L’ascension de Téné Birahima Ouattara au sein de l’appareil d’État ne passe plus inaperçue. Sa nomination comme vice-Premier ministre, l’élargissement de ses prérogatives et sa présence croissante sur la scène publique renforcent son poids politique et alimentent les analyses sur les équilibres internes du pouvoir ainsi que sur la question, encore prématurée, de la succession présidentielle.
Longtemps resté discret sur la scène publique, le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, multiplie désormais les apparitions officielles. Cette visibilité accrue intervient dans un contexte marqué par l’élargissement de ses responsabilités au sein de l’Exécutif. Ce qui alimente les interrogations sur son poids politique croissant.
Le 19 février 2026, il a été désigné ‘’Homme de l’année’’ par l’ONG Balle à Terre. En recevant cette distinction, celui qui est surnommé ‘’Photocopie’’, en raison de la ressemblance frappante, avec son frère aîné, Alassane Ouattara, a plutôt rendu hommage aux forces de défense et de sécurité, dont il est le patron, estimant que cette reconnaissance revenait avant tout à celles et ceux qui œuvrent quotidiennement pour la paix et la sécurité du pays. « Cette distinction, je la dois à ceux et celles, qui chaque jour travaillent dans l’ombre pour protéger notre pays et assurer la paix. (…) J’ai vu des hommes et des femmes acceptés l’éloignement de leurs familles, et parfois, le sacrifice suprême, simplement, parce qu’ils ont fait le choix de servir la république. Ce sont eux les véritables héros, c’est à eux que je dédie ce prix », a-t-il sobrement indiqué à sa prise de parole, devant ‘’toute la République’’.
Selon le président de l’ONG, Frédéric Konan, ce choix repose sur des critères tels que le leadership, l’intégrité, l’impact des actions menées et la contribution à la stabilité nationale.
Cette distinction est intervenue quelques semaines seulement après sa nomination au poste inédit de vice-Premier ministre, tout en conservant le portefeuille de la Défense. Lors de la présentation du gouvernement Mambé II, en janvier 2026, le président Alassane Ouattara avait justifié cette promotion par les résultats obtenus dans la conduite de la réforme des Forces armées de Côte d’Ivoire par son cadet.
Le chef de l’État avait notamment salué le travail accompli dans le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité, estimant que cette évolution justifiait l’élévation de son frère cadet à ce nouveau rang gouvernemental.
Des prérogatives élargies
Les attributions du vice-Premier ministre, précisées en mars 2026, lui confèrent un rôle stratégique au sein de l’Exécutif. Il assiste le Premier ministre dans la coordination de l’action gouvernementale, peut assurer son intérim en cas d’absence et conserve la responsabilité de la politique de défense nationale.
Il supervise également la restructuration des forces armées, la préparation des projets de loi relatifs à la défense, les questions de coopération militaire ainsi que certains dossiers touchant à la sécurité intérieure, en coordination avec les ministères concernés. Ces responsabilités renforcent son influence dans les domaines institutionnel, militaire et sécuritaire.
Les spéculations sur l’après-2030
Cette montée en puissance nourrit les spéculations sur une éventuelle succession du président Alassane Ouattara à l’horizon 2030. Surtout que depuis peu, Téné Birahima Ouattara, encore surnommé TBO, est devenu comme le représentant statutaire du chef de l’Etat, aux cérémonies d’hommages qui n’ont cessé de se multiplier, en l’honneur de celui-ci. Certains observateurs y voient les signes d’un positionnement politique progressif, tandis que d’autres appellent à la prudence, non sans rappeler que la prochaine élection présidentielle demeure encore éloignée, précisément dans 4 ans.
Le principal intéressé s’est lui-même montré réservé. Interrogé sur cette éventualité, celui qui est par ailleurs président du conseil régional du Tchologo, dans le nord ivoirien, a estimé qu’il était « trop tôt » pour évoquer une telle perspective, affirmant vouloir poursuivre sa mission avec « loyauté, responsabilité et dévouement » au service de l’État. « C’est me faire trop d’honneur. On n’en est pas encore là », a-t-il répondu, quand des journalistes lui ont directement posé la question, à l’issu du conseil des ministres du 25 janvier 2026, c’est-à-dire au lendemain de sa promotion au poste de vice-Premier ministre. Seulement, voilà, des communicants qui se réclament proches de lui, cachent mal leur enthousiasme de voir leur ‘’boss’’ enfiler le costume de dauphin du chef de l’Etat. Lui aussi, pour se bâtir un large réseau, bien ancré au sein du parti au pouvoir, n’a pas hésité à recruter dans les écuries de Guillaume Soro, d’Amadou Gon Coulibaly et d’Hamed Bakayoko.
Au sein du RHDP, les analyses restent partagées. Pour certains responsables, l’élargissement de ses responsabilités traduit une confiance particulière du chef de l’État. D’autres rappellent toutefois qu’Alassane Ouattara a souvent déjoué les pronostics concernant sa succession et qu’aucune décision n’est officiellement arrêtée.
« Une chose est sûre, le président Alassane Ouattara a l’art de déjouer les pronostics. Tout ce à quoi on assiste, peut bien être une mise en scène pour brouiller les pistes », pense une figure bien connue du Rassemblement des républicains (RDR), le parti d’Alassane Ouattara. Cette source très introduite nous apprend que TBO, a toujours confié à ses proches, avant 2020, qu’il prendrait sa retraite politique quand son aîné aurait terminé sa mission. « Il a toujours pensé que la politique use et n’a jamais rêvé de jouer les premiers rôles. Il y a quelques années en arrière, des dispositifs avaient commencé à se mettre en place pour promouvoir sa candidature à la succession du Président Alassane Ouattara. Avec autorité, il a démonté tout ces dispositifs, sans la moindre explication », témoigne un ancien député issu du RDR.
Les observateurs rappellent également le précédent de mars 2020. Alors Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly avait été désigné par Alassane Ouattara comme candidat du RHDP à l’élection présidentielle.
Présenté comme son dauphin, il devait assurer la continuité de l’action gouvernementale. Son décès brutal, le 8 juillet 2020, quelques mois avant le scrutin, avait cependant bouleversé les plans du parti présidentiel et conduit Alassane Ouattara à revenir sur sa décision de quitter le pouvoir pour briguer un nouveau mandat. Cet épisode demeure, pour de nombreux cadres du RHDP, un rappel de la nécessité d’aborder toute question de succession avec une extrême prudence.
Une volonté de ne pas personnaliser son action
En juin 2026, le ministère de la Défense a publiquement pris ses distances avec une cérémonie destinée à distinguer Téné Birahima Ouattara comme « meilleur ministre de la Défense de la sous-région ».
Dans un communiqué, le ministère a indiqué que le vice-Premier ministre n’avait jamais donné son accord à cette initiative et a exigé l’arrêt immédiat des activités promotionnelles ainsi que le retrait de son nom et de son image de tous les supports de communication.
Selon le département ministériel, cette mise au point visait à éviter toute confusion sur son implication et à réaffirmer sa volonté de ne pas être associé à des initiatives organisées sans son consentement.
Les cérémonies d’hommage suspendues
Dans le même contexte, une cérémonie d’hommage au chef de l’État prévue dans la région des Montagnes, à l’initiative du ministre de la Sécurité, Vagondo Diomandé, du ministre-conseiller à la Présidence de la République, Albert Toikeusse Mabri, et de l’ex-ministre-gouverneur du district des Montagnes, Albert Flindé, a été reportée sine die. En réalité, Alassane Ouattara a décidé de suspendre l’ensemble des cérémonies d’hommage organisées en son honneur à travers le pays par le RHDP.
Selon les explications rapportées, cette décision poursuit un double objectif : réduire les dépenses liées à ces manifestations et désamorcer les tensions croissantes entre plusieurs cadres du parti présidentiel.
Au fil des mois, ces rassemblements étaient devenus un révélateur des rapports de force internes au RHDP. Selon Africa Intelligence, la désignation récurrente de Téné Birahima Ouattara comme parrain de ces cérémonies alimentait les commentaires et les frustrations. Certains y voyaient une marginalisation progressive du vice-président Tiémoko Meyliet Koné et du Premier ministre Robert Beugré Mambé.
A 84 ans, le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, réélu à la faveur de la présidentielle d’octobre 2025, a réitéré l’année dernière sa ferme volonté de passer le témoin à une jeune générations. Une décision qui ouvre la voie à toutes sortes de spéculation sur sa succession.
Marc Dossa
Succession de Ouattara : le choix de ‘’Photocopie’’ divise les militants du RHDP Daloa
À Daloa, le nom de l’actuel vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, revient avec insistance dans les conversations, au sujet de son ascension fulgurante ces cinq dernières années.
Dans les marchés, les gares routières, les grins, les quartiers populaires ou encore à bord des véhicules de transport interurbain, les discussions tournent de plus en plus autour de l’après-Ouattara et de l’éventualité d’une candidature de son jeune frère.
Le sujet a notamment animé les échanges entre voyageurs à bord d’un véhicule assurant la liaison Daloa-Séguéla, le mercredi 24 juin dernier. Durant plus de quatre heures de trajet, les passagers ont longuement débattu de la succession du chef de l’Etat.
Alors que plusieurs voyageurs dénonçaient le mauvais état très avancé de la route reliant les deux villes, un passager a lancé, à haute voix, un appel au chef de l’État : « Monsieur le Président, votre mandat va bientôt finir. Il faut penser aux populations de Séguéla. Il n’y a pas de route. Nous n’avons confiance en personne d’autre pour faire ce travail », a interpellé le passager.
À peine ces propos prononcés, un autre voyageur a rétorqué que le « petit frère » du président était capable de relever le défi. Cette réponse a immédiatement déclenché une vive controverse.
Plusieurs passagers se sont alors interrogés sur l’opportunité de voir le pouvoir rester au sein de la même famille, estimant que la Côte d’Ivoire ne saurait fonctionner comme une monarchie où seules les personnes issues de l’entourage familial du chef de l’État seraient aptes à gouverner.
Des militants partagés dans les gares routières
Le week-end dernier, les mêmes interrogations revenaient dans les gares routières de Daloa. Chez certains jeunes se réclamant du RHDP, Alassane Ouattara demeure le leader incontesté, celui pour lequel ils disent être prêts à tous les sacrifices afin de préserver les acquis de son pouvoir.
En revanche, l’hypothèse d’une succession par celui qu’ils surnomment affectueusement ‘’Photocopie’’ constitue, selon eux, un scénario auquel ils ne s’attendaient pas.
Les avis y sont profondément divisés. Certains estiment que Téné Birahima Ouattara possède les qualités nécessaires pour assurer la continuité de l’action du chef de l’État. D’autres, en revanche, craignent qu’un tel choix ne provoque des divisions au sein du RHDP après le départ d’Alassane Ouattara.
Selon ces derniers, leur engagement politique était avant tout motivé par la personnalité et le leadership du président de la République. Ils considèrent que celui-ci leur a donné raison de le suivre tout au long de son combat politique, mais ne sont pas convaincus que son jeune frère bénéficie du même capital politique.
Dans les quartiers populaires, la fidélité à Ouattara demeure intacte
Dans un grin d’un quartier populaire réputé être un bastion du RHDP, le sentiment dominant reste la fierté d’avoir soutenu Alassane Ouattara depuis les débuts de son combat politique.
Pour plusieurs membres, il est le président qui a permis de concrétiser les aspirations politiques qui avaient motivé leur engagement au sein du RDR, puis du RHDP. Beaucoup estiment toutefois que ‘’le vieux’’, comme ils l’appellent affectueusement, mérite désormais de prendre du repos.
Cette perspective ravive cependant les inquiétudes liées à sa succession. Nombre d’entre eux dénoncent aujourd’hui un sentiment d’abandon par les cadres du parti et affirment qu’ils mettront eux-mêmes un terme à leur engagement politique lorsque le président quittera le pouvoir.
À leurs yeux, depuis que le chef de l’État a pris de l’âge, aucun responsable du RHDP n’a réussi à s’imposer comme une figure capable de fédérer les militants ou d’incarner son héritage politique.
« Photocopie » ne fait pas l’unanimité
Parmi les militants rencontrés, plusieurs précisent qu’ils n’éprouvent aucune hostilité personnelle envers Téné Birahima Ouattara. Ils estiment néanmoins qu’il ne constitue pas le meilleur choix pour succéder au président. Leur préférence irait plutôt à une autre personnalité du RHDP, afin d’éviter qu’une même famille ne continue d’exercer le pouvoir et d’écarter toute perception d’une succession dynastique.
Une opinion profondément divisée
Au fil des différentes causeries et conversations observées à Daloa, une constante se dégage : la perspective de voir Téné Birahima Ouattara succéder à Alassane Ouattara divise profondément l’opinion.
Entre ceux qui y voient la garantie d’une continuité politique et ceux qui dénoncent le risque d’une transmission du pouvoir au sein d’une même famille, le débat s’annonce déjà comme l’un des principaux enjeux politiques des mois à venir.
BF