Six ans après sa disparition, Amadou Gon Coulibaly continue de hanter la question de la succession au sommet du RHDP. Désigné par Alassane Ouattara pour incarner la relève générationnelle, l’ancien Premier ministre laisse derrière lui un héritage politique toujours vivant et le souvenir d’une transition brutalement interrompue.
Ce mercredi 8 juillet, comme chaque année, plusieurs cadres du RHDP ont honoré la mémoire d’Amadou Gon Coulibaly, six ans après sa mort brutale en pleine préparation de la présidentielle de 2020. À l’initiative de Mamadou Touré, ministre de la Promotion de la Jeunesse et président du conseil d’administration de l’Institut de formation politique Amadou Gon Coulibaly, une cérémonie a réuni responsables politiques et jeunes auditeurs autour de son héritage.
Dans son intervention, le ministre a présenté l’ancien Premier ministre comme le symbole d’une « école de pensée » fondée sur la rigueur, la loyauté, le sens du devoir, l’humilité et la recherche de résultats ; un modèle que le RHDP entend transmettre aux nouvelles générations. Le vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara a abondé dans le même sens, décrivant AGC comme représentant d’une génération de dirigeants pour qui la politique était un engagement au service exclusif de la nation, et non une conquête de privilèges.
Au-delà du devoir de mémoire, ces hommages rappellent la place singulière qu’occupait Amadou Gon Coulibaly dans l’architecture du pouvoir bâtie par Alassane Ouattara.
Trois décennies aux côtés de Ouattara
Leur collaboration remonte au début des années 1990, lorsqu’Alassane Ouattara, alors Premier ministre, le recrute comme conseiller technique. Après la disparition du président Houphouët-Boigny et le départ d’Alassane Ouattara au Fonds monétaire international à Washington, Amadou Gon Coulibaly reste l’un de ses plus fidèles compagnons. Il participe à la création du RDR en 1994, traverse les périodes de crise à ses côtés, et connaît même la prison sous le régime d’Henri Konan Bédié.
Pendant la décennie de crise militaro-politique, puis après l’accession d’Ouattara au pouvoir en 2011, il devient progressivement l’un des hommes les plus influents du régime : secrétaire général de la Présidence, puis Premier ministre à partir de janvier 2017. Technocrate réputé pour sa maîtrise des dossiers, il pilote les grands projets d’infrastructures, supervise le programme social du gouvernement et met en œuvre les priorités présidentielles.
Longtemps homme de l’ombre, il gagne en visibilité à mesure que se précise l’idée d’une transmission du pouvoir voulue par le chef de l’Etat, qui expliquera à plusieurs reprises avoir consacré des années à préparer son dauphin. En mars 2020, en le désignant candidat du RHDP à la présidentielle, le chef de l’État met fin aux spéculations sur sa propre candidature et résume leur lien en des termes rares en politique : « Amadou est plus qu’un collaborateur, plus qu’un frère ; c’est un fils. »
Victime de problèmes cardiaques, Amadou Gon Coulibaly est évacué en France au premier trimestre de 2020. De retour à Abidjan début juillet, il reprend ses fonctions de Premier ministre le 6 juillet. Deux jours plus tard, le 8 juillet 2020, il est victime d’un malaise en plein conseil des ministres et décède à 61 ans.
Le choc est immédiat, le RHDP perd son candidat désigné et Alassane Ouattara voit s’effondrer le plan de transmission patiemment construit. Contraint de revoir sa stratégie, il se porte finalement lui-même candidat à la présidentielle de 2020. Un scénario qui se répète cinq ans plus tard, lorsque son parti le sollicite de nouveau pour conduire le RHDP à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Entre-temps, le destin frappe une seconde fois en mars 2021, le régime Ouattara, avec le décès de Hamed Bakayoko, désigné Premier ministre après Amadou Gon Coulibaly et lui aussi présenté comme une figure majeure de la relève, quelques mois seulement après sa nomination.
Une succession toujours en suspens
Ces deux disparitions ont profondément modifié la question de la succession au sein du RHDP. Si plusieurs personnalités occupent aujourd’hui des positions de premier plan, aucune ne semble avoir acquis le statut qu’Amadou Gon Coulibaly avait construit auprès du président.
Six ans après sa mort, les cérémonies organisées en sa mémoire ne célèbrent donc pas seulement le parcours d’un ancien Premier ministre ; elles rappellent aussi celui qui devait incarner la première alternance générationnelle au sommet de l’État sous l’ère Ouattara, une transition interrompue par le destin, dont les effets continuent de peser sur la vie politique ivoirienne.
Marc Dossa