Le Pôle pénal économique et financier a rendu, ce mercredi, un verdict particulièrement sévère dans le dossier KDS. Le directeur général de KDS Holding a été condamné à 20 ans de prison ferme, tandis que son entreprise écope d’une amende record de plus de 51 milliards de FCFA.
Le couperet est tombé ce mercredi 29 juillet 2026. Après plus de deux ans d’une affaire qui a ébranlé des milliers d’investisseurs ivoiriens, le Pôle pénal économique et financier (PPEF) sa sanction contre Koffo Doga Séverin, le patron de KDS Holding. Reconnu coupable d’escroquerie et de blanchiment de capitaux, le promoteur de la société de transport et de VTC a été condamné à 20 ans de prison ferme, assortis d’un mandat de dépôt immédiat. Son entreprise, KDS Holding, écope quant à elle d’une amende record de 51,19 milliards de FCFA, tandis que plusieurs dizaines de milliards de francs CFA devront être versés aux victimes.
Dans une salle d’audience particulièrement bondée, la présidente du tribunal a tenu, avant la lecture de la décision, à préciser les fondements juridiques du jugement. Elle a notamment rappelé que l’infraction la plus grave retenue contre Koffo Doga Séverin est l’escroquerie, tandis que le blanchiment de capitaux constitue l’infraction principale reprochée à la personne morale.
À l’issue des délibérations, le tribunal a reconnu Koffo Doga Séverin et son épouse, Attafoua Liliane Flore, actuellement en fuite, coupables d’escroquerie portant sur plus de 10,5 milliards de FCFA et de blanchiment de capitaux.
Les deux prévenus ont été condamnés à 20 ans d’emprisonnement ferme et à une amende de 10 millions de FCFA au profit de l’État. Présent à l’audience, Koffo Doga Séverin a été immédiatement placé sous mandat de dépôt. Les gendarmes lui ont passé les menottes avant de le conduire en détention. À l’encontre de son épouse, le tribunal a décerné un mandat d’arrêt.
En revanche, Khalil Al Heloun, employé de KDS poursuivi pour blanchiment de capitaux, a été relaxé, le tribunal estimant que les éléments produits ne permettaient pas de retenir sa culpabilité.
Au-delà des condamnations pénales, le PPEF a infligé une sanction financière exceptionnelle à KDS Holding. La société a été condamnée à verser 51 192 247 500 FCFA à l’État, au titre des infractions retenues contre la personne morale.
Le tribunal a également prononcé plusieurs peines complémentaires contre les principaux condamnés. Pendant trois ans, Koffo Doga Séverin et son épouse se voient interdire de quitter le territoire national. Ils sont également privés de leurs droits civils et politiques durant la même période.
Pour les six prochaines années, ils ne pourront ni diriger une entreprise, ni exercer une fonction publique. S’y ajoutent l’interdiction d’émettre des chèques, d’utiliser des cartes de paiement, ainsi que celle de détenir ou porter une arme soumise à autorisation.
Le jugement prévoit également une vaste opération de confiscation des avoirs attribués à KDS et à son dirigeant. Sont notamment concernés plusieurs terrains situés à Cocody-Riviera Akouédo, Palmeraie et Bonoumin, ainsi que les soldes créditeurs de plusieurs comptes bancaires ouverts dans deux banques. Le tribunal a également ordonné la confiscation de 916 véhicules saisis, dont 562 ont déjà été retrouvés, ainsi que de tous les autres biens meubles et immeubles appartenant à KDS qui pourraient être identifiés au cours des investigations, les recherches restant en cours.
Le jugement ouvre également la voie à l’indemnisation d’une partie des victimes. Le tribunal a toutefois établi une distinction entre les différentes organisations de souscripteurs. Seule la Fraternité ivoirienne pour l’entente et la renaissance (FIER), régulièrement constituée, bénéficie d’une reconnaissance collective. Ses 528 membres obtiennent 4,25 milliards de FCFA de dommages et intérêts. Les autres regroupements n’ayant pas accompli toutes les formalités administratives, leurs membres devront être indemnisés individuellement. C’est notamment le cas des 777 membres de la FECOS, auxquels sont attribués 6,27 milliards de FCFA, des 1 752 ex-agents de KDS, qui se voient reconnaître un préjudice de 8,39 milliards de FCFA, ainsi que de 98 militaires, bénéficiaires d’environ 726,58 millions de FCFA. Les dossiers des étudiants victimes sont également pris en compte à titre individuel.
En revanche, les personnes ayant déjà obtenu réparation devant le tribunal de commerce ne pourront prétendre à une nouvelle indemnisation devant le PPEF.
Ce verdict met un terme à l’un des plus importants dossiers de délinquance économique de ces dernières années en Côte d’Ivoire.
L’affaire KDS trouve son origine dans un modèle d’investissement proposé par KDS Holding. L’entreprise invitait des particuliers à financer l’acquisition de véhicules destinés à son activité de transport et de VTC, en promettant des rendements particulièrement attractifs. Les autorités ont toutefois estimé que ce système constituait un appel public à l’épargne exercé sans autorisation, ouvrant la voie à des poursuites pour escroquerie et blanchiment de capitaux.
Interpellé en juin 2024 puis placé sous mandat de dépôt, Koffo Doga Séverin était poursuivi devant le Pôle pénal économique et financier, juridiction spécialisée dans la répression de la grande criminalité financière, de la corruption et du blanchiment de capitaux. Les réquisitions du parquet, qui demandaient déjà 20 ans de prison ferme ainsi que des sanctions financières de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, ont finalement été suivies dans leurs grandes lignes par le tribunal.
Marc Dossa