Lutte contre la corruption: Jusqu’où ira Ouattara ?

C’est l’un des axes majeurs dans la nouvelle vision du chef de l’Etat, ‘‘Côte d’Ivoire solidaire’’ : la lutte contre la corruption. Mais cette guerre requiert d’énormes sacrifices que beaucoup ne peuvent supporter. À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption, ce 9 décembre 2021, où en sommes-nous dans la lutte contre ce fléau ?  

Le dernier rapport de Transparency International sur l’indice de perception de la corruption (IPC) a laissé les Ivoiriens un peu…perplexes. Classée 20ème parmi les pays africains, la Côte d’Ivoire a perdu en réalité 3 places, par rapport au rapport IPC 2020. Soit, 104ème sur le plan mondial. Les Seychelles occupent la première place dans ce classement africain. Le Rwanda, devenu un modèle pour le continent, pointe à la 4ème place, tandis que le Soudan ferme la marche. À noter que le Sénégal, le Burkina Faso, le Ghana dament le pion au géant ouest-africain qu’est la Côte d’Ivoire. Après une ‘‘remontada’’ au forceps, durant ces deux dernières décennies de crise, le pays stagne depuis quelques années, dans le ventre mou du classement. Il faut se rappeler qu’en 2013, par exemple, la Côte d’Ivoire occupait la 136ème place de l’IPC sur 177. À bout de souffle ?  

Investigations

Ce sera au prochain classement IPC de le dire. Mais, le monde entier a les yeux rivés sur la politique anti-corruption lancée par le chef de l’Etat ivoirien depuis sa troisième mandature. En effet, un vent de répression souffle sur Abidjan.  Le 24 juin dernier, le gouvernement annonçait la suspension de six responsables de quatre sociétés d’Etat. Une mesure qui intervenait après des investigations préliminaires sur la gouvernance de certaines sociétés.

Pour sa part, le ministre de la Promotion de la bonne gouvernance, du renforcement des capacités et de la lutte contre la corruption, Epiphane Zorro Bi Ballo, vient d’épingler plusieurs secteurs publics pour corruption, dans un rapport. Le transport, la sécurité, la santé, l’éducation nationale. Les personnes concernées feront face à la justice.

Diagnostic

Un diagnostic qui crédibilise encore plus le dernier rapport de l’Afro baromètre sur la corruption dans les services ivoiriens. «Le phénomène est si ancré dans nos habitudes que le seul remède reste la volonté politique», note Drissa Traoré, le président du Mouvement ivoirien des droits humains (Midh).

Jusque-là, la principale difficulté dans cette guerre a été l’implication de ceux-là même qui sont censés combattre la gangrène. Les politiques. Mais, des directeurs de sociétés d’Etat ont récemment été demis de leur fonction à la suite d’une série d’audits.

Après de nombreuses années passées à effleurer le problème, le chef de l’Etat semble foncer dans la fourmilière. Alassane Ouattara montre sa détermination à se dresser contre ce fléau, quoi que cela lui en coûte en termes d’estime dans ses propres rangs. Selon le Premier ministre Patrick Achi, les résultats des audits seront connus au fur et à mesure, de tous les Ivoiriens. Et les coupables répondront de leurs actes. De leurs actes ? Au dire du Midh, pour l’instant, on note l’absence de sanctions pénales à l’encontre de certains responsables dont la gestion a été publiquement dénoncée par les derniers audits. «Il faut aussi que les personnes reconnues coupables de corruption soient traduites devant la justice, quel que soit leur bord politique», indique Drissa Traoré. Ce sera, pour Alassane Ouattara l’ultime pas à franchir pour crédibiliser aux yeux du monde sa politique anti-corruption.  

Raphaël Tanoh

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