La lutte contre l’orpaillage illégal ne saurait se gagner uniquement à coups d’opérations de déguerpissement et de mesures répressives. À Aboisso, dans le Sud-Comoé, où il poursuit sa tournée nationale, le ministre des Mines, du pétrole et de l’énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a appelé les communautés locales à prendre toute leur part dans le combat contre ce phénomène qui continue de gagner du terrain dans plusieurs régions du pays.
« Si les chefs ne sont pas partie prenante dans la lutte contre ce fléau, la lutte devient difficile », a déclaré le ministre, en soulignant le rôle stratégique des autorités traditionnelles et des populations dans la prévention de l’installation des sites d’orpaillage clandestins.
Pour Mamadou Sangafowa Coulibaly, l’expérience montre d’ailleurs que la mobilisation communautaire peut constituer un véritable rempart. « Dans les localités où les communautés ont dit non, le fléau n’a pas pu s’installer », a-t-il fait observer. Une réalité qui place les chefs de villages, les propriétaires terriens et les populations au cœur de la stratégie de lutte.
Le choix d’Aboisso pour cette étape de la sensibilisation n’est pas fortuit. La région du Sud-Comoé figure parmi les zones fortement touchées par l’orpaillage illégal. Dans le département d’Aboisso comme dans celui de Tiapoum, l’exploitation clandestine de l’or a laissé des traces visibles sur l’environnement.
Le maire d’Aboisso, Jérémie N’Gouan, n’a pas manqué de tirer la sonnette d’alarme. « La région du Sud-Comoé est grandement impactée par l’orpaillage illégal. Il cause des dégâts considérables », a-t-il déploré.
Le constat est particulièrement préoccupant pour les cours d’eau. Selon l’édile, les rivières sont désormais exposées à la pollution liée aux substances toxiques utilisées dans l’exploitation artisanale clandestine. Le fleuve Bia, emblématique de la région, en serait l’une des principales victimes. « Le fleuve Bia, naturellement noir, est désormais boueux et n’a plus de vie aquatique », a dénoncé Jérémie N’Gouan.
Face à cette situation, le maire veut faire de la mobilisation une affaire collective. « Toute la société ivoirienne doit s’interroger sur la problématique de l’orpaillage illégal. Aboisso dit non à l’orpaillage illégal », a-t-il martelé.
La persistance de l’orpaillage clandestin constitue précisément l’une des principales interrogations soulevées à Aboisso. Le gouvernement affirme avoir fait de cette question une priorité depuis plusieurs années. « Depuis notre prise de fonction, nous avons mis en priorité la lutte contre l’orpaillage illégal des ressources de notre sous-sol », a rappelé Mamadou Sangafowa Coulibaly.
Des solutions ont été multipliées depuis 2012-2013, mais le phénomène continue de prospérer. Pour le ministre, cette situation impose de revoir l’approche. « Le tout répressif ne suffit pas. Il faut donner aux populations une alternative », a-t-il expliqué.
Autrement dit, fermer un site clandestin ne suffira pas si les populations qui en tirent leurs revenus ne disposent d’aucune autre activité économique viable. La lutte contre l’orpaillage illégal apparaît ainsi comme un problème à la fois sécuritaire, environnemental, économique et social.
Le directeur général des Mines, Seydou Coulibaly, a apporté des éléments d’explication sur les ressorts de cette expansion. L’orpaillage illégal n’est pas un phénomène nouveau en Côte d’Ivoire. Il était autrefois principalement concentré dans certaines zones, notamment la Marahoué et Kokumbo. Mais la baisse des prix de certaines matières premières, l’attrait d’un gain rapide et surtout l’augmentation considérable du cours de l’or ont contribué à son expansion.
La Côte d’Ivoire disposerait par ailleurs d’un potentiel aurifère particulièrement important, estimé à environ 35 % de la roche aurifère de la sous-région, selon les données évoquées par le directeur général des Mines. Une richesse qui, paradoxalement, constitue aussi un facteur d’attractivité pour les exploitants clandestins.
Quand l’or attire jusque dans les villages
Le phénomène repose également sur des mécanismes sociaux bien identifiés. Selon Seydou Coulibaly, l’implantation des orpailleurs commence souvent par des démarches auprès des propriétaires terriens ou des communautés villageoises. Dans certains cas, ce sont même des fils des villages qui vont chercher des orpailleurs venus exploiter les ressources du sous-sol.
Cette réalité met en lumière une difficulté majeure pour les pouvoirs publics. La lutte ne peut être efficace si les communautés elles-mêmes deviennent, volontairement ou par nécessité économique, des portes d’entrée pour les exploitants clandestins.
À cela s’ajoute une perception profondément ancrée dans certaines communautés rurales, selon laquelle les richesses découvertes sur leurs terres leur appartiennent naturellement. Une conception que le directeur général des Mines a entrepris de déconstruire lors de la rencontre d’Aboisso.
La législation minière ivoirienne établit en effet que les ressources du sous-sol relèvent de l’État. Une précision qui a suscité une vive réaction dans la salle lorsque le responsable des Mines a expliqué que même une découverte fortuite d’or devait être déclarée aux autorités compétentes.
Marc Dossa
