« Hamed Bakayoko, à l’origine du journal Le Patriote
«L’image du Premier ministre Hamed Bakayoko colle au Patriote. Je me rappelle comme si c’était hier. Tout est parti de façon anodine. Nous étions étudiants. C’était le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire. Les campus d’Abidjan étaient en ébullition. Le régime du Président Houphouët était attaqué de toutes parts par les leaders de l’opposition notamment les Bamba Moriféré, Francis Wodié… Les jeunes du Meeci se posaient beaucoup de questions. Certains estimaient qu’on ne pouvait pas le champ libre à tous ceux pourfendaient Houphouët-Boigny. Ils déploraient surtout le fait que le président soit abandonné. Des voix ont commencé à s’élever.
Et par un beau jour, Hamed Bakayoko a sonné la révolte depuis la cité Mermoz. Il a battu le rappel de la jeunesse du Pdci. Il y avait des journaux qui passaient le clair de leur temps à vilipender Houphouët comme le Nouvel horizon, Bol koch, le Jeune démocrate…Il fallait apporter la réplique. Hamed nous a réunis. Nous étions tous des étudiants volontaires. Nous avons un journal estudiantin. Quand nous avons produit les premiers articles, nous avons présenté notre produit à des professionnels de la presse comme Kébé Yacouba, ou Diabaté Aboubacar Sidick. Ils nous ont dit que nous avions notre place au milieu de la presse nationale. Que nous pouvions participer au débat national.
Nous avons donc cherché à mettre en place, avec Hamed Bakayoko, un vrai organe de presse, un hebdomadaire. Il s’agissait maintenant de trouver un nom. Nous sous sommes inspirés du contexte mondial marqué par la guerre du golfe. Les missiles Patriot américains lancés pendant la guerre du Golfe de 1991 comme des remparts infaillibles contre les Scud de Saddam Hussein, nous ont motivés à choisir le nom : Le Patriote. D’abord pour montrer que nous aimons notre pays et ensuite pour être des remparts contre les attaques ciblées de l’opposition contre le Président Houphouët. Nous étions tous encadrés par notre doyen qu’est Bamba Alex Souleymane (BAS). Je voudrais vraiment vraiment lui rendre hommage. C’est d’ailleurs lui qui signait les premiers éditoriaux intitulés: « A bout portant »
Le père fondateur du Patriote avec des jeunes étudiants est donc Hamed Bakayoko. Ma modeste personne a été choisie pour en être le rédacteur en chef. Et nous avons commencé à exercer jusqu’en 1993. Et la scission au niveau du Pdci est intervenue avec le débat de l’application de la Constitution ivoirienne. Notre ligne éditoriale était la défense des institutions de la République. Surtout soutenir le Premier ministre Alassane Ouattara désigné par le Président Houphouët pour sortir le pays de la crise.
De 1991 à 1993, nous paraissions en hebdomadaire. Et 1994 nous avons été suspendus, avec l’arrestation d’Hamed Bakayoko en tant que Directeur de publication du titre. En tant que chef d’orchestre, Hamed n’hésitait à aller au charbon pour soutenir le Premier ministre Alassane Ouattara qui avait pour mission très claire de sauver l’économie ivoirienne. Il fallait équilibrer la terreur que l’opposition tentait d’installer dans le pays. Nous avons connu deux ans de suspension.
Mais il faut souligner que nous avons caracolé en tête des ventes d’Edipresse avec les 100.000 exemplaires vendus. Edipresse nous demandait même souvent des rééditions. Nous avons également obtenu la reconnaissance du pouvoir en place. Puisque lors de la célébration du premier anniversaire du patriote à l’hôtel Ivoire, le secrétaire général du Pdci, Laurent Dona Fologo a reconnu que le Patriote a sauvé le pays des prédateurs.
Il faut souligner que la première personnalité qui nous ouvert les portes était le ministre Bamba Vamoussa de l’Enseignement professionnel et technique. Il nous a pris par la main pour nous présenter au Premier ministre Alassane Ouattara. C’est d’ailleurs lui qui a payé les frais d’impression des 12 premiers tirages du Patriote. Notre envol avec Edipresse pouvait commencer. Je voudrais vraiment rendre hommage à Hamed Bakayoko qui avait su nous galvaniser autour de ce projet éditorial sans salaire. Et c’est bien plus tard que nous avons pu toucher nos premiers salaires tout en étant étudiants. Nous dormions tous dans une maison qu’Hamed avait louée à la cité Fairmont à Attécoubé.
Le premier siège du journal se trouvait au siège du Meeci, vers la gare Sotra sur le campus. C’est après que nous nous sommes retrouvés au siège du Pdci à treichville vers la garde républicaine. Ensuite nous avons pris nos quartier dans un immeuble dans les environs du siège de la CIE/Sodeci toujours à Treichville.
Dans l’équipée, je peux citer pêle-mêle des initiateurs comme Hamed Bakayoko, N’Da Kouamé, Salif Samaké alias Sam Bader), Kassa, Dragoli (aujourd’hui chef cab à la Primature), Niamien Théodore et son jeune frère Innocent, Cissé alias cibson, aujourd’hui professeur de droit maritime à l’Université Alassane Ouattara à Bouaké, Brou André qui s’occupait des finances.
Sans oublier Guéï Patrice, Anatole Zohoré alias Tony, Awa Coulibaly, en charge de la publicité marketing et des relations publiques, Rachelle Krasso et Sidibé Kadi comme photographes… »
Propos recueillis par Bakayoko Youssouf