Par ignorance, insouciance ou par dénuement, à en croire la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), certaines populations vivent, exercent leurs activités économiques dans des zones contiguës aux lignes hautes tensions. Des situations qui présentent de hauts risques d’électrocution (lorsque le courant vous traverse le corps et la personne en décède), d’électrisation (lorsque le courant vous traverse le corps et que vous ne mourrez pas), d’incendie et tutti quanti. Pour faire prendre conscience aux populations sur les dangers et pour le bon exercice de ses activités, la CIE a mené ce jeudi 25 novembre dans plusieurs secteurs d’Abidjan une campagne de sensibilisation. L’objectif est : Zero accident d’origine électrique. Selon l’opérteur énergétique, l’occupation anarchique des couloirs de lignes de hautes tensions représente 22% des accidents d’origine électrique. Après un briefing, en compagnie du directeur de la communication, Dominique Calixte et Soumahoro Amara, directeur en charge de la securite à la CIE, dans l’enceinte d’un local de la CIE sis à Treichville, la caravane s’’est rendue sur le terrain. De Treichville Abattoir à Abobo UTD derrière l’Université Nangui Abrogoua en passant par Agban Lycée technique, les journalistes ont constaté de visu qu’à certains endroits le phénomène est alarmant.
Treichville Abattoir. Les éleveurs et commerçants de bétail sont à la tâche, les différentes enceintes des pylônes (puissance électrique : 90.000 volts. Hautes tensions B) sont utilisées comme enclos, les habitations de fortune attenantes aux lignes hautes tensions pullulent. «Comme la nature a horreur du vide, les populations s’installent quand elles voient une telle zone libre. (..) Or, l’activité humaine, tout ce qui est urine de ces bêtes, etc. vont attaquer et ensevelir les pieds des pylônes. Ce qui accélère l’oxydation et livre le pylône à la rouille dès la base. Au fil du temps, il va céder et s’écrouler. Quand il s’écroule, il entraîne les pylônes qui lui sont mitoyens. Et comme l’électricité est dans le fil, en tombant ça peut être source d’accident», explique Vazoumana Diomandé, sous-directeur des opérations à la CIE. De fait, outre les relents sur les populations, un incident sur cette ligne de haute tension, qui vient de Vridi, mettrait en péril la desserte de la fourniture en électricité à Koumassi, par exemple. Pis, la durée d’intervention de la CIE face à un tel incident s’amplifierait du fait de la nécessité d’alerter et d’évacuer au préalable les populations qui occupent les emprises. En sus, le laps de temps du dépannage se décuplera d’autant qu’il faut réparer le pylone endommagé et les autres pylônes interconnectés et entrainés par ricochet dans la chute de l’un d’eux. De toute évidence, consécutivement à l’interconnexion de toutes les lignes électriques, la rupture d’électricité peut toucher plusieurs zones.
Détour à Agban Lycée technique. C’est le même spectacle. Par centaines, des ateliers d’ébénisteries sont installés sous des pylones (puissance électrique : 15. 000 volts) localisés en bordure de la voie. Ali Sanogo, l’un de ces derniers, se justifie. «On sait que c’est dangereux mais on n’a pas le choix. C’est ici qu’on se débrouille pour vivre. On paie les taxes et tout. En tout cas, si on a un autre endroit plus sécurisé, on est prêt à se délocaliser», assure-t-il.
Abobo UTD derrière l’Université Nangui Abrogoua. Ce quartier populaire de la commune d’Abobo est intégralement traversé par des lignes de hautes tensions. De visu, le constat est implacable, un incident sur l’une de ses installations aurait des conséquences désastreuses sur les habitants. Malgré tout, aucune issue de secours n’est envisagée par les habitants. La cinquantaine révolue, une femme lève le voile sur leurs situations. «Ça ne nous plait pas de vivre ici. On a peur. Mais c’est par manque de moyens qu’on y est», nous répond-elle.
La CIE enfourche son bâton de pèlerin, unique arme à sa portée. Interrogée sur leur marge de manœuvre en vue de juguler le phénomène qui s’étend sur la quasi-totalité des 8000 km de réseau électrique, la CIE explique que son cahier de charges d’exploitant du réseau électrique de l’Etat ne lui permet nullement de déguerpir des populations. L’unique arme dont elle dispose est donc la sensibilisation et la collaboration avec les institutions dotées du pouvoir d’intervention. «La force publique est en train de nous donner ces éléments. Il y a un décret d’application en cours de préparation sur le code de l’électricité de 2014 qui pénalisera l’exploitation de ces espaces non-constructibles. Et qui précisera la question», indique Amara Soumahoro, directeur adjoint en charge de la sécurité à la CIE.
La norme. Les distances de sécurité à respecter sont les suivantes : HTA (15 kV ou 33 kV) : 7 mètres de part et d’autre de la ligne. HTB (90 kV) : 15 mètres de part et d’autre de la ligne. HTB (225 kV): 18 mètres de part et d’autre de la ligne , explique la CIE.
«Avant la séance d’aujourd’hui, nous avons fait la sensibilisation avec la population les leaders d’opinion, associations de jeunes, avec les directions régionales de la distribution. Aujourd’hui nous passons à une autre étape avec la presse. Pour que tout le monde comprenne naturellement que l’exploitation de ces endroits expose les populations à des dangers et représente des difficultés en termes d’exploitation, d’accès à nos ouvrages et de réactivité de nos équipes. Nous voulons donner l’électricité sans faire de victime», a conclu, Soumahoro Amara, au cours du point-presse d’après visite.
Charles Assagba