Artisanat: La Côte d’Ivoire cherche ses marques

En toile de fond de la tenue du Marché ivoirien de l’Artisanat (Miva) du 2 au 11 décembre 2021, sur les bords de la lagune Ebrié, se dissimule, un secteur artisanal ivoirien à la croisée des chemins. Tutoyant les sommets des activités les plus pourvoyeuses d’emplois avec un taux d’embauche de 40% de la population active soit 5 millions d’individus, corrélée à un apport à hauteur de 15 % au PIB (9 milliards FCFA), l’artisanat ivoirien n’en demeure pas moins goinfré dans le carcan des activités informelles. Pis, l’administration autour du fait-main, made in Côte d’Ivoire semble en rade, comparativement aux autres pays de la sous-région, en l’occurrence, le Burkina Faso, le Sénégal. Sur le segment de la formalisation du secteur, de la volonté politique visant à pallier les difficultés et à donner le la de la consommation des produits locaux, la Côte d’Ivoire semble à la queue du peloton. Des difficultés qui sont remontées à la surface, ce 9 décembre, jour 6 du Miva, à la salle Niangoran Porquet du Palais de la culture lors d’un panel articulé autour d’un partage d’expériences entre le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire. Les échanges ont permis de se faire une idée des réalités à géométrie variable entre les quatre pays et du retard accusé par le pays hôte.

Le Burkina Faso en pointe

Au Burkina Faso, la contribution de l’artisanat au PIB, se chiffre à 30% (soit 5 milliards). Une manne financière en deca capitaux induits par le secteur en Côte d’Ivoire.  Cependant, au niveau des acquis de la sphère artisanale, Ouagadougou est en pôle position. A sa prise de parole au cours du panel, le Directeur général de la chambre des métiers du Burkina Faso (créé en 2007), Seydou Kélir Tou, a en effet indiqué que le secteur renferme environ 2 millions d’acteurs au pays des hommes intègres. Outre ces données qui mettent la formalisation du secteur sous de bons auspices, un accord cadre pour l’accès à la commande publique a été signé en septembre 2021 à Ouagadougou entre le gouvernement et la Chambre des métiers de l’artisanat du Burkina Faso. Une convention qui stipule que les biens et services de l’état qui relèvent de la compétence des artisans leurs seront soumis via des appel d’offre par le truchement de la CMA-BF. Joint par téléphone par la rédaction de nordsud.info, Seydou Kélir Tou a souligné que chaque pays a ses réalités. Outre les fortunes diverses des différents pays relativement au secteur artisanal, chaque pays a du pain sur la planche. «Il faut mettre l’accent sur les dispositions contenues dans le Code de l’artisanat de l’Uemoa. C’est un dispositif qui a vraiment balisé le terrain et qui permet à chaque pays de l’espace de s’accommoder et d’harmoniser pour partager les expériences et avoir une position commune», relativise-t-il.

Le Sénégal fait la part belle à l’artisanat

Sondé par le modérateur, Dr Moussa Elias Farakhan Diomandé, Président, Porte-parole de la Plate-forme unique des PME ivoiriennes, le panéliste issu du Sénégal, a souligné que 15% de la commande publique du pays de la terranga est dévolue aux artisans locaux. En sus, la structuration efficiente du secteur de l’artisanat a mis la puce à l’oreille du chef de l’Etat sénégalais sur la nécessité des financements adapté à ce corps professionnel pour son développement. Dans cette dynamique, la présidence sénégalais a mis en route un programme qui permet l’octroi de financement aux artisans détenteurs de projets. Un système adossé à la présidence afin d’éviter les intermédiaires, vérifier la viabilité du business plan et fluidifier le reversement des capitaux.

La Côte d’Ivoire dans l’expectative

En Côte d’Ivoire, la Chambre nationale des métiers de Côte d’Ivoire (Cnmci), créée en 1993 est dédiée à la promotion et au développement de l’artisanat. 14 508, tel est le nombre d’artisans dénombrés par l’institution. Outre cette sous-immatriculation comparativement aux chiffres du ministère, la CNMCI est en proie à un manque criard de ressources afin de mener à bien ses missions.C’est du moins le substrat des propos du panéliste ivoirien. Exceptées des initiatives de formations sporadiques des artisans et des exhortations à l’enrôlement adressées aux artisans, le Cnmci, mis en balance avec les chambres des deux pays susmentionnés, est au ras de pâquerette.

La commissaire du Miva optimiste

Interrogé sur ce gap abyssal, la commissaire générale du Miva 2021, Affou Touré-Samb, joue la carte de l’optimisme. La pièce maîtresse de l’organisation de ce rendez-vous entrevoit une lueur d’espoir au bout du tunnel, consécutivement aux efforts et à la vision du président de la République implémentée par le ministre de la Promotion des PME, de l’Artisanat et de la Transformation du secteur informel, Félix Anoblé, sous la férule du chef du gouvernement. «Il y a un programme de formalisation qui est presque quotidien au niveau de la chambre des métiers et du ministère, qui fait des recensements pour connaître le nombre d’artisans qu’on a, les corps de métiers. Donc il y a ce processus de collection de datas qui est en train d’être mis en œuvre. On veut également travailler sur tout ce qui est formalisation des artisans, à travers le statut de l’entreprenant que le ministre a expliqué lors de la plénière d’hier. Le troisième volet est celui de la formation, formalisation et restructuration des artisans à travers les faîtières. Donc il y a tout cet accompagnement qui est en train d’être mis en place», révèle-t-elle relativement aux objectifs du ministère.

Un optimisme partagé par Diallo Mohamed Lamine. Lauréat et exposant, logé dans le gotha du nec plus ultra de l’artisanat. «Je n’ai pas pu avoir la parole pour expliquer nos difficultés lors du panel, mais les artisans qui ont pris la parole avant moi ont bien expliqué la situation. Il y a de l’espoir avec le nouveau ministre. Le Miva est tombé à pic parce que nous avons beaucoup souffert pendant le Coronavirus. Les pièces qui n’ont pu être achetées depuis, on réussit à les écouler petit à petit. Le Miva tient donc ses promesses. Il y a beaucoup de problèmes, surtout pour nous les artisans, parce que ce sont souvent les marchands qui sont invités aux grandes expositions à notre détriment. Mais le ministre Felix Anoblé est avec nous depuis le début. Il est pragmatique, toujours avec nous sur le terrain, on sent qu’il a une vision pour nous faire avancer, on a bon espoir», nous a indiqué l’artisan qui est par ailleurs vice-président de l’artisanat d’art à Man et Prix d’excellence, meilleur artisan de Côte d’Ivoire, édition 1997 et 1999.

Charles Assagba

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