Alors que le PPACI reste confronté aux questions de succession et de leadership, Laurent Gbagbo tente de reprendre l’initiative avec son ‘’Pacte social’’. Une nouvelle offensive politique qui soulève davantage d’interrogations sur sa stratégie qu’elle n’apporte de réponses.
En avril 2025, Laurent Gbagbo lançait en grande pompe le mouvement citoyen ‘’Trop c’est trop’’, présenté comme une plateforme destinée à fédérer les mécontentements sociaux contre le pouvoir en place. Le président du Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (PPACI) invitait alors à rejoindre son initiative tous ceux qui avaient « quelque chose à déplorer » du régime.
Pour justifier cette mobilisation, l’ancien chef de l’État mettait en avant les difficultés quotidiennes des populations : la vie chère, le chômage des jeunes diplômés, les litiges fonciers ou encore les opérations de déguerpissement. « La vie est chère ! L’attiéké est devenu cher ! On t’arrache ton terrain ! Tu as des diplômes, mais tu n’as pas de travail ! On casse ta maison ! Trop, c’est trop ! », avait-il harangué, sans réussir à convaincre la majorité des Ivoiriens de s’associer à son projet. Quelques semaines plus tard, le 12 juin 2025, il prenait soin de préciser que ce mouvement n’avait aucune vocation insurrectionnelle mais constituait un simple « appel citoyen » et un « rassemblement pacifique ». Certainement pour tenter de rassurer ceux qui émettaient des doutes sur le bien-fondé de sa démarche.
Pourtant, la suite des événements a rapidement brouillé la lecture de sa stratégie politique. Alors qu’il avait choisi de rester en marge de la Coalition pour une alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAPCI), emmenée notamment par Tidjane Thiam et Simone Ehivet-Gbagbo, Laurent Gbagbo finit par conclure, quelques jours seulement après sa lettre ouverte aux Ivoiriens, une alliance politique avec le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), baptisée ‘’Front commun’’.
Cette évolution soudaine a suscité des interrogations. Difficile, en effet, de comprendre la logique consistant à refuser une coalition regroupant l’essentiel de l’opposition tout en s’associant ensuite avec l’une de ses principales figures. Plus encore, cette alliance n’aura été que de courte durée. Après leur exclusion de la liste électorale et leur impossibilité de participer à l’élection présidentielle, les divergences réapparaissent rapidement entre les deux formations.
Lorsque le PDCI décide de prendre part aux élections législatives du 27 décembre 2025, le PPACI choisit au contraire le boycott, estimant que les conditions d’un scrutin crédible ne sont pas réunies. Le Front commun vole alors en éclats, révélant les limites d’un rapprochement davantage dicté par les circonstances que par une véritable convergence stratégique.
Quelques mois plus tard, alors que la question de sa succession continue d’alimenter les débats au sein du PPACI, Laurent Gbagbo décide finalement de demeurer à la tête du parti, malgré les déclarations antérieures laissant entrevoir son retrait progressif de la vie politique active. C’est dans ce contexte qu’il dévoile aujourd’hui son « Pacte social », présenté comme une nouvelle étape de son engagement.
À travers sa sortie de ce jeudi 25 juin 2026, l’ancien président entend manifestement replacer au centre du débat les questions de justice sociale, de pouvoir d’achat et de libertés démocratiques. Mais cette nouvelle orientation soulève elle aussi des interrogations. Constitue-t-elle le prolongement de « Trop c’est trop » ? Remplace-t-elle le combat porté par le Front commun ? Traduit-elle au contraire la volonté de Laurent Gbagbo de rester l’acteur central de son camp politique ?
Autant de questions qui demeurent sans réponse claire. Toutefois, pour certains observateurs, ce ‘’Pacte social’’ pourrait surtout constituer une tentative de reprendre l’initiative politique à un moment où le PPACI est confronté à des tensions internes liées à la succession du fondateur du parti et à la préservation de son héritage politique, revendiqué notamment par son épouse, Nady Bamba.
Marc Dossa
