En reconduisant Robert Beugré Mambé à la Primature, le président Alassane Ouattara donne un signal clair à la continuité plutôt qu’à la rupture. Alors que beaucoup annonçaient un remaniement en profondeur, le chef de l’État privilégie la stabilité gouvernementale face aux défis sécuritaires, économiques et politiques du moment.
Comme attendu depuis la dissolution du gouvernement intervenue le 7 janvier dernier, le président de la République, Alassane Ouattara, a procédé, ce mercredi 21 janvier 2026, à la nomination du Premier ministre chargé de former la nouvelle équipe gouvernementale. Et, surprise, Robert Beugré Mambé a été reconduit à la Primature.
Dans un communiqué lu par la secrétaire générale de la Présidence de la République, Masséré Koné-Touré à la mi-journée de ce mercredi, il est indiqué que « le président de la République, Alassane Ouattara, a signé un décret portant nomination de Monsieur Robert Beugré Mambé en qualité de Premier ministre, chef du gouvernement » et l’a instruit de lui proposer « un nouveau gouvernement dans les meilleurs délais ».
Alors que de nombreuses sources évoquaient, depuis la dissolution du précédent gouvernement, un remaniement en profondeur, la reconduction de l’ancien président de la Commission électorale indépendante (CEI) laisse plutôt entrevoir une recomposition limitée de l’équipe gouvernementale. Pour plusieurs observateurs, ce choix traduit la volonté du chef de l’État de préserver la continuité de l’action gouvernementale.
« Sauf revirement de dernière minute, la plupart des poids lourds du gouvernement démissionnaire devraient être reconduits. Il ne faut donc pas s’attendre à des changements majeurs », confie un haut cadre du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), sous couvert d’anonymat. Tout en reconnaissant cette stabilité apparente, notre interlocuteur dit néanmoins garder espoir quant à la promesse présidentielle de transmission générationnelle du pouvoir. « Quand Ouattara dit, Ouattara fait. Il faut lui faire confiance et être patient », affirme-t-il.
Au-delà de la question de la ‘’transmission générationnelle du pouvoir’’, les raisons de ce remaniement a minima trouvent d’ailleurs leur justification dans les discours récents du président de la République. En juillet 2025, annonçant sa candidature à l’élection présidentielle du 25 octobre, Alassane Ouattara avait expliqué ce choix par les défis sécuritaires, économiques et monétaires auxquels le pays est confronté, estimant que leur gestion exigeait expérience et continuité. Il avait également réaffirmé que ce nouveau mandat serait placé sous le sceau de la transmission générationnelle, avec une équipe appelée à consolider les acquis et à améliorer les conditions de vie des populations, en particulier les plus vulnérables.
Lors de sa prestation de serment, le 8 décembre 2025, le chef de l’État a réitéré cet engagement, tout en soulignant les progrès réalisés depuis 2011 en matière de sécurité, de cohésion nationale et de développement économique. Il a également rappelé les priorités de son nouveau mandat : lutte contre le terrorisme et le cyberterrorisme, sécurité alimentaire, développement du numérique, promotion des jeunes et des femmes, réforme des finances publiques et renforcement du positionnement international de la Côte d’Ivoire.
C’est donc dans cette logique de continuité et de stabilité que s’inscrit la décision de maintenir Robert Beugré Mambé à la tête du gouvernement. Pour certains membres de l’entourage du président Alassane Ouattara, un bouleversement profond de l’équipe aurait nécessité un temps d’adaptation préjudiciable à l’efficacité de l’action publique, notamment dans un contexte régional et international jugé sensible.
Le remaniement à venir devrait ainsi se limiter à des ajustements ciblés, destinés à corriger certains dysfonctionnements observés dans quelques départements ministériels. Selon plusieurs sources, ces ajustements pourraient davantage concerner certains ministres-gouverneurs, à l’exception de ceux d’Abidjan et de Yamoussoukro, régulièrement critiqués par l’opinion publique pour l’insuffisance des résultats sur le terrain.
En optant pour la stabilité plutôt que pour une rupture immédiate, Alassane Ouattara semble vouloir préserver la dynamique gouvernementale en cours, tout en préparant, à son rythme, le passage de témoin à une nouvelle génération de dirigeants.
Marc Dossa
