Gnagna Zadi, leader syndical : « Il faut ouvrir les débats sur la prime »

Gnagna Zadi regrette la tournure prise par les élections à la MUGEFCI.

Gnagna Zadi Théodore est le président de la Confédération syndicale, plateforme nationale des travailleurs de Côte d’Ivoire (CSPN). Dans cette interview, il revient sur les élections à la Mutuelle générale des fonctionnaires et agents de l’Etat de Côte d’Ivoire (MUGEFCI).

Quelques semaines après l’élection de la MUGEFCI, quel bilan faites-vous de cette bataille électorale ?

J’aimerais signaler que la question de la MUGEFCI n’est pas une question nouvelle pour nous. J’ai été membre de l’assemblé générale de la MUGEFCI et je peux dire que j’ai participé, en tant qu’acteur, aux réformes de cette structure. Tout le monde se souvient bien qu’en 2011 et 2012, c’est mon groupe qui a mené le combat pour que les réformes soient faites et qu’on arrive à ‘‘un mutualiste une voix’’, et qu’on arrive à ce type d’élection qui se déroule depuis 2012-2013. En 2017, j’avais soutenu le camarade Soro Mamadou, je n’avais pas été candidat direct. En 2021, j’ai été candidat. Nous avons eu 48 délégués, c’est-à-dire la deuxième force de l’assemblée générale. Donc cette année, il était normal qu’on y aille. Mais après analyse de la situation générale et vu nos engagements par ailleurs, les camarades et moi avons convenu de ne pas être candidats directement, mais de soutenir un des camarades en liste. Il y a eu des tractations çà et là, mais ce qu’il faut noter, c’est que ces élections ont été une véritable honte. Je doute fort que le conseil qui en est sorti soit très fière d’avoir gagné de cette façon. En 2021, au moins, nous étions opposés, il y avait une certaine légitimité. Hélas, cette année on a coupé des têtes pour permettre à un groupe de rempiler sans coup férir. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Je ne suis pas déçu, je suis resté sans mot au vu de l’implication trop forte d’une certaine administration qui a voulu créer les conditions pour que quelqu’un soit à la tête de la MUGEFCI. Nous sommes des camarades, on se connait, on aurait pu nous laisser nous affronter, plutôt que de jeter certains à la poubelle.

Regrettez-vous d’avoir fait alliance avec Bli Blé ?

Je n’ai aucun regret. Gnagna Zadi ne fait jamais rien au hasard. C’est après analyse de la situation que nous avons fait ce choix. Je suis même content que les choses se soient passées ainsi et que tout le monde ait vu que c’est la peur qui a amené nos adversaires à créer toute cette mascarade. J’aurais pu être candidat moi-même, mais des camarades ont estimé qu’il fallait qu’on se mette ensemble pour un front plus large. C’est une alliance de la base, pas une alliance du sommet. Dans toutes les régions, nos camarades du groupe MUR se retrouvaient dans les mêmes conditions que ceux qui soutenaient le camarades Bli Blé David et ils ont demandé qu’il n’y ait pas de confrontation.

« Pourquoi je me suis allié à Bli Blé pour les élections à la MUGEFCI »

C’est quoi la suite pour vous ?

Notre alliance est circonstancielle, la MUGEFCI, c’est tous les 4 ans. Il y a les combats syndicaux, nos vies personnelles, etc. Que les gens sachent que la MUGEFCI ne me nourrit pas tous les jours. Quand le moment viendra une prochaine fois, nous ferons des analyses et nous prendrons des décisions.

Les fonctionnaires se soignent-ils mieux avec la MUGEFCI ?

Si les gens se soignaient mieux, on aurait moins de mutuelles complémentaires autour de la MUGEFCI. Il n’y a qu’à regarder comment les fonctionnaires s’organisent pour combler le vide créé par la MUGEFCI. Aujourd’hui, cette mutuelle ne comble pas l’entièreté des besoins en matière de prise en charge sanitaire des fonctionnaires et, c’est pour cela que les fonctionnaires s’organisent pour créer des mutuelles sociales complémentaires. Nous avions un programme pour améliorer la situation. Nous aurions mis par exemple l’accent sur la création des activités génératrices de revenus pour accroitre les ressources et les injecter dans les structures de santé. Comment pouvez-vous imaginer que la MUGEFCI n’ait qu’un seul centre de santé situé au Plateau, depuis des lustres ? Un centre de santé donné par l’Etat.

On parle beaucoup de la Couverture maladie universelle (CMU), est-elle pour vous une réelle alternative dans la prise en charge sanitaire ?

La CMU est une politique globale, demandée par les travailleurs à travers le Bureau international du travail. Pour nous, c’est un processus qui va s’améliorer au fur et à mesure. La loi sur la CMU est entrée en vigueur à partir de 2019. Petit à petit, les choses vont se mettre en place. En 2015, quand la CMU a été rejetée partout, nous avons été l’une des premières organisations à accepter de l’accompagner. En tant que fonctionnaire, nous avons la MUGEFCI et d’autres mutuelles complémentaires, certes, mais nous avons des parents qui comptent sur nous, une famille élargie. Avec la CMU, ces personnes auront des cartes qui vont réduire la pression sur les finances des fonctionnaires. La CMU va aider l’Etat à investir dans le domaine de la santé. Tous les acteurs doivent s’impliquer dans sa réussite.

Vous êtes impliqué dans la résolution de la question de la prime. Le dossier avance-t-il ?

Le 31 décembre 2025, sous la promesse d’une étude faite, les résultats ont été déposés au ministère d’Etat, ministère de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration. Mais jusque-là, nous attendons qu’on ouvre les débats, pour que nous puissions regarder dans le dossier, pour voir quelles sont les propositions qui ont été faites. Aucun chronogramme n’a encore été établi. On ne sait pas si le gouvernement va regarder à l’intérieur du dossier et prendre des décisions de façon unilatérale ou bien ouvrir des échanges. Dans ce dossier, il faudra également examiner la question des avantages liés au décrochage acté en 76 et qui, au fil des années, a créé un gap de 1000 points d’indices, avec les revalorisations, les primes accordées aux uns et aux autres, etc. Cela doit être corrigé.

« MUGEFCI : je suis content que les choses se soient passées ainsi »

Combien de centrales syndicales existe-t-il aujourd’hui en Côte d’Ivoire ?

Il y en a 6. Avant 2019, plusieurs organisations se proclamaient centrales syndicales. Mais, le gouvernement a fait un travail technique, pour voir qui respectait les conditions. Seulement six ont été retenues. Nous avons la centrale Dignité, la FESACI, Humanisme, la Plateforme nationale que nous sommes, l’UGTCI et l’UNATRCI. La loi dit qui est centrale et la loi dit aussi qui peut négocier avec le gouvernement. Pour négocier avec le gouvernement, il faut être représentatif. La loi complète en disant que la représentativité est déterminée par l’élection professionnelle. Donc, le processus devait s’achever par une élection professionnelle, afin que 5 des 6 centrales soient choisies pour discuter avec l’Etat. Le processus électoral avait commencé en 2019 puis s’est brusquement arrêté. Mais, au lieu de permettre aux 6 centrales de discuter avec l’Etat, jusqu’à ce qu’une élection ait lieu, l’Etat a décidé de travailler avec les 5 anciennes centrales. Comme la plateforme nationale est la nouvelle, elle a été mise de côté. Depuis, nous demandons l’élection professionnelle en vain.

Qu’est-ce qui bloque, selon vous ?

Nous l’ignorons, nous ne sommes que six candidats. On s’attendait à plus de centrales, mais aucune autre ne respecte les critères. Alors, pourquoi ne pas reconnaître les six centrales, en attendant que les élections professionnelles aient lieu ? Il faut réparer cette injustice. La Plateforme nationale prend part déjà aux discussions, nous sommes à l’origine de la trêve sociale, mais quand il s’agit de bénéficier des avantages, nous sommes mis de côté.

Interview réalisée par Raphaël Tanoh

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