Après Bédié, Ouassénan Koné, Cowppli-Bony, Bombet et plusieurs autres figures historiques, la disparition d’Alphonse Djédjé Mady marque un nouveau tournant pour le PDCI. Avec l’effacement progressif de cette génération, une page de l’histoire du vieux parti houphouétiste se referme.
Au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), les disparitions successives prennent désormais les allures d’un changement d’époque. En une décennie, le vieux parti ivoirien a vu s’éteindre plusieurs de ceux qui en avaient incarné l’histoire, la mémoire et les combats. La mort d’Alphonse Djédjé Mady, dimanche 23 août, vient ajouter un nouveau nom à cette longue liste.
À 81 ans, l’ancien secrétaire général du PDCI appartenait à cette génération de cadres dont les trajectoires se confondaient avec celles du parti fondé par Félix Houphouët-Boigny.
Le dernier carré des « anciens »
Sa disparition intervient trois ans après celle d’Henri Konan Bédié, décédé en août 2023. Avec l’ancien président de la République s’était déjà éteint l’un des derniers dirigeants ayant connu de l’intérieur le système bâti par Houphouët-Boigny, et ayant ensuite assuré la continuité du PDCI après la mort de son fondateur.
Une semaine plus tard disparaissait le général Gaston Ouassénan Koné. Ancien ministre, député et président du groupe parlementaire du PDCI, il avait été l’un des piliers sur lesquels Bédié s’était appuyé pour maintenir le parti à flot après son refus d’intégrer le RHDP et le départ de plusieurs cadres.
Vint ensuite le tour de Philippe Cowppli-Bony. Doyen du parti, il avait assuré l’intérim après la mort de Bédié, avant de transmettre, en janvier 2024, la présidence à Tidjane Thiam, élu quelques semaines plus tôt.
La série noire s’est poursuivie avec Léopoldine Tiézan Coffie, disparue en février 2026, puis Émile Constant Bombet, décédé en juillet dernier. Ancien ministre de l’Intérieur et figure importante du PDCI, Bombet appartenait lui aussi à cette génération de hauts responsables formés sous Houphouët-Boigny et ayant occupé des fonctions centrales dans l’appareil d’État.
D’autres figures historiques ont disparu au fil des années : les frères Konan Banny, Hortense Aka-Anghui… La portée de cette succession de deuils, dépasse largement le seul cadre familial ou partisan de l’ex-parti unique.
Djédjé Mady, témoin de toutes les mutations
Le parcours d’Alphonse Djédjé Mady résume à lui seul la profondeur du changement à l’œuvre au sein du PDCI. Engagé dans le mouvement estudiantin dès 1965, il prend rapidement des responsabilités au sein de l’UNEECI puis du MEECI. Après le coup d’État de 1999, il devient l’un des hommes clés du PDCI dans l’opposition. Secrétaire général du parti, il accompagne Bédié dans les années de crise et s’emploie à préserver l’appareil et la cohésion de la formation houphouétiste. Il ira jusqu’à contester le leadership d’Henri Konan Bédié, en se présentant contre lui à la présidence du parti, sans jamais quitter pour autant le PDCI, après sa défaite.
Après la mort de Bédié et l’arrivée de Tidjane Thiam, il s’était progressivement retiré des premières lignes pour endosser le rôle de doyen et de sage, apportant son soutien au nouveau président.
C’est précisément là que réside la portée politique de sa disparition. La génération à laquelle il appartient, avait connu Houphouët-Boigny, participé à la construction des institutions de la Côte d’Ivoire indépendante, traversé le parti unique, l’ouverture au multipartisme, la succession de 1993, la chute de Bédié en 1999, puis les crises politico-militaires et les recompositions qui ont suivi. Cette mémoire est aujourd’hui de moins en moins portée par ceux qui l’ont vécue.
Le phénomène est d’autant plus significatif que le PDCI a par ailleurs été confronté à l’érosion de son personnel politique. Plusieurs de ses anciens cadres ont rejoint le RHDP, parmi lesquels Jeannot Kouadio-Ahoussou, Kobenan Kouassi Adjoumani, Siandou Fofana ou encore Amédé Kouakou. Le parti doit donc composer avec une double réalité, celle d’un renouvellement générationnel rendu inévitable par le temps et d’un vivier de cadres affaibli.
Tidjane Thiam face à l’après-Houphouët
L’arrivée de Tidjane Thiam à la présidence du PDCI avait précisément marqué cette volonté de tourner la page sans renier l’héritage. Son accession à la tête du parti, après l’intermède assuré par Cowppli-Bony, avait ouvert un nouveau cycle.
Le symbole n’en est aujourd’hui que plus fort. Les derniers grands témoins de l’ancien PDCI disparaissent les uns après les autres, tandis qu’une nouvelle génération doit prendre possession de la formation politique bâtie par Houphouët-Boigny.
Le défi pour Thiam et son équipe ne consiste donc plus seulement à entretenir la flamme du parti historique. Il s’agit de transformer cet héritage en projet politique capable de parler à une génération qui n’a connu ni Houphouët-Boigny ni le PDCI au pouvoir. Seulement, voilà, l’ancien ministre du Plan, a abandonné ses troupes depuis plus d’un an, pour un exil doré en Europe.
Marc Dossa