Paris restitue le tambour des Ébriés en 2022

Tambour sacré en bois de 3,30 mètres de long, 430 kg, morphologiquement fendu et orné d’un léopard bondissant : C’est le «Djidji Ayokwe». C’est une œuvre d’art d’origine tchaman (de l’ethnie Ébrié au sud de la Côte d’Ivoire) chapardée par un administrateur colonial français du nom de Simon en 1916, puis conservée au musée du Quai-Branly-Jacques Chirac à Paris.

L’instrument rituel revient en Côte d’Ivoire au second trimestre 2022. Un évènement ! Mais un petit pas comparativement aux 20.000 objets ivoiriens volés ou achetés à vil prix et gardés dans des musées occidentaux.

Un pas symbolique dans les démarches entreprises par la Côte d’Ivoire pour la restitution de ses œuvres. Moins d’un mois après la rétrocession en novembre 2021, de 26 œuvres au Bénin, la Côte d’Ivoire verra donc son «Djidji Ayokwé» national revenir à la maison.

Un siècle de spoliation. Privé en 1916 de son outil de communication par excellence, le groupe ethnique tchaman intercède, en 1958, auprès du président Félix Houphouët-Boigny pour qu’une requête en restitution soit adressée au gouvernement français. Cette sollicitation d’Abidjan butera sur un NON sans réserve de Paris.

Le gouvernement français opposera également une fin de non-recevoir à un projet de réalisation d’une copie fidèle du tambour en échange de la pièce originale.

Conservé, de fait, depuis 105 ans en France et plus d’une décennie au musée du Quai-Branly Jacques Chirac de Paris, en particulier, le Djidji Ayokwé est un symbole parlant de l’expropriation des biens culturels phares de l’Afrique. A la faveur de l’élan de restitution des objets africains conservées en France, accepté et engagé par le président français Emmanuel Macron, cette pièce du patrimoine culturel ivoirien, chargée de symboles, figure en tête sur la liste des 148 pièces soumises par les autorités ivoiriennes.

Le grand tambour des Tchaman. Sur le dossier du rapatriement du patrimoine ivoirien, une personnalité est en pointe : C’est le Dr Sylvie Memel Kassi, la Directrice du Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire. Elle revient de Paris. Avec les décideurs culturels français, elle travaille au processus de retour du patrimoine ivoirien. Elle nous explique à propos du «Djidji Ayokwé» relativement aux rasions du choix de cet objet en particulier :

«Quand il s’est agi de faire venir les objets africains, quoi de plus normal que de demander ce qui a toujours été réclamé. Même lorsqu’il était au musée d’ethnographie du Trocadéro, les Atchans y ont été afin de l’admirer».

Le principe du retour du Djidji Ayokwé à la mi-2022 est quasiment acquis. A en croire Dr Sylvie Memel Kassi, dans l’intermède de cette échéance, la Côte d’Ivoire assemblera les pièces du puzzle au niveau juridique, technique, etc. En France, le calendrier de ce transfert semble tout autant opportun.

Retour en 2022. En prélude au transfert, la France devra adopter une loi cadre qui facilitera la remise des objets d’art à tous les pays dont les demandes de restitution sont agréées. Le deadline de la mi-2022 va donc de pair avec les agendas des deux pays. «Le retour du Djidji Ayokwé, c’est pour 2022. Ça peut se faire avant la présidentielle française qui est prévue en avril ou après. Mais si on demande notre avis, ça devrait être après la présidentielle. Parce qu’il y a beaucoup de choses que nous devons mettre en place avant. La loi que nous avions au niveau des sanctions n’était pas coercitive, elle ne décourageait pas les trafiquants d’objets d’art. Cette loi est en actualisation et en voie de promulgation, il faut que ça sorte. Le djidji ne doit pas venir avant l’adoption de cette loi. Et puis, en mars 2022, nous allons avoir le Masa, il ne faudra pas noyer cet évènement dans un autre. Donc, il faut qu’on laisse passer le Masa. En avril, la France est en élection, l’Assemblée nationale ne pourra pas adopter la loi cadre qui permettra le retour des œuvres. Du coup, on risque d’être dans le délai mai-juin. Le deuxième trimestre de 2022», révèle Dr Sylvie Memel Kassi.

Un travail préparatif franco-ivoirien est donc nécessaire. «Nous sommes allés au musée du Quai-Branly. J’ai eu une séance de travail technique avec mes collègues : le président et le directeur du musée. Parce que, dans le cadre du retour de l’objet, le musée du Quai Branly a été invité par le ministère de la Culture français à entrer en contact avec le musée des civilisations pour qu’au niveau technique, nous voyons ensemble la question de la provenance, ses choix de restauration, de traitements de l’objet», souligne la patronne du musée national. Sur les modalités pratiques de cette mutualisation, Dr Sylvie Memel Kassi met en exergue un transfert de compétences bilatéral.  

Charles Assagba

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