Prostitution ou trafic d’êtres humains: Fléaux en expansion

Une prostituée parle avec un client.

En Côte d’Ivoire, la prostitution n’est pas condamnée par la loi. Le racolage, le proxénétisme, oui. Mais, la brigade mondaine fait face à d’autres types de menaces.

Le 10 mars dernier, la police a mis aux arrêts un couple de gérants de maquis à Angré-Château à Abidjan. Après avoir fait venir 5 jeunes filles de Jacqueville, le couple les a obligées à se prostituer. Devant le refus de ces dernières, elles ont été séquestrées. Le plan est mis en échec quand l’une d’elles réussit à s’échapper. Nous rencontrons ce vendredi 18 mars 2022, à la brigade mondaine, l’un des officiers qui a participé à cette opération. Bien avant cette affaire, dit-il, la brigade a enquêté et mis aux arrêts de nombreux couples qui faisaient venir des jeunes filles dans la capitale afin qu’elles se prostituent.

Proxénétisme

Ce vendredi, par ailleurs, ils sont sur la piste d’une supposée proxénète, que nous appellerons madame Sainte-Simone. Il y a quelques années, madame Sainte-Simone a rencontré la jeune Mariam qui vendait des articles divers au marché. Madame Sainte-Simone lui dit que si elle désire porter des vêtements chics comme elle, être soignée et enviée, alors elle a un « travail » à lui proposer. C’est ainsi que Mariam la suit. «Elle l’a amené chez elle. Et une fois là-bas, elle lui a dit, ‘‘voilà ce que je fais comme travail : la prostitution. Tu peux gagner jusqu’à 30.000 FCFA par jour’’. La jeune Mariam qui ne voyait pas une telle somme tout le mois, n’a pas pu résister.

« En retour, la proxénète lui a demandé de lui reverser la moitié de ce qu’elle gagne tous les jours», explique l’officier à qui Mariam est venue se confier.

 Les premiers mois, puis les premières années, la jeune Mariam a trouvé là une opportunité de faire de l’argent facile. Jusqu’à ce qu’elle rencontre un homme qui tombe amoureux d’elle. Ce dernier l’a poussée à quitter le milieu. D’ailleurs, il est là, ce vendredi 18 mars à la brigade mondaine, avec Mariam. Le problème, c’est que la proxénète n’a pas aimé que son gagne-pain se fasse la malle. Alors elle est allée la menacer chez elle.

À son tour, Mariam est venue déposer une plainte. Et la police se prépare à faire une descente sur les lieux pour arrêter madame Sainte-Simone.

Réseau de proxénètes

Le proxénétisme a pris une telle ampleur à Abidjan, selon la brigade mondaine, qu’il est impossible de le circonscrire. C’est une hydre. Il y en a de toutes les formes. De plus en plus de réseaux se créent. «Ce à quoi nous avons affaire, aujourd’hui, c’est le trafic d’êtres humains», prévient l’officier de la brigade mondaine. Ce qui a été vu en 2019, d’après lui, n’était que la face visible de l’iceberg. Cette année-là, la police a démantelé un réseau de proxénètes qui avait fait venir 5 jeunes filles du Nigéria dans le but de travailler. Sauf qu’une fois sur place, elles ont été séquestrées, débarrassées de leurs téléphones, et obligées à se prostituer à Adjahui, Port-Bouët, où se trouve l’un de ghettos de prostitution. Le pot aux roses est découvert après que l’une des victimes a réussi à s’échapper.

Les zones touchées

D’après la police, les réseaux sur lesquels ils tombent viennent majoritairement du Nigéria. Un groupe fait venir les filles, un autre groupe les réceptionne ici. On leur fait croire qu’elles viennent pour avoir une meilleure vie. Mais une fois sur place, leur calvaire commence. La barrière linguistique les empêche de s’extirper facilement de ce piège. «Pour éviter toute tentative de se sauver, on leur prélève des cheveux, des ongles, etc., et on les ensorcelle, avec des rituels qui ont l’air crédibles. Les filles y croient et elles restent dociles, sous la supervision d’un couple qui se charge de les prostituer dans le ghetto, jusqu’à ce qu’elles remboursent leur valeur en argent. Après cela, elles sont libres. Mais, comme c’est un réseau, elles vont à leur tour encadrer les nouvelles filles qui viendront», relate l’officier qui a enquêté sur la pratique.

Aujourd’hui, ce sont les zones d’orpaillage qui sont devenues leur lieu de prédilection, au dire de la brigade mondaine. Les zones de Séguéla, Boundiali, Katiola, Tengrela. «Vu qu’Abidjan est de plus en plus surveillée, il se sont déportés dans ces zones pour opérer», indique notre hôte. Très peu équipée, hélas, la brigade mondaine ne peut pas quadriller tout le territoire national. 

Trafic d’êtres humains

Des situations qui ont poussé au sein de la police à former les agents de la brigade mondaine. Car, cette histoire n’était pas seulement un cas de proxénétisme, mais aussi de trafic d’êtres humains. «Qualifier un cas de trafic d’êtres humains revient à prendre en compte plusieurs éléments. Comme, le transport de personnes d’un point A à un point B, par des moyens détournés, des contraintes, la tromperie, à des fins d’exploitation, de trafics d’organes, de prostitution. Aujourd’hui, il y a de nombreux cas de proxénétisme que nous pouvons qualifier de trafic d’êtres humains, grâce à une formation que nous avons reçue en 2020», indique notre informateur. Ce sont des faits qui peuvent aller chercher entre 5 à 10 ans de prison fermes.

Mais il faut encore faire sauter les barrières juridiques. En effet, selon la police, une affaire de proxénétisme portée devant les juridictions est plus vite jugée qu’une affaire de trafic d’êtres humains. Parce que dans le deuxième cas, les enquêteurs éprouvent beaucoup de mal à apporter des éléments de preuves. C’est d’ailleurs pour cette raison que de nombreux cas de trafic d’êtres humains sont requalifiés en faits de proxénétisme. Hélas, les peines ne sont pas les mêmes. Le proxénète écopera de 5 ans maximum.  

Raphaël Tanoh

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