Interpellés dans le cadre des violences liées au phénomène des congés anticipés, 70 élèves issus de plusieurs établissements ont été conduits au Centre de service civique de Bimbresso (Songon), le 18 décembre 2021, pour être libérés le 2 janvier 2022. Après deux semaines passées à apprendre le civisme, le respect de l’autorité, le respect de leur environnement, ces élèves ont rejoint leurs classes respectives. Mais, la méthode est-elle la bonne ? Ce mercredi 5 janvier, au terme du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Mamadou Touré, a estimé que les autorités ne voulaient pas «porter entorse aux droits de ces enfants d’aller à l’école». Toutefois, n’aurait-il pas mieux valu engager des procédures disciplinaires à l’encontre des perturbateurs ?
Conseil de discipline
Une partie de la communauté éducative, les enseignants en tête, juge la méthode assez indulgente pour endiguer un problème aussi grave que le phénomène des congé anticipés.
«Ces élèves arrêtés auraient dû être traduits en conseil de discipline, voire radiés de tous les établissements scolaires du pays. Parce que ces violences que nous avons observées en fin d’année ne sont pas les premières du genre, et il y a eu mort d’homme», explique par exemple Ekoun Kouassi, secrétaire général du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (Synesci). Pour lui, comme pour de nombreux enseignants, ces élèves qui étaient de retour en classe le 3 janvier, sont revenus auprès de leurs camarades non pas en tant que repentis, mais comme des héros qui sortent enhardis d’une épreuve. Les risques qu’ils récidivent est énorme.
Les éducateurs
Même son de cloche du côté des éducateurs. Guissé Yao Georges, secrétaire général de l’Alliance syndicale du personnel d’éducation de Côte d’Ivoire (Asypeci) qui regroupe les éducateurs et inspecteurs d’éducation, estime que les sanctions envers ces perturbateurs doivent être plus sévères pour contrer les violences à l’école. Et il croit savoir là où ça coince. «C’est nous qui engageons la procédure disciplinaire lorsque l’élève commet une faute grave. Et nous estimons que cette procédure doit être plus efficace. La première chose que nous avons déplorée, c’est le fait que la note de conduite ne soit pas prise en compte dans le calcul de la moyenne générale de l’élève. Elle ne le suit même pas dans son parcours scolaire, comme cela se faisait avant», déplore Guissé.
La note de conduite
La deuxième chose, dit-il, c’est la très longue procédure à entamer pour l’administration, lorsqu’il faut radier un élève. «Il vous faudra environ un an, pour que le ministère de l’Education nationale donne son avis sur la question. Et vous n’êtes pas sûr d’avoir gain de cause», fait-il savoir.
Les parents d’élèves, eux, saluent la méthode actuelle du gouvernement pour punir les fauteurs de troubles à l’école. D’après Kadio Claude, président de l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire (Opeeci), il faut donner la chance à l’élève de corriger ses erreurs. «Nous espérons que cela va agir sur leur conscience», soupire le président de l’Opeeci.
Il est rejoint par les associations d’élèves. «Radier un élève, c’est créer un problème supplémentaire pour la société de demain. Je crois qu’il faut continuer à les encadrer lorsqu’ils commettent des fautes, et amener tous les acteurs à s’impliquer», propose Ouattara Klébien Jacob, porte-parole du Comité des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (Ceeci).
Avec la ‘‘méthode Bimbresso’’, le phénomène des congés anticipés se sera-t-il étiolé d’ici décembre 2022 ? L’avenir nous le dira.
Raphaël Tanoh