Près d’un an après la présidentielle du 25 octobre 2025, boycottée par une partie de l’opposition, plusieurs responsables du PDCI et du PPACI sont convoqués ou poursuivis par la justice. Alors que les deux formations dénoncent un harcèlement judiciaire et réclament un dialogue politique inclusif, les autorités judiciaires évoquent des faits graves survenus pendant la période électorale.
Au nom de la réconciliation nationale, certains responsables de l’opposition espéraient-ils que les violences ayant émaillé les manifestations contre la présidentielle d’octobre 2025 finiraient par être reléguées au second plan ? Près d’un an après ce scrutin, la multiplication des procédures judiciaires visant des cadres du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPACI) montre, en tout cas, que la justice entend situer les responsabilités et sanctionner ceux qui seront reconnus coupables.
Contrairement aux arguments avancés par les deux formations, alliées au sein du Front commun pour s’opposer à la tenue du scrutin présidentiel, ces procédures ne sauraient, selon les autorités, être assimilées à du harcèlement judiciaire. Le gouvernement et le parquet invoquent des faits qu’ils jugent suffisamment graves pour justifier la poursuite des investigations.
Lors du compte rendu du conseil des ministres du mercredi 14 octobre 2026, le porte-parole du gouvernement a rappelé le climat de terreur que le Front commun aurait tenté d’instaurer pour empêcher la tenue de la présidentielle du 25 octobre 2025. Amadou Coulibaly a notamment évoqué une tentative d’incendie visant une installation gazière près de Jacqueville, des incendies de bus de la Société des transports abidjanais (SOTRA).
« Il a bien fallu des gens qui les ont incités », a indiqué le ministre de la Communication, laissant entendre que les auteurs matériels présumés de ces actes auraient pu agir sous l’influence d’autres personnes.
D’autres actes violents ont également été signalés en marge des manifestations projetées par les partis de l’opposition. Certaines formations politiques s’étaient d’ailleurs désolidarisées de ces initiatives, anticipant les risques et les conséquences qu’elles pouvaient entraîner.
Le lundi 20 octobre 2025, à cinq jour du scrutin présidentiel, un officier de gendarmerie avait ainsi perdu la vie dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, à la suite d’une attaque survenue sur l’axe Agboville-Grand Yapo-Azaguié. Selon les autorités, des individus encagoulés et armés de fusils de calibre 12 avaient érigé des barricades sur cette voie, aux environs de 4 heures du matin. Plusieurs cars de transport s’étaient alors retrouvés bloqués et avaient été victimes de vols, d’après un communiqué du gouvernement.
Un détachement d’un escadron de gendarmerie avait été dépêché sur les lieux. Mais, selon la gendarmerie ivoirienne, la patrouille avait essuyé des tirs d’armes à feu. L’officier qui la dirigeait n’avait pas survécu à ses blessures.
Peu après, des individus avaient tenté d’ériger de nouvelles barricades dans certains villages autour d’Agboville. Les forces de sécurité avaient rapidement levé ces obstacles, permettant un retour au calme dans l’après-midi.
Si ces actes n’ont pas été revendiqués, le gouvernement avait condamné des « actes de violence prémédités, perpétrés en marge des manifestations de ces derniers temps ». Les autorités avaient alors mis l’accent sur la sécurisation du territoire pendant la période électorale et interdit les marches pour une durée de deux mois.
Les regards s’étaient notamment tournés vers le Front commun, plateforme réunissant le PDCI et le PPACI. Les deux partis appelaient à des marches quotidiennes jusqu’à l’ouverture d’un dialogue avec les autorités, après le rejet des candidatures de leurs leaders respectifs, Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo, à la présidentielle du 25 octobre 2025. Jusqu’alors, ces appels avaient donné lieu à des rassemblements isolés.
De son côté, le procureur Braman Koné a défendu la poursuite des investigations visant notamment Justin Koné Katinan. Selon le magistrat, en conférence de presse le 16 septembre dernier, les faits reprochés à ce responsable du PPACI au titre de la période électorale de 2025 ne sont pas prescrits. Il avait affirmé disposer d’éléments justifiant la poursuite des investigations et souligne que les infractions concernées peuvent relever d’un régime de prescription plus long.
« Le timing des politiciens n’est pas le mien », a-t-il soutenu, non sans assurer que les procédures judiciaires suivent leur propre calendrier. Justin Koné Katinan devra ainsi, selon lui, répondre des faits qui lui sont reprochés, indépendamment du contexte politique.
Le procureur avait déjà haussé le ton en octobre 2025, au plus fort des tensions électorales. Il avait alors averti les manifestants que « le parquet aura la main lourde lors de nos perquisitions. Le 11 octobre 2025, ce n’était pas une simple marche. Depuis l’interdiction de la marche du 11 octobre 2025, certains acteurs politiques, dont Damana Adia Pickas, ont appelé à l’insurrection populaire et au renversement des institutions de la République. (…) ces attroupements ont occasionné, en divers endroits du territoire national, des actes de violence portant atteinte à la sécurité nationale. Ces infractions ne resteront pas impunies. Tous leurs auteurs, complices et commanditaires, quelle que soit leur qualité, seront recherchés, interpellés et jugés conformément aux dispositions légales ».
Cette fermeté judiciaire intervient dans un contexte marqué par un lourd bilan humain et matériel. Réuni le 13 novembre 2025, le Conseil national de sécurité avait dressé le bilan des troubles survenus pendant la présidentielle, faisant état de 11 décès, de 71 blessés, d’importants dégâts matériels et de 1 658 interpellations.
L’histoire électorale récente de la Côte d’Ivoire reste marquée par des épisodes particulièrement meurtriers. La crise postélectorale qui avait suivi le second tour de la présidentielle de 2010 avait fait près de 3 000 morts. En 2020, les tensions liées à la présidentielle avaient également causé la mort d’une centaine de personnes.
Face à cette succession de violences, les autorités judiciaires entendent désormais établir les responsabilités et sanctionner les auteurs des infractions qui seront établies.
Marc Dossa