Recensement de la population : Les pesanteurs qui minent l’opération

La ministre Kaba Nialé rassure les Ivoiriens sur la fin du recensement dans les délais.

Débutée le 8 novembre, l’opération de recensement général de la population et de l’habitat rencontre quelques difficultés. Qui sont prises en compte par la tutelle technique.

L’opération de Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph) a débuté le 8 novembre dernier, pour prendre fin ce 28 novembre 2021. Après 1975, 1988, 1998 et 2014, les Ivoiriens devront se familiariser à nouveau avec les agents recenseurs et leurs emblématiques chasubles. 28 500 agents recenseurs, 450 superviseurs et 36 coordonnateurs régionaux, sont répartis sur l’ensemble du territoire national. Cela, pour une opération qui coûtera 23,9 milliards FCFA. Soit, une hausse de près de 9 milliards, par rapport au recensement de 2014 qui tournait autour de 15 milliards FCFA. Le prochain recensement prévu dans environ dix ans pourrait encore coûter bonbon au contribuable.

Problèmes d’accessibilité

Ce qui ne constitue en rien une garantie pour fournir aux Ivoiriens des fichiers uniques, fiables et pérennes. Les agents recenseurs ont souvent du mal à bosser sur le terrain. Première difficulté : le difficile accès à certaines zones. C’est le cas, par exemple, à Sikensi, où les agents ont broyé du noir, pour pouvoir accéder à des villages comme Abiéhou ou Ellibou. «Les problèmes d’accessibilité de certaines localités sont en voie de résolution, avec la mise à disposition des agents, des motos et d’autres moyens de déplacement», a rassuré, lundi dernier, Kaba Nialé, ministre du Plan et du développement, chez nos confrères de Fraternité matin.

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Il n’y a pas que cela. Les populations sont toujours réticentes vis-à-vis des recenseurs. Et c’est un casse-tête pour la collecte des données. 

Kaba Nialé avance la sensibilisation, comme solution, avec l’implication des chefs religieux et autres leaders communautaires pour que tout le monde adhère au projet. Mais ce problème n’est pas seulement l’apanage des villes de l’intérieur. Au sein même de la capitale économique, certains refus frisent même le boycott pur et simple. Des agents affirment avoir été éconduits, devant certains domiciles.

C’est dans de telles conditions que les agents doivent faire leur travail. Un travail qui n’est pas toujours exempt de critiques. «Nous avons vu dans le dernier recensement qu’il y avait beaucoup d’insuffisances. Lorsque les agents arrivent dans les domiciles, il faut nécessairement prendre les informations avec le chef de famille et pas avec n’importe qui. Sinon, on va mal renseigner les fiches», explique Salif Coulibaly, adjoint au maire d’Attécoubé.

Lenteurs

Pour le moment, les primes de transport et de mise en route des agents recenseurs sont payées pour la quasi-totalité, rassure la ministre. «Sauf quelques-uns pour lesquels nous devons confirmer leurs numéros mobiles money», précise Kaba Nialé. Selon Marius Comoé, président du Conseil national des organisations de consommateurs de Côte d’Ivoire (Cnoc), l’accumulation des difficultés a entraîné la lenteur de l’opération. La population, à l’entendre, ne voit pas d’intérêt immédiat à participer à cette opération, ce qui est une erreur.

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L’inquiétude des Ivoiriens provient-elle de l’échec plus ou moins notable du dernier recensement de 2014 ? Rien n’est moins sûr. «Ce recensement, qui se tenait dans un contexte de sortie de crise, a été réalisé dans des conditions difficiles aux plans technique et socio-politique», a reconnu la ministre Kaba Nialé. Le Rgph 2014 a de ce fait montré, pour la ministre, «des insuffisances notables». Des insuffisances qui découlaient, d’après le gouvernement, des difficultés d’ordre logistique et financier «aggravées par le contexte socio-politique».

Ce dernier recensement, a souligné Kaba Nialé, tire les leçons de tout cela. Toutefois, pour les observateurs, parmi les leçons à tirer, il aurait mieux valu choisir et envoyer les agents recenseurs, dans localités qu’ils connaissent, afin d’éviter qu’ils soient dépaysés ou même qu’ils soient confrontés à des problèmes de logistiques.  

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Mais, il ne faut pas s’inquiéter, d’après Kaba Nialé. « L’opération sera bouclée à temps. (…) Les délais sont tenables. Au soir du 28 novembre 2021, toute la population devra être recensée», promet la ministre.

Raphaël Tanoh

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