Le ministère de l’Agriculture, du développement rural et des productions vivrières a annoncé, dans une circulaire en date du 28 mars 2026, la présence en Côte d’Ivoire de la souche ougandaise du virus de la mosaïque du manioc de l’Afrique de l’Est (EACMV-Ug), une maladie jugée particulièrement agressive pour cette culture importante.
Selon le document consulté par nordsud.info, la contamination a été confirmée dans la zone Ouest du pays. Cette maladie virale, qui se propage principalement à travers les boutures infectées et certaines pratiques culturales, représente une menace majeure pour la production nationale de manioc, les revenus des producteurs et, plus largement, la sécurité alimentaire.
Les autorités agricoles rappellent qu’en Ouganda, dans les années 1990, ce virus avait provoqué un effondrement spectaculaire de la production, passée de 3,5 millions à 0,5 million de tonnes par an. Cette chute avait entraîné une crise alimentaire sévère, accompagnée de pertes économiques considérables et d’une famine aux conséquences dramatiques.
En Côte d’Ivoire, où le manioc constitue l’une des principales cultures vivrières, une telle situation pourrait avoir des répercussions directes sur la consommation de attiéké, aliment de base largement consommé dans les ménages. Une baisse significative de la production entraînerait une raréfaction de la matière première, susceptible de provoquer une hausse des prix de l’attiéké, une diminution de son accessibilité et une pression accrue sur les habitudes alimentaires des populations.
Au-delà de l’attiéké, c’est toute la chaîne de valeur du manioc – transformation artisanale et industrielle, commercialisation et emplois associés – qui pourrait être affectée. Les producteurs, en particulier, s’exposent à des pertes de rendement importantes, compromettant leurs revenus dans un secteur déjà vulnérable.
Face à l’absence de traitement curatif, le ministère mise sur des mesures préventives strictes. Il interdit notamment tout prélèvement et transport de boutures de manioc en provenance des zones infestées de l’Ouest, ainsi que les échanges, formels ou informels, entre producteurs. Les structures techniques, dont l’ANADER et les organisations interprofessionnelles, sont mobilisées pour assurer la diffusion et l’application rigoureuse de ces dispositions.
Les autorités appellent ainsi à la vigilance et à la responsabilité de l’ensemble des acteurs de la filière afin de contenir la propagation du virus et préserver le potentiel de production du manioc, pilier de l’alimentation ivoirienne.
Pour rappel, la Côte d’Ivoire est un acteur majeur de la production de manioc en Afrique de l’Ouest, avec une récolte atteignant 8,4 millions de tonnes en 2024, en hausse de 31,25 % depuis 2020. Cette filière stratégique, pilier de la sécurité alimentaire, est fortement valorisée en attiéké et génère 12,4 % du PIB agricole.
MD