Pour l’année scolaire 2026-2027, le ministre N’Guessan Koffi fixe, à travers une circulaire publiée ce lundi 7 septembre, les priorités de l’Éducation nationale et entend faire de l’école ivoirienne un levier de qualité, d’employabilité et d’adaptation aux défis du numérique.
L’année scolaire 2026-2027 est présentée comme une étape de consolidation. Après plusieurs années de réformes, le ministère entend désormais dresser un bilan, corriger les insuffisances et franchir un nouveau cap. Cette orientation donne à la rentrée une tonalité particulière. Il ne s’agit plus seulement de poursuivre les réformes engagées, mais d’en apprécier les effets et de rechercher davantage d’efficacité. Le slogan : « La Côte d’Ivoire à l’École » résume cette ambition, avec la volonté affichée de faire du système éducation-formation un moteur du développement durable du pays.
Parmi les priorités annoncées figure l’harmonisation des enseignements. Le ministère retient désormais le principe d’un manuel unique par discipline et par niveau, afin de garantir un contenu commun aux élèves et de faciliter la maîtrise des coûts et de la distribution. Cette mesure s’accompagne d’une volonté de mieux connaître les besoins réels des établissements grâce à l’actualisation de la carte scolaire et à la généralisation du Système intégré de gestion de l’Éducation. L’objectif est de permettre une allocation des manuels, des équipements et des salles de classe à partir de données plus fiables.
Derrière cette orientation se dessine une préoccupation majeure, celle de réduire les disparités entre les établissements et les territoires. La qualité de l’école passe également par celle de ses enseignants. La circulaire insiste sur le renforcement de leur formation initiale et continue, mais aussi sur un accompagnement plus étroit des jeunes enseignants durant leurs premières années d’exercice.
Le ministère veut également renforcer les visites des inspecteurs et des conseillers pédagogiques, tout en valorisant les bonnes pratiques et en améliorant la lisibilité des parcours de carrière. Cette orientation traduit une volonté de ne pas réduire la performance scolaire aux seuls programmes et infrastructures. Elle remet la qualité de l’encadrement pédagogique au cœur de la réussite des élèves.
De l’école au monde du travail
L’un des changements les plus significatifs concerne toutefois l’enseignement technique et la formation professionnelle. Le ministère reconnaît que ces filières restent encore trop souvent considérées comme une orientation par défaut. L’ambition est désormais d’en faire un choix assumé, notamment grâce à une communication renforcée sur les débouchés, dès le collège, mais aussi à travers les journées portes ouvertes, les médias, les réseaux sociaux et les témoignages d’anciens élèves. Cette volonté répond à un enjeu central pour la Côte d’Ivoire. Dans un contexte où l’insertion professionnelle des jeunes demeure un défi, l’école est appelée à mieux préparer les élèves aux besoins réels du marché du travail.
Le ministère souhaite ainsi rapprocher davantage les formations des entreprises, moderniser les équipements techniques et développer les stages et l’apprentissage. L’objectif est clairement affiché, faire de la compétence professionnelle un levier d’insertion et d’autonomie économique.
Autre signal fort de la circulaire, la place accordée aux sciences et au numérique. Le ministère entend renforcer la culture scientifique des élèves et adapter les programmes aux mutations technologiques. Mathématiques, sciences et technologies sont ainsi présentées comme des outils indispensables pour préparer la main-d’œuvre dont le pays aura besoin pour poursuivre son industrialisation et soutenir sa croissance.
Cette orientation traduit une conception de l’école davantage tournée vers l’avenir. L’enjeu n’est plus seulement de transmettre des connaissances, mais de préparer les élèves à un environnement professionnel profondément transformé par l’innovation et le numérique.
La circulaire accorde également une attention particulière au climat scolaire. Sécurité, salubrité, prévention des violences et accompagnement des élèves à besoins éducatifs spécifiques figurent parmi les préoccupations affichées.
La situation des filles fait l’objet d’une attention particulière. Le ministère appelle les responsables d’établissements à renforcer leur protection et à prévenir leur décrochage, notamment face aux mariages précoces, aux grossesses et aux charges domestiques. Il souhaite également favoriser leur accès aux filières scientifiques et techniques.
À cela s’ajoute une volonté de restaurer une culture de la discipline et du travail, présentée comme indispensable à la réussite scolaire et à la future insertion professionnelle des jeunes.
La circulaire fixe donc une feuille de route ambitieuse. Mais son principal enjeu résidera dans sa mise en œuvre effective. L’harmonisation des manuels, la formation des enseignants, la modernisation des équipements, la promotion de l’enseignement technique, le développement du numérique ou encore la lutte contre le décrochage nécessitent des moyens, mais aussi un suivi régulier.
Le ministère annonce justement sa volonté d’améliorer les conditions de travail des personnels, de traiter plus rapidement les dossiers administratifs et de reconnaître davantage leur engagement. Il appelle également à renforcer le dialogue entre établissements, familles et communautés.
Au fond, la circulaire dessine une école ivoirienne qui veut être moins centrée sur la seule transmission des savoirs et davantage connectée aux réalités du pays. La véritable question sera désormais de savoir si ces sept priorités parviendront à se traduire concrètement dans les salles de classe, les établissements et les parcours des élèves.
Car derrière cette nouvelle feuille de route se joue un enjeu plus large. Celui de faire de l’école non seulement un lieu d’apprentissage, mais un véritable instrument de transformation sociale, d’employabilité et de développement économique.
Marc Dossa