En prêtant serment le 8 décembre 2025, le président Alassane Ouattara a clairement voulu marquer une étape, dans son bail que le peuple vient de lui renouveler. Plus qu’un simple rituel prescrit par la Constitution, suivi par l’ensemble de ses compatriotes et des invités de marques, notamment les chefs d’Etat et de gouvernement ou leurs représentants, venus spécialement de l’étranger pour la cause, son discours d’investiture s’est présenté comme un contrat politique renouvelé, fondé sur des engagements forts et la reconnaissance lucide des défis qui attendent la Côte d’Ivoire au cours des cinq prochaines années.
Le premier engagement, central et récurrent, concerne la préservation de la paix et de la stabilité. Dans un environnement sous-régional fragilisé par les coups d’État, le terrorisme et les tensions transfrontalières, le président a fait de la sécurité un impératif stratégique. La lutte contre les menaces terroristes, y compris sous leurs formes nouvelles comme le cyberterrorisme, est posée comme une condition non négociable du développement. Ce choix traduit une volonté de ne pas dissocier croissance économique et sécurité nationale, dans un contexte où l’une ne peut survivre sans l’autre. C’est cet argument qui a d’ailleurs conduit les Ivoiriens à plébisciter le président du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) face à une certaine opposition qui ne rêve de que chaos.
Sur le plan économique, l’ex-directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI) s’est engagé, dans sa première adresse solennelle aux Ivoiriens, à franchir le cap de la transformation structurelle de l’économie ivoirienne. Après des années de forte croissance, l’enjeu, selon lui, n’est plus seulement de produire davantage, mais de produire autrement. La transformation locale des matières premières, le développement d’une industrie plus performante et l’émergence de champions nationaux figurent au cœur de cette ambition. Cet engagement répond à un défi majeur qui consiste à rendre la croissance plus résiliente, moins dépendante des chocs extérieurs et plus créatrice d’emplois durables.
Le locataire du Palais présidentiel a également insisté sur la souveraineté alimentaire, un thème devenu incontournable dans un monde marqué par les crises climatiques et géopolitiques. Moderniser l’agriculture, renforcer les chaînes de valeur locales et garantir la sécurité alimentaire ne relèvent plus du simple objectif sectoriel, mais d’un enjeu de stabilité sociale et politique. L’agriculture moderne et souveraine qu’il appelle de ses vœux, devra concilier productivité, durabilité et inclusion des jeunes.
Un autre engagement fort évoqué, concerne le capital humain. Les jeunes et les femmes sont explicitement placés au centre des politiques publiques, notamment dans les domaines de l’éducation, de la formation professionnelle, de la santé et de l’entrepreneuriat. Derrière cette priorité se cache l’ambition de transformer le dynamisme démographique ivoirien en véritable levier de développement et non en facteur de frustration sociale. La promesse est claire, mais sa réalisation exigera des réformes profondes et des résultats visibles.
Sur le terrain de la gouvernance, Alassane Ouattara a annoncé la poursuite des réformes des finances publiques, avec un accent mis sur la mobilisation des ressources internes et la rationalisation des dépenses. Cet engagement traduit la conscience des limites de l’endettement et la nécessité de renforcer l’autonomie budgétaire de l’État. Il pose aussi la question sensible de l’efficacité de l’action publique et de la lutte contre les dysfonctionnements administratifs.
Enfin, l’un des passages les plus significatifs du discours concerne la transmission générationnelle. En affirmant que ce mandat sera celui de la préparation d’une nouvelle élite politique, administrative et économique, le président reconnaît implicitement que le défi du renouvellement du leadership est devenu incontournable. Cet engagement, à forte portée symbolique, sera scruté avec attention, tant il touche à la maturité démocratique de la Côte d’Ivoire et à la crédibilité des institutions.
Au total, ce nouveau mandat du ‘’président de tous les Ivoiriens’’, s’ouvre sous le signe de la responsabilité. Les engagements sont clairs, les défis identifiés, les attentes élevées. Reste désormais la traduction de ces orientations en politiques publiques concrètes, mesurables et inclusives. Car au-delà des discours, c’est sur la capacité à tenir ces engagements que se jouera la portée historique de ce quinquennat.
Marc Dossa
