Fête du travail: Ce qui attend Patrick Achi

Les travailleurs souhaitent voir le président de la République à la fête du travail.

Comme chaque année, la Côte d’Ivoire célébrera la fête du travail le 1er mai. Une occasion pour les travailleurs d’exposer leurs doléances. Cette année, avec le contexte sanitaire, les problèmes semblent plus sérieux.

Ce mardi, le Premier ministre a convié les centrales syndicales à une rencontre dans ses locaux, en vue de préparer le 1er mai, la fête du travail. Une routine pour les services techniques de la Primature, mais une première pour le chef du gouvernement, Patrick Achi.  Dans leurs besaces, les faitières ont naturellement apporté leurs revendications, qui seront taillées, harmonisées et chronométrées pour une meilleure organisation du 1er mai. Au moment où nous mettions l’article en ligne, il n’y avait encore aucune précision sur la présence du chef de l’Etat à cette commémoration. Mais, l’année dernière, à cause de la pandémie à Coronavirus, la cérémonie n’a pas connu de véritable célébration. Les doléances ont été directement envoyées à la Primature.

1,8 million d’emplois perdus

Pour la même raison, selon les organisations syndicales, très peu d’actions ont été menées pour améliorer le vécu des travailleurs. C’est donc peu dire : les attentes vis-à-vis du chef du gouvernement sont énormes. «Nous avons recensé à ce jour 1,8 million de pertes d’emplois dans le secteur privé, à cause de la pandémie à Coronavirus. On n’a jamais vu ça auparavant en Côte d’Ivoire. Pour nous, le premier point sur lequel il va falloir mettre l’accent, c’est l’emploi», explique le colonel Mamadou Traoré Dohia, le président de la Fédération des syndicats autonomes de Côte d’Ivoire (Fesaci), également convié à la rencontre à la Primature.

À l’issue du séminaire gouvernemental, on a très vite compris que ce volet sera au cœur de la politique du gouvernement Achi. Les autorités ivoiriennes misent sur 8 millions d’emplois en dix ans. Sauf que, pour l’instant, Traoré Dohia et ses camarades disent ignorer les véritables déclinaisons de cette politique. «Les gens ont perdu leurs boulots, il faut les aider», note-t-il.

Assiéné Koffi, secrétaire général adjoint de l’Union générale des travailleurs de Côte d’Ivoire (Ugtci), estime, lui, qu’il faudra agir sur le coût de la vie. Notamment, la baisse du loyer, la réduction des coûts du transport à Abidjan. «Nous avons toujours eu les mêmes doléances. Cela n’a pas changé et ce sont ces doléances que l’Ugtci va exposer à la fête du travail», explique Assiéné Koffi.

Le secteur à sauver

Ici, le soldat à sauver, c’est le secteur privé, affaibli par la crise sanitaire, au dire des responsables des faîtières. Le relèvement du salaire minimum agricole garanti (Smag), les plans de relance du secteur de la culture, le plan social en faveur des populations défavorisées sont des points sur lesquels l’Ugtci compte également tabler.

Dans le public, les revendications seront toutes autres. À entendre Pacôme Attaby, président de la Coalition des syndicats du secteur public de Côte d’Ivoire (Cssp-CI), la priorité est de donner suite aux discussions de Grand-Bassam qui ont eu lieu en avril 2019. «Nous avons transmis les points au Premier ministre via le ministre de la Fonction publique. Nous attendons une suite favorable, lors de la fête du 1er mai. Le silence a trop duré», note-t-il. Ces points portent, entre autres, sur la revalorisation de l’indemnité de logement, l’amélioration des conditions de travail des travailleurs.

Revendications légitimes

«Nous voulons l’abandon de l’impôt sur salaire, la revalorisation de l’allocation familiale, le relèvement de la prime de transport», cite M. Attaby. Bref, de nombreuses doléances d’ordre financier.

Avec le paiement du stock des arriérés qui s’élève à près de 300 milliards de FCFA et la revalorisation salariale des fonctionnaires pour un effort financier de plus de 1000 milliards FCFA, l’Etat a-t-il une oreille attentive aux plaintes des fonctionnaires ? Il a tout intérêt à le faire, pour Pacôme Attaby, qui explique : «Nos revendications sont légitimes. La Côte d’Ivoire en a les ressources nécessaires». Qu’en est-il desdites ressources ?

Malgré l’environnement économique international dégradé par la Covid-19, les perspectives macroéconomiques à moyen terme restent favorables pour la Côte d’Ivoire. Selon la mission du Fonds monétaire international (FMI), qui s’est tenue du 15 septembre au 4 octobre 2020 par visioconférence, la croissance économique devrait atteindre les 6,5% en 2021. L’économie de la Côte d’Ivoire, avec un PIB par habitant qui s’élève à 2 286 USD en 2019 et une augmentation 1,8 % en 2020, fait partie des plus performantes au monde. Pourquoi les Ivoiriens continuent-ils de se plaindre ?

«Nous pensons que la revalorisation salariale pour les fonctionnaires n’a pas eu de véritable incidence sur notre mode de vie. Ce que l’Etat nous a donné, la cherté de la vie l’a repris», nuance Pacôme Attaby. Pour Traoré Dohia, il faut corriger cette illégalité dans le développement économique, si on veut faire bénéficier l’ensemble des Ivoiriens de la croissance. Si la Côte d’Ivoire est l’une des économies les plus dynamiques en Afrique, en ce qui concerne l’Indice de développement humain (IDH), le pays ne se situe autour de la 165e place sur 189. A-t-on progressé dans le bien-être des travailleurs ?

Raphaël Tanoh

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