Dolourou Soro est Conseiller pédagogique du préscolaire et du primaire (CPPP) et secrétaire général des Conseillers pédagogiques et Conseillers à l’extrascolaire. Dans cette interview, il revient sur la formation des enseignants.
Aujourd’hui les élèves sont-ils mieux enseignés avec le Programme national d’amélioration des premiers apprentissages scolaires (PNAPAS) ?
Avec le PNAPAS, l’enseignant est capable de dispenser un contenu fluide à l’élève. Par exemple, c’est l’écriture en script qui est adoptée jusqu’au CE2. Cela permet à l’enfant d’être plus appliqué. Nous savons aujourd’hui que les enfants ont souvent du mal à réviser à la maison. Pour pallier cela, le système est fait en sorte que l’enseignant puisse revenir constamment sur ce que l’élève a déjà appris, une fois en classe. De la réussite, nous sommes passés à la performance en réussite. Par le passé, on laissait l’enfant aller à la maison avec ses exercices pour les traiter. Maintenant, il s’agit de l’amener à faire un exercice en 10 ou 15 minutes. Son temps de réaction est mis en œuvre ici. Les matières concernées par cette méthode sont le français et les mathématiques.
Les enseignants sont-ils prêts pour appliquer ce nouveau programme?
La formation des enseignants qui tiennent les classes de CE2, vient de prendre fin. L’année dernière, c’étaient ceux du CE1 qui ont subi une formation de mise à niveau. L’année prochaine, ce seront les enseignants du CM1. Cela signifie que le système de formation au CAFOP a été revu, pour être adapté au PNABAS. La première génération des élèves-enseignants qui bénéficient de cette formation est déjà en deuxième année.
La Côte d’Ivoire a connu jusqu’ici beaucoup de réformes pédagogiques. Qu’est-ce qui a justifié l’application de celle-ci ?
Vous n’êtes pas sans savoir tous les problèmes que nous avons connus depuis 2019, après que le PASEC a publié un rapport dénonçant le faible niveau de l’enseignement en Côte d’Ivoire. Il fallait prendre le taureau par les cornes et cela commence au primaire. Depuis 2022, les documents didactiques au primaire ont été revus.
Quelle place occupe la lutte contre l’utilisation du téléphone portable à l’école dans toute cette réforme ?
En Côte d’Ivoire, le plus souvent, lorsqu’on apporte une observation sur une situation, on oublie de proposer des solutions. Ce que je pense, c’est qu’on ne pourra pas interdire aux élèves d’utiliser des téléphones portables. Ce qu’il faut faire, c’est de créer des préaux dans les établissements, de sorte que chaque élève y dépose son appareil avant d’entrer en classe. Ensuite, c’est au parent de voir le type de téléphone qu’il doit offrir à son enfant. Il y a des téléphones qui n’utilisent pas certaines applications nuisibles pour l’enfant. Nous savons qu’il existe des tablettes d’apprentissage pour les enfants, donc on ne pourra pas lutter contre la technologie.
Que souhaiteriez-vous pour cette rentrée scolaire ?
Il faut la réorganisation des contenus didactiques au type de formation qu’on souhaite dispenser à l’élèves. Il y a encore des choses à améliorer. Lorsque vous montrez un exemple à un élève, vous partez de cet exemple pour arriver à une généralité, selon un schéma. Il faut éviter de disperser l’élève. Parfois, ce schéma n’est pas suivi et l’enseignant se perd. Ensuite, le niveau des enseignants en mathématique doit être revu. Avant, au CAFOP, en plus de la méthodologie, les enseignants en mathématiques subissaient une formation jusqu’au niveau terminal. Aujourd’hui, on se contente de leur dispenser uniquement la formation méthodologique. Or, certains arrivent au CAFOP avec des lacunes. Ils gardent malheureusement ces lacunes à la sortie. Et leur niveau influence malheureusement leurs élèves.
Entretien réalisé par Georges Dagou
