«Moi, quand je suis arrivé à la CPI, j’avais peur. J’ai dit, bon, peut-être qu’il y a eu des choses qui se sont faites en mon nom, et que je ne savais pas. Mais quand le procureur et son bureau ont commencé à décliner toutes les accusations, j’ai senti qu’il n’y avait rien (…) En Afrique, les partis, quand ils arrivent au pouvoir, ils ont la tentation d’être des partis uniques. Donc, le combat continue. Si moi on m’arrête et qu’au bout de quelques années, on me libère en disant que je suis innocent, il faut rechercher avec les autres groupes ! il faut chercher à savoir qui a tué ». Ce sont en substance les mots de l’ancien chef de l’Etat Laurent Gbagbo, accordés au média français Arte, lors de son retour en Côte d’Ivoire.
Des propos qui montrent clairement l’état d’esprit du ‘‘Woody de Mama’’. Il n’a pas l’intention de passer l’éponge sur ses dix années de détention à la CPI. Certes, les Ivoiriens s’en doutaient déjà, après avoir vu le nouveau Laurent Gbagbo, dès son retour sur ses terres : pas de main tendue au régime actuel. Mais, ces bribes de phrases à l’endroit de la justice internationale est le signe qu’il ne fera pas non plus table rase du passé. La réconciliation nationale qui en appel au pardon peu bien attendre.
D’un autre côté, Gbagbo soulève une véritable problématique. Avant de passer le flambeau, la procureure Fatou Bensouda avait annoncé une réouverture du dossier. Si cela arrive, tout porte à croire que les limiers de la justice internationale enquêteront désormais du côté des ex-rebelles, puisqu’il n’y avait que deux belligérants en 2010. Or, sur ce point, Alassane Ouattara est catégorique: il ne livrera plus personne à la CPI. Véritable point d’achoppement avec le régime, ce dossier brûlant sur les vrais coupables des 3 000 morts de la crise postélectorale devra être de toute évidence évacuer avant de s’asseoir autour de la table.
Raphaël Tanoh