Dans cet entretien, Eklou Ferdinand, le chef de service prévision de la Société d’exploitation et de développement aéroportuaire, aéronautique et météorologue (Sodexam) revient sur les prévisions météorologiques.
Aujourd’hui, les Ivoiriens ne comprennent plus la fréquence et la périodicité des pluies. Cela fait-il partie des préoccupations de la Sodexam ?
Nous assistons à ce qu’on appelle une variabilité climatique. On a un décalage, au niveau des saisons. On peut avoir un début tardif de saison. Parfois c’est un début beaucoup plus tôt. On se retrouve le plus souvent dans ces deux situations. Il arrive aussi l’inverse : que le début soit précoce. Cette année, nous avons eu beaucoup de changements au niveau des différentes dates.
Pour la région du littoral ivoirien, c’est-à-dire, le sud forestier, nous sommes dans la petite saison pluvieuse, en ce moment. En général, cette petite saison pluvieuse part du mois de septembre, pour se terminer dans le mois de novembre. Après cela, nous entamons la grande saison sèche. Elle va se matérialiser par les vents secs de l’harmattan.
Pour cette année, la Côte d’Ivoire a-t-elle connue des pics de précipitations?
Nous avons eu cette année des pics de précipitations pendant le mois de juin. Mais, selon les informations climatologiques, les précipitations de cette année ne sont pas plus importantes que celles des autres années. Nous avons des informations à ce titre qui datent de plus de 40 ans. Nous calculons ce qu’on appelle des normales climatologiques. Ou, si vous voulez, des moyennes, concernant certains paramètres, tels que les paramètres pluies. On le fait aussi pour la température. C’est par ailleurs le sujet qui est abordé pendant la COP 26 qui a lieu en ce moment sur le changement climatique.
Cette année, la pluie a tué de nombreuses personnes. Les Abidjanais en particulier ont lié cela à une forte précipitation par rapport aux autres années…
Comme je viens de le dire, les précipitations cette année ne sont pas très différentes de celles des autres années. Quand nous approchons de la saison des pluies, il y a une sensibilisation qui est faite. On demande à la population de libérer les zones à risques. On le fait parce que, quand le sol est saturé, il ne peut plus absorber l’eau et en ce moment, on assiste à des glissements de terrains. Malheureusement, ces glissements de terrains entraînent des morts.
Vous pouvez êtes plus précis ?
Chaque année a sa particularité. La saison d’une année à une autre est différente. Il y a des années où on a de très fortes précipitations et des années où les précipitations sont assez faibles. Et ce sont-là les effets du changement climatique. On ne peut pas rester sur les mêmes valeurs. tantôt on a des pics, tantôt non. Le paramètre »plus » en très variable. Vous pouvez être dans une zone d’Abidjan où il pleut très fort et dans une autre zone de la ville, il pleut très peu. Naturellement, les équipements vont donner différentes mesures. Aujourd’hui, on se retrouve beaucoup plus dans ce genre de situations, à Abidjan. Pendant qu’il pleut fort dans une commune, ce n’est pas le cas dans l’autre. Il y a une concentration de pluie dans une zone. La pluie, c’est l’un des paramètres les plus variables que nous étudions.
Les Abidjanais ne comprennent pas que la météo ne prédise pas le climat sur plusieurs heures, voire plusieurs jours…
Nous entendons ces reproches. Nous produisons des bulletins jusqu’à une semaine. La vérité est que plus l’échéance est longue, plus il y a des biais qui se glissent dans le bulletin. Mais si vous nous demandez une prévision aujourd’hui pour demain, on vous donne une prévision qui a une probabilité très élevée, qui va tendre vers un. À tout bulletin d’information est associé une certaine probabilité. Si vous nous demandez ce qui va se passer dans dix jours, nous allons vous donner l’information. Mais cette information ne sera pas plus précise que celle de demain. Plus l’échéance est longue, plus on rentre dans ce que nous appelons des prévisions saisonnières. Elles vont se baser sur la climatologie du milieu.
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Etudiez-vous assez les effets du changement climatique sur notre environnement ?
Bien sûr. C’est un phénomène réel. Le monde entier lutte pour cela. Nous sommes en train de détruire notre environnement par les actions que nous posons. Il est essentiel pour l’homme de créer les conditions pour éviter les hausses de température. Car, cela augmente la force et le nombre des cyclones, des précipitations. Il faut que tout le monde soit responsable.
Que doivent faire les Ivoiriens face à ce phénomène ?
C’est de respecter les accords qui ont été signés lors de la convention des parties. Les activités humaines sont à la base du changement climatique. Je veux parler des feux de brousse, des gaz d’échappement, des usines qui déversent des polluants dans l’atmosphère. Nous devons faire attention à tout cela.
L’harmattan approche. À partir de quand les Abidjanais vont-ils être touchés ?
Déjà, le mois prochain, il va falloir s’attendre à recevoir des vents secs sur le littoral ivoirien. Mais, avant d’arriver sur le littoral, ces vents commencent par le nord du pays. Si vous remarquez bien, les pluies sont en train de quitter le Nord en ce moment. Ils descendent vers le centre et le sud. Les phénomènes orageux se déplacent. Les saisons suivent le mouvement apparent du soleil, avec un retard d’environ deux mois. Pour le littoral ivoirien, la saison sèche qui arrive, s’étend en général de décembre jusqu’en février. Et après, nous allons commencer avec les pluies. Avec la reprise des pluies, on a ce que nous appelons des séquences sèches. Il y a des jours où il ne pleut pas. Jusqu’à ce qu’on arrive à la grande saison des pluies, où on ne peut pas faire plus de trois jours sans pluies. Avril, mai, juin. Le pic est souvent atteint en juin.
Que pouvez-vous donner comme conseil sur la saison sèche qui arrive ?
Pour cette grande sèche qui arrive, il y aura des vents secs. Il faudra se protéger. Pour les populations, il faut songer à enduire le corps de pommade, pour éviter que la peau sèche. Il faut faire les vaccinations contre notamment les méningites, qui sont transportées par les poussières. Nous avons beaucoup de brumes sèches pendant cette période, où il y a une quantité de poussières qui rendent le ciel orange. Il faut éviter de se promener, pour éviter justement les rhumes, la toux.
Entretien réalisé par Raphaël Tanoh