Après les élections de 2025 : PPACI, vent de révolte dans la galaxie Gbagbo

Les stratégies de Laurent Gbagbo, de plus en critiquées dans sa famille politique.

Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI) traverse en ce moment une zone de fortes turbulences. À la faveur des auditions engagées par le Conseil de discipline contre plusieurs cadres jugés « indisciplinés », des voix de plus en plus audibles et discordantes s’élèvent au sein de la formation politique dirigée par Laurent Gbagbo. Une situation qui met en lumière des fractures internes, sur fond de divergences stratégiques après la présidentielle et les législatives de 2025.

Sept mois après la présidentielle et cinq mois après les législatives boycottées du 27 décembre 2025, la direction du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI) a décidé de passer à l’offensive. Dans son viseur, les cadres qui ont mis à mal la ligne de leur parti, notamment ceux qui ont pris part aux élections en dépit des mots d’ordre officiels ou non clairement exprimés.

Parmi les premiers à être auditionnés, Ahoua Don Mello. L’ancien vice-président du PPACI paie le prix de sa candidature à la présidentielle, qu’il avait lui-même qualifiée de « candidature de prudence », destinée à éviter une politique de la chaise vide en cas d’invalidation de la candidature de Laurent Gbagbo.

En dépit du tollé en interne suscité par sa proposition, il avait franchi le Rubicon, provoquant son limogeage de la direction de son parti, le 31 juillet 2025, quelques heures seulement après l’annonce de sa candidature.

Don Mello ne désarme pas

Toutefois, après son audition, Ahoua Don Mello reste droit dans ses bottes. Multipliant les sorties médiatiques, il conteste toute indiscipline et assume sa posture. « De boycott en boycott, nous irons inexorablement vers la disparition du PPA-CI (…) Suis-je un indiscipliné ? Moi, je ne plaide pas coupable », rembarre-t-il sur le plateau de NCI ce dimanche 19 avril 2026. Il estime avoir agi dans l’intérêt du parti et de ses militants et se portant candidat à la présidentielle du 25 octobre 2025. À ses yeux, l’absence de Laurent Gbagbo sur la liste électorale définitive imposait une réévaluation de la stratégie, afin d’éviter un effacement politique du PPACI.

Cependant, la véritable onde de choc est venue de Stéphane Kipré. Ancien numéro deux du PPACI et ex-gendre de Laurent Gbagbo, longtemps considéré comme un pilier intouchable de la galaxie, il a lui aussi été rattrapé par les représailles après sa participation aux législatives.

Dans un mémo adressé au Conseil de discipline et qui aurait fuité, il défend ses sacrifices pour le rayonnement du PPACI. Tout en réaffirmant son attachement au parti, il critique le choix du boycott, qu’il juge « ni la meilleure, ni la bonne » décision.

« A l’appel du président Laurent Gbagbo, mes camarades et moi avons dissous notre ancien parti, afin de participer à la création du PPACI, dont je suis membre fondateur. Dès sa création et dans le cadre de l’exercice des fonctions qui étaient les miennes, j’ai toujours mis mon énergie, mon temps et parfois ma sécurité personnelle au service de son implantation, de son rayonnement et de la défense de ses idéaux. Mon engagement n’a jamais été théorique. Il s’est constamment traduit par des missions de terrain, des sacrifices personnels, ainsi qu’une implication constante dans la vie et les combats du parti », rappelle-t-il, comme pour souligner que sa position au sein du PPACI est bien mérité. Puis, il a mis en avant le bien-fondé de sa candidature aux législatives de décembre dernier.

S’appuyant sur une ancienne déclaration de Laurent Gbagbo lui-même – appelant à ne plus manquer d’élections – le nouveau député de Gboguhé-Zaïbo estime que cette stratégie du boycott a contribué à affaiblir le PPACI et à lui faire perdre ses bastions au profit du pouvoir en place. « La non-participation du PPACI à cette élection a eu pour conséquences la perte de l’ensemble de nos bastions au profit des candidats du parti au pouvoir, au point où même dans le village du président de notre parti, l’élu censé représenter les populations à l’hémicycle siège au sein du groupe parlementaire du parti au pouvoir. C’est une symbolique dommageable. Ma candidature était donc, dans mon esprit, un signal d’alerte politique, pas un défi personnel », jure Stéphane Kipré, qui propose toutefois de tourner la page des incompréhensions.

Pourtant dès le lundi 20 avril, l’ancien premier vice-président du PPACI, chargé de l’implantation, porte la critique sur un autre terrain. Il évoque la situation des détenus liés à la crise électorale de 2025, en interpellant sa famille politique. « Pendant combien de temps allons-nous encore rester figés dans des positions de silence, de refus de nous parler, de refus de nous asseoir afin de trouver des solutions pour ces 1600 personnes privées de liberté à cause des événements liés à la période électorale de 2025 ? Si chacun campe sur ses positions, ne voyons-nous pas que ce blocage nous affaiblit tous ?Leur présence en prison nous dessert tous », explique l’ancien président de l’Union des nouvelles générations (UNG).

A y voir de près, ces prises de parole très critiques, autrefois impensables dans la galaxie Gbagbo, traduisent une évolution notable. Longtemps perçu comme une figure quasi incontestée, surtout depuis son passage au Palais présidentiel, Laurent Gbagbo voit aujourd’hui son autorité discutée, y compris par des proches.

Le fait que Stéphane Kipré, réputé proche du premier cercle, franchisse le pas n’est pas anodin. Il témoigne sans doute d’un malaise profond, nourri par les choix stratégiques récents du parti.

Dans ce contexte, le report sine die du congrès du PPACI, qui devait se tenir après les législatives, en dit long sur les incertitudes actuelles. Initialement envisagé comme une étape de transmission de relais, ce rendez-vous apparaît désormais suspendu aux recompositions internes.

Après avoir déjà perdu le contrôle du Front populaire ivoirien (FPI) au profit de Pascal Affi N’Guessan, Laurent Gbagbo joue gros avec le PPACI, son nouvel instrument politique.

Marc Dossa

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