Le procureur de la République près le Pôle pénal économique et financier (PPEF), Jean Claude Aboya a animé une conférence de presse ce mercredi 10 juin 2026 dans les locaux de l’institution judiciaire à Abidjan, autour du thème : « Le blanchiment autonome de capitaux ». Face aux journalistes, le magistrat a expliqué les contours de cette infraction financière, les mécanismes utilisés par les auteurs ainsi que les moyens mis en œuvre par la justice ivoirienne pour lutter contre ce phénomène qui menace l’économie nationale.
Au cours de son intervention, le procureur a insisté sur le fait que le blanchiment de capitaux ne concerne pas uniquement les auteurs des infractions principales, mais également toute personne qui détient, utilise ou acquiert des biens dont elle sait, ou aurait dû raisonnablement savoir, qu’ils proviennent d’activités illicites. « Le fait d’utiliser ou de détenir un bien dont vous savez qu’il provient d’un délit, peut vous exposer à des poursuites pour blanchiment de capitaux », a-t-il averti.
Pour illustrer ses propos, Jean Claude Aboya a évoqué le cas d’un jeune de 21 ans, remettant une somme de 100 millions de francs CFA à une tierce personne sans qu’aucune activité économique connue ne puisse justifier l’origine de ces fonds. « Si un jeune de 21 ans, dont on ne connaît aucune activité génératrice de revenus, vous remet 100 millions de francs CFA et que vous acceptez cet argent sans vous interroger sur sa provenance, vous pouvez être poursuivi pour blanchiment autonome de capitaux », a-t-il expliqué. Selon lui, les fonds issus de la cybercriminalité, de la fraude ou d’autres activités criminelles, sont souvent déversés dans les circuits économiques légaux afin de masquer leur origine réelle.
L’immobilier, secteur le plus exposé
Le procureur a révélé que le secteur immobilier demeure, aujourd’hui, le plus touché par les opérations de blanchiment de capitaux en Côte d’Ivoire, même si le phénomène s’étend à pratiquement tous les secteurs d’activités. « Le secteur le plus impacté est l’immobilier, mais l’on blanchit aujourd’hui dans presque tous les secteurs d’activités », a-t-il souligné. Il a également rappelé que la Côte d’Ivoire fait l’objet d’une attention particulière de la communauté internationale sur les questions de lutte contre le blanchiment et le financement des activités criminelles.
Abordant la question de l’enrichissement spectaculaire de certaines personnes, dont un pasteur, notamment à travers l’acquisition de véhicules de luxe ou de patrimoines importants, le procureur a insisté sur l’obligation pour tout détenteur de biens, de pouvoir justifier leur provenance. « Depuis 2024, certaines dénonciations ont été faites sur l’origine de certains patrimoines. Lorsque vous êtes interpellé sur la provenance de vos biens, vous devez être en mesure de produire les éléments justificatifs nécessaires », a-t-il éclairé. Le magistrat a indiqué que les services du Pôle pénal économique et financier ont procédé à plusieurs saisies dans le cadre des enquêtes menées contre les réseaux de blanchiment, sans toutefois dévoiler les montants concernés. Concernant les fonds saisis, il a précisé qu’ils sont confiés à l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs criminels (AGRAC) en vue de leur conservation ou de leur éventuelle vente aux enchères conformément à la loi.
Évoquant l’affaire impliquant l’influenceur Apoutchou national, M Aboya a expliqué que cette procédure est le résultat d’un travail de surveillance et d’investigations approfondies menées par les services spécialisés. Enfin, toutes les personnes reconnues coupables de blanchiment de capitaux encourent des peines allant de trois à cinq ans d’emprisonnement, assorties d’amendes et de mesures de confiscation des biens acquis illicitement.
À travers cette sortie médiatique, le Pôle pénal économique et financier entend renforcer la sensibilisation des populations et rappeler que la lutte contre le blanchiment de capitaux constitue désormais une priorité dans la préservation de l’intégrité du système économique ivoirien.
BN