Publié en 2020, le rapport 2019 du Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la Confemen (Pasec) dépeignait que 59,6% des enseignants en Côte d’Ivoire n’ont reçu aucune formation continue. La même année, la direction des stratégies, de la planification et des statistiques a établi que 67% des instituteurs du pays n’avaient reçu aucun conseiller pédagogique dans le cadre de leur travail. Et 89% n’avaient eu aucune visite d’inspecteur pédagogique. «Le constat aujourd’hui, c’est que les enseignants ne sont pas encadrés sur le terrain. Ils ne bénéficient pas de formation continue comme cela doit être et cela agit à long terme sur la qualité de l’enseignement», déplore Ekoun Kouassi, le secrétaire général du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (Synesci).
La raison ? Le manque d’inspecteurs pédagogiques et de conseillers pédagogiques. Le problème est si persistant qu’en 2020, le gouvernement a nommé environ 135 inspecteurs pédagogiques. L’année dernière, 400 inspecteurs ont été recrutés par voie de concours. Selon une source non officielle, pour le secondaire, les encadreurs pédagogiques sont estimés à envriron 800. Le ratio reste très faible pour 113 317 enseignants du public.
Manque de logistique
Indispensables pour un enseignement de qualité, les inspecteurs pédagogiques sont pourtant occultés dans l’énumération des problèmes de l’école. Ce sont les grands oubliés. Confrontés à une absence notable de logistique, ils se battent aussi en silence pour des primes de travail.
«Il y a de nombreuses zones aujourd’hui à Abidjan auxquelles les inspecteurs ne peuvent pas accéder pour faire leur travail. Faute de véhicules. Il faut leur donner les moyens. Il faut payer leurs indemnités pour qu’ils puissent mieux encadrer les enseignants sur le terrain», indique Kokounseu Madé Benson, inspecteur pédagogique. Par endroits, ils sont obligés de se rendre à moto dans des contrées lointaines, afin d’accomplir leur mission.
L’enseignement demande une mise à jour perpétuelle des connaissances. «Ce n’est que lorsque l’enseignant est en situation dans une salle de classe que vous pouvez déceler ses limites, pour les combler», note Kokouseu Madé Benson. Après le recrutement des contractuels, par exemple, ils n’ont été formés seulement que pendant 41 jours. Seul un suivi rigoureux sur le terrain peut permettre de combler les lacunes. Et c’est là qu’interviennent l’inspecteur et le conseiller pédagogique. Pour juguler le problème, le gouvernement promet d’augmenter leur nombre. Mais il restera toujours la question de la logistique et des primes.
Raphaël Tanoh