En dépit de la surprise, le divorce était plus ou moins attendu.
Ce vendredi 22 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a signé la fin d’une époque en écartant Ousmane Sonko de la Primature. Un geste administratif en apparence, un séisme politique en réalité. Deux ans après leur entrée triomphale au pouvoir, le tandem le plus célébré de la politique sénégalaise s’est fracassé contre les dures réalités de la gouvernance.
Pourtant, ils semblaient faits pour durer. Forgés ensemble dans l’adversité, aguerris par les prisons de Macky Sall, portés par une jeunesse qui croyait en eux comme on croit en une promesse de lendemains meilleurs. « Diomaye moye Sonko » — Diomaye c’est Sonko — scandait-on dans les rues. Une formule qui disait tout : leur unité n’était pas seulement politique, elle était existentielle.
Mais le pouvoir use les serments. Derrière le décor de l’unité, deux visions du monde s’affrontaient en silence. D’un côté, la Présidence et sa prudence diplomatique, soucieuse de rassurer les partenaires, de préserver les équilibres. De l’autre, la Primature et son élan militant, impatient de rompre avec l’ancien ordre, de bousculer les héritages. Deux tempéraments. Deux rythmes. Un seul État, trop étroit pour les contenir tous les deux.
La rupture a eu un visage, une salle, une date. Devant l’Assemblée nationale, Sonko a lâché ce que beaucoup pensaient tout bas : « Le Président a fait une erreur. » Il a ajouté prendre certaines décisions sans en demander permission. Dans un régime présidentialiste, ces mots ne sont pas anodins — ils sont une déclaration. L’entourage de Faye l’a entendu comme tel.
Dès lors, le chef de l’État n’avait plus le choix. Accepter l’affront, c’était abdiquer. Y répondre, c’était trancher. Il a tranché.
Car derrière la querelle institutionnelle se jouait quelque chose de plus profond : une bataille d’âmes pour l’héritage du PASTEF. Sonko, pourtant inéligible en 2024, restait le vrai héros de la base militante. C’est lui qui avait choisi Diomaye. C’est lui que la foule continuait d’acclamer. Aux yeux de beaucoup, le président n’était encore que l’homme de Sonko — une ombre portée d’un leader plus grand que lui.
Faye a voulu exister par lui-même. Sonko n’a pas voulu s’effacer.
Sur le fond, les désaccords étaient réels. Sonko voulait aller vite, frapper fort — renégocier les contrats pétroliers et gaziers, en finir avec les anciennes élites. Faye préférait avancer prudemment, ménager les partenaires internationaux, ne pas effrayer les investisseurs dans un contexte budgétaire tendu. Deux lectures d’une même promesse de rupture.
Avec le départ de Sonko, c’est tout un récit qui s’éteint. Celui d’une génération qui avait cru que la politique pouvait être autrement. Que deux hommes pouvaient gouverner ensemble, sans que l’un dévore l’autre.
L’avenir dira si cette séparation affaiblit le pouvoir ou l’affranchit. Mais une chose est certaine : le slogan est mort. « Diomaye moye Sonko » n’est plus qu’un souvenir — beau, intense, et révolu.
MD