Conseiller couple, Inspecteur d’éducation physique et sportive, préparateur physique de l’équipe nationale d’escrime, Coach de fitness, Didier Laetitia, alias Didifdidier, nous parle ici du bien-être des couples.
D’après ce que vous constatez, les Ivoiriens font-ils assez d’activités physiques ?
Depuis le phénomène de la covid-19, les Ivoiriens ont commencé à s’abonner aux activités physiques. On les voit de plus en plus dans les salles de sport. Mais il y a beaucoup à faire encore.
Quelle classe d’âge s’intéresse à ces activités physiques ?
On voit majoritairement les femmes et les personnes âgées. C’est plus par souci de santé que les gens s’adonnent au sport. Les femmes, après la maternité, veulent aussi reprendre leur poids initial. Mais les choses évoluent. L’industrie du sport commence à décoller et on voit de plus en plus de personnes faire pratiquer une activité physique.
Vous donnez des conseils aux couples, en tant que Coach couple. Etes-vous assez sollicitée ?
Ce ne sont pas des choses programmées. Quand on me contacte, j’y vais. La plupart du temps, je suis des gens en ligne. Mais surtout, les femmes, pour un problème de perte de poids. La prise de poids n’est pas toujours due à un problème alimentaire. Mais il y a parfois un antécédent et la nourriture dévient alors leur exutoire. Lorsque ce problème de base n’est pas réglé, la personne peut perdre du poids, mais elle en reprendra. J’ai aussi vu qu’il y avait un problème d’ordre sexuel souvent chez les femmes ; un problème de mal être ; de non acceptation de soi-même.
C’est un constat que vous avez fait seulement chez les femmes ?
Oui, parce qu’elles sont plus sujettes à parler. Ce qui n’est pas le cas pour les hommes. Ils parlent mais ils sont très peu à le faire.
Qu’est-ce que les hommes pensent de cela ?
Je demande toujours aux femmes d’informer leurs époux avant de commencer les séances. Le plus souvent, le mari n’est pas content au départ parce qu’il pense que son intimité est dévoilée. Mais après, il comprend. Nous rencontrons beaucoup de problèmes. Le manque de libido, par exemple, chez la femme ; le problème de frigidité, d’érection chez les hommes, etc.
Ce sont les femmes qui viennent vous parler des problèmes d’érection de leurs hommes ?
Pas forcément. Certains hommes aussi le font, lorsque je les rencontre. Ils sont très peu, c’est vrai. Et lorsque je fais le diagnostic, je me rends compte qu’il y a un problème en-dessous qui explique ces désagréments. Le plus souvent, c’est le diabète. Quand on a un diabète, si on ne suit pas son traitement médicamenteux, son régime alimentaire et si on ne fait pas d’activité physique, on aura des soucis de ce genre.
Ces problèmes de sexualité sont-ils fréquents ?
C’est une réalité chez les Ivoiriens. Chaque fois que je parle aux femmes, l’insatisfaction sexuelle et la frustration sexuelle reviennent en général. On entre dans un couple avec son expérience sexuelle. Souvent, sans connaître l’autre, on projette notre ancienne vie sexuelle dans son couple actuel. On a des attentes sexuelles vis-à-vis de l’autre. Malheureusement, ces attentes ne sont pas satisfaites. Et cela entraîne des problèmes.
Qui s’en plaint le plus souvent, l’homme ou la femme ?
Les femmes.
Pourtant, ce besoin sexuel ne semble pas apparaître chez les Ivoiriennes…
Elles ont ces besoins, mais ne le disent pas. Une femme ne peut pas dire à son mari, voilà de quoi j’ai besoin sexuellement. Parce qu’elle a peur qu’il la traite de tout. Nous avons déjà eu affaire à ce genre de cas. La femme entre dans un couple avec des prérequis sexuels, si ce n’est pas son premier homme. Mais elle doit se contenter de ce que son mari lui donne. Or, elle a le droit de réclamer. Mais par pudeur, elle ne dit rien. Ce sont des problèmes fréquents qui minent les couples. D’où la nécessité d’avoir des conseils en couple. Mais lorsque j’atteins mes limites, je n’ai pas honte de les diriger vers d’autres spécialistes en la matière. Mais de manière générale, il faut consulter quand ça ne va pas.
Y a-t-il une solution à ces problèmes ?
Oui, tout part d’un désir de changement de comportement. Souvent le partenaire ne sait pas qu’il y a un problème. Lorsqu’il l’apprend, il a envie de changer de comportement.
Les hommes acceptent-ils cette situation ?
Oui, parce qu’ils ne savent pas souvent qu’ils ne sont pas à la hauteur. J’étais à une conférence où il y a eu le témoignage d’une conseillère. Elle a expliqué que le mari de l’une de ses clientes ne savait pas que sa femme n’atteignait jamais le septième ciel. C’est après plusieurs années, qu’il l’a appris. Pour lui, une femme qui fait du bruit a atteint nécessairement l’orgasme. Or, c’est faux. Nous n’avons pas la même sexualité avec les hommes.
Comment un homme peut-il savoir que sa femme n’a pas atteint le 7ème ciel si elle ne le lui dit pas ?
C’est pour cela qu’il faut créer un cadre de communication entre l’homme et la femme. Il est important avant le mariage, de pouvoir trouver des champs de discussion. De parler des attentes sexuelles, sans forcement basculer dans l’obscénité. Il faut en parler sans tabou. Le constat c’est que les hommes ont un peu peur d’avoir une femme très expérimentée sexuellement.
Pourquoi ?
Les hommes voient dans leurs femmes, seulement leur épouse et leur mère. Or, cela ne suffit pas. Ils ont peur de l’autre aspect ; de ce qu’elle pourrait-être. Quand ils voient quelque chose de nouveau chez elle, ils demandent, ‘‘où as-tu appris cela ?’’ Les femmes sont gênées de dire à leurs maris qu’elles ne sont pas satisfaites. Parce que cela les blesse. Alors, elles se taisent.
N’est-ce pas lié à notre culture ?
Effectivement, la culture y joue un rôle important dans ces comportements. Après 50 ans, une femme qui réclame la sexualité, est rejetée. On permet à l’homme de prendre une autre épouse. Mais les mentalités commencent à changer, avec la nouvelle génération.
Quel rôle les activités physiques peuvent jouer dans la consolidation du couple ?
Je conseille souvent l’activité physique pour régler bon nombre de problèmes sexuels. Cela amène la confiance en soi, ce qui est primordiale dans le couple. Je conseille le sport comme prévention primaire au problème de santé. Cela englobe la libido. Je dis aux Ivoiriens qu’il faut être vrai dans notre relation. Les femmes doivent se lever et se battre pour être émancipées sexuellement. On ne peut pas avoir un bien-être physique sans un bien-être sexuel.
Entretien réalisé par Georges Dagou