Côte d’Ivoire: VTC, passer à la vitesse supérieure?

Une taxe sera imposée sur les VTC.

Les taxis compteurs d’Abidjan craignaient une présumée concurrence déloyale des Véhicules de transport avec chauffeurs (VTC). Pour l’exprimer, ils avaient observé une grève du 2 au 5 novembre 2021. En arbitre, le ministère des Transports a adopté un décret daté du 15 décembre 2021 portant réglementation des transports publics particuliers de personnes. Si le texte a soulagé les taximans, chez les entrepreneurs du secteur des VTC, la pilule ne passe pas. Principalement, deux points d’achoppements sont évoqués. Primo, l’obligation d’utiliser des véhicules dont les moteurs sont dotés d’une puissance nette supérieure ou égale à 84 kilowatts ou 114 chevaux. Deuxio, l’exigence du paiement de la somme de 20.000 000 FCFA pour l’acquisition de l’agrément d’exercer dans le secteur des VTC.

114 chevaux

Les 114 chevaux restent une norme qui pourrait enterrer plusieurs VTC. En l’état actuel, les VTC qui respectent cette mesure de 84 kilowatts se comptent sur les doigts d’une main. Du moins, selon N’Da Bernard, président de la Mutuelle des entrepreneurs de véhicules de transport avec chauffeurs de Côte d’Ivoire (ME-VTC-CI).

«La plupart de nos véhicules ont moins de 100 chevaux, donc l’exigence de 114 chevaux ça ne passe pas. Les véhicules utilisés sur les différentes plateformes sont des investissements issus de l’épargne des Ivoiriens ou acquis à crédit. Donc, avec un tel décret, nous aurons des soucis. On a posé le problème et je pense que les discussions sont en cours. Je ne pense pas que le rôle de l’Etat soit d’anéantir les populations», déplore M. N’Da.

20 millions pour avoir sa plateforme

Débourser 20 millions FCfa pour avoir sa plateforme VTC, c’est l’autre point du décret. Relativement à cette exigence, le porte-voix des propriétaires des VTC plaide pour que l’Etat fasse preuve de magnanimité envers les startups du secteur du transport. «Quand on connaît la précarité dans laquelle vivent les entreprises ivoiriennes, c’est difficile. Pour quelqu’un qui s’est débrouillé pour concevoir une plateforme à près de 10 millions francs, lui demander de payer 20 millions de francs pour exercer ne serait pas une façon d’encourager l’entrepreneuriat local. (…) On demande au chauffeur d’avoir un Certificat d’aptitudes à la conduite routière (Cacr). Mais quand on connaît la précarité de nos chauffeurs, on souhaiterait qu’un mécanisme soit mis en place pour financer ce document», indique-t-il.

40.000 emplois menacés

Le décret gouvernemental menace également les 40.000 emplois créés par les plateformes de VTC. Dans un communiqué en date du 15 mars dernier, l’Autorité de régulation du transport intérieur (Arti) avait tapé du poing sur la table. Elle avait dans la foulée invité les VTC à se conformer aux dispositions du décret, au risque de subir la rigueur de la loi. «Jusqu’à présent, la loi d’application n’est pas encore sortie. Donc actuellement, nous sommes disponibles et ouverts pour accompagner le gouvernement», tempère N’Da Bernard.

La lueur d’espoir pour les VTC. Sensible aux cris du cœur des entrepreneurs du secteur des VTC dont l’activité est menacée d’extinction en cas d’application du décret gouvernemental, le ministre des Transports, Amadou Koné, a décidé de jouer la carte du dialogue. A cet effet, «dès la semaine prochaine», le ministre invite les acteurs et opérateurs du secteur à une série d’ateliers qui pencheront sur l’application du décret. Des rencontres qui visent à faire en sorte «que personne ne soit lésée», précise une note signée du ministère, ce mercredi 23 mars 2022. En effet, dans la vision du patron des transports ivoirien, il s’agit de couper la poire en deux afin de contenter et les VTC et les taxis-compteurs. «Les VTC ne disparaîtront pas, car ils constituent non seulement une source d’emplois, mais également un pas de plus vers la modernisation du transport routier des personnes. (…) Cependant, leur présence ne devra pas non plus faire disparaître les taxis-compteurs qui constituent une particularité pour la ville d’Abidjan», clarifie le document. Alarmés depuis la publication du décret, les investisseurs du secteur des VTC peuvent enfin pousser un ouf de soulagement.

Charles Assagba

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