Alors que le gouvernement achève ses consultations sur la mise en place d’un nouvel organe électoral, Cissé Bacongo juge inopportun l’ouverture d’un nouveau dialogue politique. Le parti au pouvoir privilégie la transmission des propositions recueillies à l’Assemblée nationale, malgré les divergences persistantes autour de la confiance dans le processus électoral.
Le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) ne juge pas nécessaire, à ce stade, l’ouverture d’un nouveau dialogue politique sur la réforme de la gouvernance électorale. À l’issue de sa rencontre avec le ministre de l’Intérieur et de la sécurité, Vagondo Diomandé, le secrétaire exécutif du parti présidentiel, Cissé Bacongo, a défendu la démarche engagée par le gouvernement, tout en contestant la nécessité de nouvelles discussions avec les formations politiques.
« Il ne s’agit pas de refuser le dialogue, tout simplement de se poser la question de savoir quelle est son opportunité, qu’est-ce qu’il viserait, ce dialogue politique ? », a-t-il défendu. Pour lui, les propositions déjà recueillies auprès des acteurs politiques doivent permettre au gouvernement d’élaborer un projet de loi qui sera soumis à l’Assemblée nationale.
Cette position intervient dans un contexte sensible, marqué par la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), décidée en conseil des ministres le 6 mai 2026.
Cissé Bacongo affirme que le RHDP a préparé ses contributions en amont des consultations gouvernementales. « Nous avons tenu différentes réunions, donc trois principalement, d’une instance très importante de notre parti, le comité de direction », a-t-il expliqué, en évoquant les réflexions engagées sur la future structure chargée de gérer les élections.
Le ministre, gouverneur du district d’Abidjan dit avoir identifié plusieurs exigences auxquelles le nouvel organe devra répondre. « La crédibilité, l’inclusivité, la confiance surtout que cet organe doit espérer », a-t-il souligné, sans toutefois dévoiler les propositions formulées par son parti, celles-ci étant, selon lui, réservées au gouvernement.
Il a également tenu à distinguer les responsabilités du pouvoir exécutif de celles du RHDP en tant que formation politique. « Le gouvernement gouverne, notre parti fait son travail politique sur le terrain », a-t-il expliqué, relevant que le président Alassane a tenu à ce que les deux entités soient dissociées dans le cadre de cette démarche.
Pour Cissé Bacongo, le processus engagé doit donc suivre son cours institutionnel. « Le gouvernement a fait des propositions, a demandé aux partis de l’opposition de faire des propositions », a-t-il rappelé, avant d’évoquer leur traduction en texte législatif et leur transmission à la représentation nationale.
De son côté, le ministre de l’Intérieur et de la sécurité a présenté les consultations comme une étape destinée à recueillir les avis des différentes sensibilités sur la future gouvernance électorale. Organisées depuis le 28 septembre 2026, elles ont réuni des partis et groupements politiques ainsi que des organisations de la société civile.
« Ces consultations avaient pour objectif de recueillir leurs propositions sur la future gouvernance électorale, en vue d’en établir une synthèse destinée à être soumise au gouvernement », a précisé Vagondo Diomandé.
Selon lui, les contributions reçues couvrent plusieurs aspects du futur dispositif, notamment « l’architecture institutionnelle du futur dispositif électoral », son fonctionnement, sa composition ainsi que la place des partis politiques et de l’administration dans la conduite du processus.
Le ministre a salué « la disponibilité, la qualité des contributions et l’esprit de responsabilité » des participants, tout en prenant un engagement sur la suite des travaux. « Les propositions recueillies seront fidèlement synthétisées et soumises au gouvernement », a-t-il assuré.
Il a toutefois rappelé que la décision finale sur les orientations à retenir reviendrait au gouvernement. Cette précision laisse entière la question du poids qui sera accordé aux différentes propositions dans la configuration définitive du nouvel organe.
Pour justifier ses réserves sur la nécessité d’un nouveau dialogue politique, Cissé Bacongo est revenu sur les origines de la revendication d’un organe électoral indépendant. Il a rappelé qu’en 1995, le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara avaient notamment réclamé que l’organisation des élections soit soustraite à la seule autorité du ministère de l’Intérieur.
« Ces deux partis […] ont décidé de se mettre ensemble pour vraiment faire en sorte que les élections puissent être organisées par un organe qui soit totalement indépendant du ministère de l’Intérieur », a-t-il rappelé, situant cette revendication dans la genèse du dispositif électoral indépendant.
Il estime cependant que les évolutions institutionnelles intervenues depuis n’ont pas fait disparaître les contestations. « Malheureusement, la confiance n’a pas toujours été au rendez-vous », a-t-il reconnu, évoquant les critiques formulées par une partie de l’opposition contre la CEI, tant sur son organisation que sur les personnes chargées de l’animer.
« On ne savait plus ce qui était le problème », a-t-il ajouté, en référence aux différentes critiques adressées à l’institution. À ses yeux, la dissolution de la CEI répond à une revendication portée par certains acteurs politiques et le gouvernement doit désormais avancer dans la mise en place d’un nouveau mécanisme.
Marc Dossa