Le divorce est désormais consommé. Deux mois après la radiation d’Ahoua Don Mello du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPACI), l’ancien vice-président de la formation politique et son ancien mentor, Laurent Gbagbo, se livrent à une guerre d’usure où chaque camp tente d’affaiblir l’autre. Après plus de quarante ans de compagnonnage politique, ponctués d’alliances, de ruptures et de réconciliations, ces deux figures de la gauche ivoirienne ont engagé un bras de fer qui dépasse désormais les querelles personnelles pour s’étendre au contrôle de leurs réseaux militants.
Le dernier épisode de cette confrontation s’est joué autour d’une dizaine d’anciens responsables du PPACI qui ont choisi de rallier le projet politique porté par Ahoua Don Mello. L’ancien candidat à la présidentielle de 2025 a présenté ces défections comme le signe d’une dynamique favorable à la future formation souverainiste qu’il s’apprête à lancer. Une lecture aussitôt contestée par la direction du PPACI, qui a répliqué par un communiqué accusant son ancien dirigeant de travestir la réalité, en rappelant que la plupart des intéressés avaient déjà été relevés de leurs fonctions ou suspendus pour manquement à la discipline interne avant leur départ.
Cette passe d’armes par communiqués interposés illustre la profondeur de la fracture née autour de la stratégie adoptée par le PPACI à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025. Convaincu de la nécessité de préparer une solution de rechange face à l’inéligibilité persistante de Laurent Gbagbo, Ahoua Don Mello avait proposé que plusieurs cadres du parti déposent, à titre de « candidatures de précaution », leurs dossiers devant le Conseil constitutionnel. Une initiative rejetée par la direction du parti, qui y voyait une remise en cause de la ligne politique arrêtée autour de la candidature unique de l’ancien chef de l’État.
Cette divergence stratégique a précipité une rupture déjà latente. Suspendu dans un premier temps, Ahoua Don Mello a finalement été radié lors du premier congrès ordinaire du PPA-CI, organisé en mai 2026. Loin de mettre un terme à son engagement politique, cette exclusion a accéléré son émancipation. Après avoir transformé son équipe de campagne en noyau d’un futur parti souverainiste, il s’emploie désormais à fédérer autour de lui d’anciens cadres du PPACI et des personnalités issues d’autres sensibilités politiques.
Pour Laurent Gbagbo et son entourage, l’enjeu consiste désormais à contenir cette érosion interne tout en évitant que les départs successifs ne nourrissent le récit d’un affaiblissement du parti. Surtout que les critiques contre l’ex-chef de l’Etat, peuvent s’amplifier. Pour Ahoua Don Mello, au contraire, chaque ralliement est présenté comme la preuve qu’une nouvelle offre politique est en train de prendre forme.
Cette confrontation n’est pourtant pas inédite. Les relations entre Laurent Gbagbo et Ahoua Don Mello ont toujours oscillé entre fidélité, désaccords stratégiques et réconciliations. Dès les années 1990, les deux hommes s’étaient déjà opposés sur les orientations du Front populaire ivoirien (FPI), avant que Don Mello ne crée, en 1997, son propre mouvement, La Renaissance. Leur rapprochement interviendra quelques années plus tard, lorsque Laurent Gbagbo accède au pouvoir en 2000 et lui confie d’importantes responsabilités, notamment à la tête du BNETD puis au gouvernement. Plus de deux décennies après cette première rupture, l’histoire semble aujourd’hui se répéter, dans un contexte où chacun entend désormais incarner l’avenir d’une gauche ivoirienne plus divisée que jamais.
Marc Dossa
