Un an après le président du PDCI a fui le pays : les vraies raisons du faux exil de Tidjan Thiam

Le président du PDCI tente désormais de calmer le jeu.

Les zones d’ombre entourant le départ de Tidjane Thiam de la Côte d’Ivoire depuis un an, sont désormais presque totalement dissipées.

Élu à la tête du Parti démocratique de Côte d’Ivoire en décembre 2023, Tidjane Thiam n’a jamais réellement réussi à imposer une autorité incontestée à la tête du parti fondé par son grand-père, Félix Houphouët-Boigny. Très tôt, son leadership et sa légitimité ont été remis en cause au sein de sa famille politique. D’abord portées par des cadres influents comme Jean-Louis Billon ou Thierry Tanoh, les contestations internes ont progressivement changé de visage, laissant place à une fronde plus diffuse, incarnée par des militants moins exposés mais tout aussi déterminés.

Parmi eux, Valérie Yapo s’est illustrée en engageant une procédure judiciaire qui a failli faire vaciller le successeur d’Henri Konan Bédié. En mai 2025, face au risque d’invalidation de son élection, Tidjane Thiam opte pour une stratégie de repli : il démissionne avant de se faire réélire.

Mais loin d’éteindre la contestation, cet épisode a renforcé les doutes sur la solidité de son assise interne et surtout sur l’impréparation de l’ancien ministre face aux défis qui attendent le PDCI depuis sa perte du pouvoir en décembre 1999.

C’est dans ce climat de tensions et de divisions persistantes que le PDCI a lancé la célébration, en début d’avril finissant, de son 80ᵉ anniversaire, en l’absence notable de son président. Depuis mars 2025, Tidjane Thiam vit en exil, après avoir quitté la Côte d’Ivoire sur la pointe des pieds. Officiellement, il évoque des menaces répétées contre sa sécurité. « Je reçois des menaces quasi-quotidiennes (…) certaines sont explicites sur ma sécurité physique », confiait-il à France 24 en mars 2025.

Mais au-delà des arguments sécuritaires, une autre crainte semble avoir pesé dans sa décision : celle de possibles poursuites judiciaires. Dans un contexte politique tendu à l’approche des échéances électorales de 2025, des soupçons de manœuvres visant à perturber le processus électoral sont signalés. Selon des informations obtenues par nordsud.info, des notes des services de renseignement auraient même mis en cause l’opposition, y compris le camp de Tidjane Thiam dans des velléités de déstabilisation.

Ces éléments auraient conduit le président de la République, Alassane Ouattara, à adresser une mise en garde ferme au leader du PDCI. Un émissaire lui aurait présenté ce qui apparaît comme des pièces à conviction sur les manœuvres alléguées. Coïncidence ou conséquence de cette sévère mise en garde ? Quelques jours plus tard, Tidjane Thiam quitte le pays. « Il y a eu un entretien avec mon frère Augustin qui se trouve être membre du RHDP. Quelqu’un d’autorisé en Côte d’Ivoire lui a dit ceci : ‘’si ton frère met les pieds en Côte d’Ivoire, il sera arrêté ? Je l’arrête immédiatement (…) On parle du CNT en 2020 ; CNT auquel je me suis opposé, par écrit et qui existe et peut être consulté. Il paraît qu’il faudrait m’interroger sur le rôle que j’aurais joué depuis Paris, en n’étant pas rentré en Côte d’Ivoire depuis 20 ans », argue-t-il plus tard, dans un autre entretien à Afo média en juillet 2025.

« Il nous a dit avoir eu des informations sur sa sécurité, menacée. Nous nous en tenons à cela », souligne un cadre du PDCI, réfutant toute participation de son leader à un projet subversif.

L’argument de l’acharnement politique brandi depuis lors , confronté à la réalité, s’effrite donc peu à peu.

Depuis son exil, Tidjane Thiam, lui, continue de rejeter toute implication, rappelant notamment sa prise de distance avec l’éphémère Conseil national de transition (CNT) mis en place par l’opposition en 2020.

Un an après son éloignement de ses partisans et alors que la contestation de son leadership ne faiblit pas, le discours de Tidjane Thiam s’est sensiblement adouci vis-à-vis du régime d’Alassane Ouattara. Lors du lancement des festivités du PDCI, le 9 avril à Cocody, il a salué chaleureusement, depuis Paris, le chef de l’État pour avoir dépêché des représentants, pour prendre part au 80e anniversaire du PDCI. Le successeur d’Henri Konan Bédié y a vu un signe d’apaisement du climat politique. « C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons accueilli la décision du Président de la République de se faire représenter à cette importante cérémonie dans l’histoire de notre pays. C’est un geste qui honore notre parti et nous lui en sommes reconnaissants. C’est un geste qui ne peut que contribuer à améliorer le climat politique dans notre pays. Je prie ses représentants de lui transmettre l’expression de notre profonde reconnaissance, de celle de notre parti et de celle de nos militants. Je vous demande à tous de lui rendre ce matin, un hommage appuyé et mérité », s’est montré enthousiaste l’ancien dirigeant du Crédit suisse.

A cette occasion, Chrysostome Blessy, président du groupe parlementaire du PDCI, a appelé les autorités à « mettre en place les conditions idoines et sécurisées du retour de notre président Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire ». En face, Cissé Bacongo, chef de la délégation du RHDP, avait promis de relayer cette requête auprès du chef de l’État.

Ministre du Plan et du développement sous Henri Konan Bédié, Tidjane Thiam avait quitté la Côte d’Ivoire, à la suite du Coup d’Etat de décembre qui avait renversé le régime du PDCI. Il n’y a remis les pieds qu’en 2022, soit après 22 d’absence.

Si au départ ses relations étaient cordiales avec le RHDP et le Président Alassane Ouattara, l’ancien DG du BNETD, sans doute pour gagner le cœur des militants de son parti, dans la perspective de la présidentielle d’octobre, a commencé à s’en prendre frontalement au chef de l’Etat. Des critiques virulentes qui ont atteint leur paroxysme quand Thiam a accusé le chef de l’Etat de ne pas respecter sa parole. « Je ne suis pas le menteur, c’est le président Ouattara qui ne tient pas parole », avait-il chargé en juillet 2025 au cours d’une interview, dans un accès de colère.

Marc Dossa

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