Quelques semaines après le bilan du hadj 2026, et alors que les différentes commissions revisitent les bons et les mauvais points, la Côte d’Ivoire a encore damé le pion en termes d’organisation. Comme chaque année, le pays fait partie des meilleurs pays africains cités par l’Arabie Saoudite en la matière. Ce mardi, l’imam Hassan Camara a confié à nordsud.info l’un des éléments majeurs qui jouent en faveur des Ivoiriens. « Avant, nos pèlerins n’étaient pas regroupés dans un seul lieu, à La Mecque. Mais le Commissariat du hadj aidé par l’Etat, a signé un contrat de bail pour acquérir un bâtiment à La Mecque, ainsi qu’à Médina. C’est là-bas que sont logés les pèlerins ivoiriens désormais », a mentionné Hassan Camara, imam de la mosquée Médine d’Adjamé-Payet, membre de l’organisation du hadj. L’hôtel que les ivoiriens louent, n’est situé qu’à un kilomètre de la Kaaba, le lieu de pèlerinage.
Le fait de tous loger dans le même endroit, selon lui, facilite la coordination des horaires de départ et d’arrivée du contingent ivoirien. « L’élément crucial, ce sont les embouteillages. Pour les éviter, les heures de sorties pour aller par exemple à Mouna, Arafat, et les heures des retours à l’hôtel sont très importantes. Il faut aussi savoir canaliser ses pèlerins, ce qui n’est pas facile », signale-t-il.
Subventions de l’Etat
De plus, les surveillants saoudiens qui suivent chaque pays, ne relèvent en général pas d’incident du côté ivoiriens. « Lorsque nous quittons l’hôtel, par exemple, tout reste impeccable, rien n’est cassé, si bien que le propriétaire du bâtiment offre de temps en temps des présents aux Ivoiriens », ajoute l’imam.
Tout cela n’a été rendu possible que grâce aux guides, bien formés par le Commissariat du hadj. Mais surtout, grâce aux subventions de l’Etat. Car, contrairement à la Côte d’Ivoire, de nombreux pays africains ne bénéficient pas de cette manne. Difficile pour eux de louer un bâtiment pour leurs ressortissants ou de baisser le coût du voyage. Des inconvénients qui font que certains figurent sur la liste noire des saoudiens.
Rendre le hadj au privé
Les pays comme le Mali, qui comptent plus de fidèles musulmans que la Côte d’Ivoire, lorgnent l’organisation ivoirienne.
Mais rien n’est acquis. Depuis l’immixtion de l’Etat dans l’organisation, des structures demandent la rétrocession du hadj au privé. C’est notamment le cas pour l’imam Mamadou Dosso, qui dirige une structure privée pour le pèlerinage. « L’Etat n’a rien à faire dans le hadj. Partout ailleurs, c’est le privé qui s’en occupe », indique-t-il. Mais l’imam Hassan Camara prévient : « En 2006, des milliers d’ivoiriens ont payé pour aller à La Mecque, en vain. C’était le privé qui avait en main l’organisation. Ils ont été grugés et n’ont jamais été remboursés. Ces mêmes organisateurs du privé ont pris leur argent pour s’acheter des voitures et des maisons. Si l’organisation retourne aux mains du privé, le hadj redeviendra du business et non une œuvre de foi ».
Au Commissariat du hadj, une source note que même si l’organisation est saluée, il y a encore des choses à corriger. D’après elle, il y a de plus en plus de femmes qui accomplissent le 5ème pilier de l’islam que d’hommes. Il faut donc plus d’encadreuses. La commission sociale doit aussi étoffer son nombre pour mieux s’occuper des personnes fragiles lors du voyage. Il faut mettre plus d’accent sur l’alimentation des personnes sous régime, qui sont parfois oubliées.
Raphaël Tanoh