Interdiction des cours de renforcement :  pourquoi la mesure est vaine 

Les cours de renforcement sont interdits dans les écoles.

Les autorités viennent d’interdire les cours de renforcement dans les établissements scolaires. Mais cela n’est pas du goût de tout le monde.

La mesure d’interdiction de dispenser dorénavant les cours de renforcement à l’école, est diversement accueillie parmi les acteurs du système éducatif. Dolourou Soro, conseiller pédagogique du préscolaire et du primaire (CPPP), précise que l’interdiction concerne uniquement les cours dispensés au sein des établissements moyennant payement. « Il s’agit avant tout de mettre fin aux intéressements qu’il y avait   autour de ces cours de renforcement. Les enseignants ont longtemps scandé qu’il fallait supprimer les cours les mercredis pour leur permettre de souffler un peu. Mais on constate que c’est pendant ces jours de repos qu’ils programment les cours de renforcement dans les classes », indique Dolourou Soro. Sur ce plan, d’après lui, l’Etat a eu raison de s’intéresser à cette pratique. Ekoun Kouassi, secrétaire général national du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (SYNESCI), trouve que certains enseignants exagéraient dans la programmation de ces cours. « Ils étaient plus portés sur l’argent que sur le bien-fondé de ces cours. C’est normal que l’Etat tente de recadrer cela », fait savoir M. Kouassi.

Combler les lacunes

Toutefois, d’après les acteurs, l’Etat devait plutôt recadrer les cours de renforcement plutôt que de les interdire, parce qu’ils sont indispensables. « Aujourd’hui, les parents ne demandent plus à leurs enfants ce qu’ils ont fait à l’école. Ils ne se demandent pas si l’enfant a révisé. Il y a un véritable manque d’encadrement à la maison. Le seul endroit où l’enfant peut combler ses lacunes, c’est à l’école, avec les cours de renforcement. Ces révisions permettent à l’apprenant de retenir, de s’approprier les cours », mentionne Dolourou Soro.

Pour Claude Kadio, président de l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire (OPEECI), il suffisait de simplement surveiller la programmation des cours de renforcement dans les écoles. « Les enfants ont besoin de cela pour se renforcer. Et les interdire pourrait agir sur leur rendement », prévient M. Kadio.

Meilleures conditions d’apprentissage

Zondé Zoko Stéphane, secrétaire général fédéral de la Fédération de l’enseignement, la formation et la recherche de Côte d’Ivoire (FEFR-CI), plaide plutôt pour la création de meilleures conditions d’apprentissage. « Il faut faire en sorte que les salles de classe ne soient pas bondées ; il faut créer plus de classes, améliorer le ratio professeur/élèves. Avec les effectifs pléthoriques par classe, les professeurs ne peuvent pas encadrer tous les élèves. Certains élèves ont besoin d’avoir des cours de renforcement pour mieux comprendre. Nous pensons qu’il vaut mieux structurer ces cours plutôt que de les interdire », dépeint l’enseignant.

Au ministère de l’Education nationale, de l’alphabétisation et de l’enseignement technique, on précise que le but de cette mesure, c’est de mettre surtout fin au désordre moral qu’il y avait autour de la pratique. « Nous avons vu des cas où les enseignants privilégiaient uniquement les élèves qui assistaient à leurs cours de renforcement, au détriment des autres. Les devoirs étaient traités pendant ces cours avant d’être programmés. Ils poussaient les élèves à s’inscrire à leurs cours, en les menaçant indirectement. Cela nuit également au rendement », indique notre source au ministère de l’Education nationale.

Cependant, au dire des enseignants, cette mesure ne mettra pas fin aux cours de renforcement. Car, ils trouveront des salles dans des établissements privés pour continuer cette pratique.

.

Georges Dagou

Related posts

Alassane Ouattara : « La jeunesse demeure au cœur de mes priorités »

Affaire Rita Djédjé : Sérey Dié, Apoutchou, Adrienne Koutouan… visés par une information judiciaire

Zondé Stéphane, SGF FEFR-CI : « Pourquoi les enseignants méritent la prime d’incitation »

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Lire la suite