’efficacité dans l’organisation des élections, la neutralité dans le traitement des résultats et le renforcement des mécanismes de contrôle.

Le futur dispositif, a-t-il assuré, devra être composé d’acteurs neutres, fonctionner selon des standards professionnels et garantir une plus grande transparence dans chacune des étapes du processus électoral.

Le gouvernement ambitionne ainsi de consolider la confiance des citoyens, des candidats et des partis politiques dans les résultats issus des urnes.

Autre axe majeur de la réforme, le recours accru aux outils technologiques. Robert Beugré Mambé a expliqué que les nouvelles solutions numériques pourraient contribuer à améliorer l’inscription des électeurs, la vérification des données, la géolocalisation des bureaux de vote, la formation des agents électoraux ainsi que la transmission des informations.

Toutefois, a-t-il prévenu, cette modernisation devra être accompagnée de garanties sécuritaires, juridiques et humaines afin d’éviter toute contestation liée à l’utilisation de la technologie. Le gouvernement souhaite également adosser la réforme électorale à un vaste programme national d’éducation civique et électorale.

Le chef du gouvernement a plaidé pour une sensibilisation accrue des citoyens sur leurs droits, les procédures électorales et les voies légales de contestation. Une attention particulière devrait être accordée à la jeunesse, aux femmes, aux personnes vivant avec un handicap, aux primo-votants ainsi qu’aux Ivoiriens établis à l’étranger.

Restaurer la confiance

Justifiant la dissolution de la CEI, Robert Beugré Mambé a estimé que les différentes réformes opérées depuis 2001 n’avaient pas permis de restaurer durablement la confiance entre les acteurs du jeu politique.

Selon lui, les crises électorales ayant secoué le pays depuis les années 2000 démontrent la nécessité d’une refonte plus profonde du système de gouvernance électorale.

Le locataire de la Primature a ainsi annoncé que l’Exécutif présentera prochainement sa proposition détaillée de nouvelle architecture électorale, avec l’ambition affichée de faire des élections « des moments de choix et non des moments de peur ».

Pour le gouvernement, cette réforme doit contribuer à consolider la paix, renforcer la cohésion nationale et préserver les acquis démocratiques enregistrés ces dernières années en Côte d’Ivoire.

Marc Dossa

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