Miva 2021: Les meilleurs artisans exposent leur savoir-faire

C’est Noël avant l’heure pour l’artisanat africain : du 2 au 11 décembre, le Marché ivoirien de l’artisanat (Miva 2021) bat son plein à Abidjan. Muée en capitale du savoir-faire, fait-main made in Africa, c’est le Palais de la culture de Treichville niché en plein cœur de la perle des lagunes, qui vibre au rythme de ce rendez-vous du gratin de l’artisanat.

C’est le jour 6 du Miva, ce 8 décembre. Comme à l’accoutumée, depuis le début de ce rendez-vous, plus de 300 petites et moyennes entreprises (PME) du monde artisanal répondent présent sur leurs stands respectifs avec en attraction, des produits issus de l’alimentaire au textile en passant par la décoration, etc. A quelques mètres de l’entrée du Palais de la culture, nous retrouvons Danielle Dupuis, cofondatrice de NFM. «Nous proposons des sacs à mains pour femmes avec des tissus locaux. C’est solide, très durable, original avec des petits motifs en plus et commode pour toutes les occasions. On a aussi de jolies poupées typiquement africaines avec des cheveux crépus, des tenues en pagne et une couchette aussi. Il y a également des colliers et des bracelets en cauris faits à la main», vante-t-elle avant d’être interrompue par une cliente visiblement happée par les poupées. Renseignement pris sur le produit dont le prix est 25 000 francs, elle promet de repasser ultérieurement. En fin d’entretien, notre interlocutrice se dit satisfaite de son chiffre d’affaires depuis l’ouverture du Miva. «Ça se passe très bien. Depuis le premier jour, on a vendu beaucoup de poupées et de sacs. On a même eu des ruptures de stocks», nous confie-t-elle tout en entretenant le flou sur les revenus engrangés. A l’instar de Mlle Dupuis, des centaines d’artisans ont déboursé approximativement 300.000 francs pour avoir un stand en ces lieux. En effet, des milliers de visiteurs et une vingtaine d’acheteurs professionnels arpentent les sentiers du palais de la culture à la quête d’éventuels produits à acheter. Une belle occasion pour les artisans pour se faire connaître.

Les meilleurs artisans en vedette

Les vedettes, à peu près une cinquantaine, sélectionnées parmi la crème de la crème de la production artisanale de leurs pays respectifs, prennent leurs quartiers à la salle Christian Lattier. Awatif Barioud, originaire du Tchad, fondatrice et gérante de l’entreprise, Beit Mama est logé à cette enseigne. Notre halte à son stand l’oblige à refermer son ordinateur sur lequel elle tenait la comptabilité du jour. Sourire aux lèvres, elle se départit quelque peu de son hidjab pour présenter ses productions. «Notre spécialité, c’est le développement de chaîne de valeur en agriculture et en élevage. On a donc le secteur de la maroquinerie (le secteur peau), nous faisons des sacs à mains, des portefeuilles, des ceintures et accessoires pour le bureau. En agriculture, j’ai créé ma ligne de cosmétique à base de plantes de la manière traditionnelle que j’ai modernisé pour promouvoir les produits du terroir», confie-t-elle. Manifestement aux anges, pour cette seconde participation au Miva, Awatif Barioud ne boude pas son plaisir. «C’est une plateforme d’échange culturel, économique et ça nous permet de découvrir le savoir-faire des autres, de faire valoir nos compétences et concomitamment de nouer des partenaires. Ça se passe très bien. J’appelle tous nos frères et sœurs à consommer local», conclut-elle.

Valse des techniques d’approche

Outre les attentistes, qui tablent sur l’exhibition et l’attractivité de leurs articles en vue d’appâter les passants, certains artisans ont le marketing dans les veines. Rompu aux arcanes de la médecine traditionnelle, Gefeh Elig Edzoa Georges, originaire du Cameroun, ne fait pas dans la dentelle et ne tarit pas d’ingéniosité pour affriander l’attention de la clientèle. De fait, il interpelle les visiteurs qui sillonnent les stands et leur passe gratuitement un produit dans les mains. L’un d’entre eux quitte l’étal aux mille et une allures de pharmacie en miniature quand le tenancier nous y accueille. «Notre structure s’appelle Fondation Gefeh. On fait dans la transformation de plantes médicinales en produits de santé. On a des brevets sur certains produits qui passent au ministère de la Recherche scientifique après des tests de toxicité, etc. Nous sommes deux lauréats venus du Cameroun. Et ça se passe très bien. Mes produits contiennent des extraits de principes actifs de produits locaux. Nous avons un remède contre la Covid-19. Il est passé au ministère, au Cameroun. Les malades de la Covid qui se font traiter avec sont déclarés négatifs deux semaines plus tard», explique-t-il, la tête coiffée d’un chapeau original, tout en énumérant les autres produits qu’il commercialise. Parallèlement à son marketing, il est droit dans ses bottes, la stratégie d’approche est payante. «On est un peu trop fermés. Il y a des gens qui tournent dehors et sortent tout en ignorant que nous sommes ici. Mais ceux qui entrent son vraiment intéressés. D’abord, je leur donne des remèdes gratuitement pour un essai.  Ils reviennent généralement le lendemain pour acheter des produits»,notifie-t-il avec l’inamovible accent camerounais. En prélude au clap de fin de l’évènement, prévu pour le 11 décembre, chaque journée est dévolue à un corps de métier qui occupe le rang d’invité spécial. Au programme journalier se chevauchent également des panels articulés autour de l’artisanat, des sessions d’ateliers de formations, de démonstrations, etc. L’artisanat se met donc sur son 31 pour cette 4è édition du Miva, tenue biannuellement, avec en ligne de mire : faire d’Abidjan la plaque tournante de l’artisanat africain.

La commissaire générale de la Miva fait un point d’étape

Au four et au moulin pour la réussite de l’évènement, la commissaire générale du Miva, Affou Touré-Samb, nous fait un point d’étape de l’évènement. Overbookée, la tête dans le guidon du fait de son emploi du temps, le tête-à-tête se tient debout dans le hall de la salle Niangoran Porquet.  L’organisatrice en chef de l’évènement soutient avoir coché la quasi-totalité des objectifs que le Miva a dans son collimateur «Déjà nous avons franchi plusieurs étapes, pour ce bilan à mi-parcours. Nous avons relevé le défi de la mobilisation des artisans. Parce que nous avons plus de 600 artisans, avec autour de 300 stands vendus à hauteur de deux artisans au minimum par stand. Une forte mobilisation pour la cérémonie d’ouverture avec de nombreux officiels. Chaque journée dédiée a également été un succès. On a commencé avec la journée dédiée aux chefs traditionnels et aux religieux, suivie de celles des élèves, sénateurs et parlementaires. Aujourd’hui par exemple (8 décembre), c’est la journée des corps habillés et du corps préfectoral. Hier, on a également fait salle comble pour la conférence plénière devant plus de 300 personnes pour expliquer le thème de l’artisanat face aux défis de la restructuration. Nous avons eu plus de dix panels à ce jour. Donc nous pouvons dire que nous avons atteint certains objectifs relatifs au Miva 2021», nous explique-t-elle.Après quoi elle indique le mode opératoire qui a préfiguré le choix des meilleurs artisans. «Pour tous les pays du Comité de coordination pour le développement et la promotion de l’artisanat africain, (Codepa), nous leur avons écrit pour qu’ils sélectionnent et nous envoient leurs meilleurs artisans, à hauteur de deux lauréats par pays. Et nous, ici en Côte d’Ivoire, on a choisi une dizaine de lauréats qui ont été primés dans le passé pour l’excellence de leur travail et les produits de qualité avec de très belles finitions. Donc la salle Christian Lattier est réservée aux meilleurs», indique-t-elle.  

Charles Assagba   

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